Qui est Jos Leijdekkers, cet homme qui incarne le rôle croissant de la Sierra Leone dans le trafic de cocaïne vers l’Europe?
Une nouvelle enquête de l’ONG Global Initiative Against Transnational Organized Crime, publiée ce lundi 8 juin, éclaire le rôle grandissant de la Sierra Leone dans le trafic de cocaïne vers l’Europe. Elle intervient après la saisie record début mai d’un cargo parti de Freetown avec 30 tonnes de cocaïne à bord, une affaire liée au réseau du narcotrafiquant néerlandais Jos Leijdekkers, l’homme le plus recherché des Pays-Bas.
Le cargo avait quitté Freetown pour rallier Benghazi, en Libye. À son bord, intercepté début mai 2026 par les autorités espagnoles au large du Sahara occidental: plus de 30 tonnes de cocaïne et un arsenal d’armes, pour une valeur estimée à 812 millions d’euros selon la Guardia civil espagnole. Il naviguait sous pavillon des Comores. Un nom est ressorti des enquêtes : Jos Leijdekkers.
Narcotrafiquant néerlandais de 34 ans, condamné par contumace à plus de 60 ans de prison cumulés aux Pays-Bas et en Belgique, il est l’homme le plus recherché des Pays-Bas. Depuis Freetown, il dirige un vaste réseau de trafic de cocaïne, sous la protection présumée de hauts responsables sierra-léonais. Les journalistes qui tentent d’enquêter sur sa présence sont réduits au silence.
Une nouvelle enquête, publiée ce lundi 8 juin par l’ONG Global Initiative Against Transnational Organized Crime, éclaire le rôle de la Sierra Leone dans ce trafic. Elle documente une route d’exportation vers l’Europe jusqu’ici peu cartographiée et établit des liens avec le réseau de Jos Leijdekkers. Selon les données du Centre européen d’analyse et d’opérations maritimes, la taille moyenne des cargaisons saisies sur ces routes a plus que doublé entre 2024 et 2025. La saisie du cargo ne serait, selon ses auteurs, que la partie émergée de l’iceberg.
Le « roi de la drogue » d’Anvers et Rotterdam
Né le 1er juillet 1991 à Breda, dans le sud des Pays-Bas, Jos Leijdekkers a bâti son empire depuis les ports d’Anvers et de Rotterdam. Il a orchestré entre 2019 et 2020 le transport de près de sept tonnes de cocaïne en provenance d’Amérique latine: 1.554 kilos dissimulés dans des barquettes de jus de fruit vers Rotterdam, 4.159 kilos cachés sous un chargement de calamars vers Anvers, selon Het Parool. Son chiffre d’affaires mensuel atteignait entre 70 et 170 millions d’euros, d’après des sources judiciaires.
Ses méthodes sont réputées d’une extrême violence. Condamné pour avoir commandité le meurtre d’un trafiquant rival, il est soupçonné d’être impliqué dans la disparition de Naïma Jilal, figure de la mafia néerlandaise. Europol considère que cette femme « a certainement été torturée et n’est probablement plus en vie ».
À la tête d’une fortune estimée à plusieurs dizaines de millions d’euros, « Bolle Jos », son surnom de rue, collectionnait Bentley, maroquinerie française et montres suisses dont certaines estimées à un million d’euros l’unité. Il a acquis près d’une tonne d’or pour 47 millions d’euros selon le parquet néerlandais, qui a annoncé son intention de saisir 221 millions d’euros d’avoirs au total.
Réfugié auprès de la famille présidentielle
Jos Leijdekkers a longtemps prospéré à Dubaï, avant de fuir en Turquie après l’arrestation de membres de sa famille. C’est en Sierra Leone qu’il a ensuite posé ses valises, sans être inquiété. Le 1er janvier 2025, des photos publiées sur la page Facebook de la première dame sierra-léonaise le montraient à un service religieux aux côtés du président Julius Maada Bio, assis près d’une femme identifiée comme Agnès Bio, la fille du chef de l’État.
Les autorités de Freetown ont d’abord nié connaître le fugitif, évoquant une confusion avec un homme d’affaires nommé Umar Sheriff. Mais en septembre 2025, des médias locaux et le chef de l’opposition révélaient qu’Agnès Bio avait accouché d’un enfant dont le trafiquant serait le père. La demande d’extradition formulée par les Pays-Bas en février 2025 est restée lettre morte.
En novembre 2025, le Premier ministre néerlandais Dick Schoof a abordé le dossier avec Julius Maada Bio lors du sommet Union africaine-Union européenne en Angola, sans résultat, selon Le Monde. En janvier 2026, Jos Leijdekkers a encore été condamné à sept ans de prison supplémentaires par un tribunal anversois pour l’importation de onze tonnes de cocaïne en 2020.
La Sierra Leone, « corridor logistique » de la cocaïne
L’affaire Leijdekkers illustre une transformation profonde du trafic mondial de cocaïne. Selon l’enquête de Global Initiative, les réseaux maîtrisent désormais non seulement les routes d’entrée vers l’Afrique de l’Ouest, mais aussi celles de sortie vers l’Europe. La Sierra Leone y tient un rôle de stockage et de réexpédition. L’ONG dit avoir identifié plusieurs voyages similaires à celui du cargo et établit des liens avec le réseau de Jos Leijdekkers.
L’opposition sierra-léonaise hausse le ton. Dans une lettre ouverte en mai au président Julius Maada Bio transmise à l’AFP, Abdulai Kargbo, chef de file de l’APC, principal parti d’opposition au Parlement, a dénoncé le « silence persistant du gouvernement » sur ces affaires. Il avertit que « les services de police internationaux semblent désormais considérer la Sierra Leone comme un corridor logistique émergent au sein des vastes réseaux transnationaux de trafic de stupéfiants ». L’Afrique de l’Ouest, relève l’ONG Global Initiative, « sert de relais pour le trafic international de cocaïne entre les pays cultivateurs d’Amérique latine et les pays consommateurs en Europe ».
AFP
Créé le 8 juin 2026 18:00









