Que compte faire le Gouvernement pour “endiguer” les accidents? Les annonces fortes d’Ousmane Gaoual Diallo

CONAKRY – Face à la recrudescence des accidents de la circulation qui endeuillent régulièrement des familles guinéennes, le gouvernement envisage un renforcement de l’arsenal répressif. Le ministre des Transports et porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, a plaidé ce lundi pour une application plus rigoureuse de la loi, tout en appelant à une prise de conscience collective.

« Les routes tuent. Il y a à peine deux jours encore, à Labé, en plein centre-ville, un camion-benne lancé à toute allure a écrasé des motocyclistes. Deux personnes ont perdu la vie sur place. Ce n’était ni la nuit, ni en rase campagne, mais en plein centre-ville. Et tous les jours, nous assistons à des drames comme celui-là. Que faut-il faire finalement ? », s’est interrogé le ministre lors d’une conférence de presse.

Ousmane Gaoual Diallo estime que le pays doit s’interroger sur l’efficacité de son dispositif répressif. « Faut-il changer la législation pour la rendre plus sévère ? Que signifie cela ? Aller jusqu’à rétablir la peine de mort ? Ou faut-il mettre fin à certaines pratiques sociales ? », s’est-il demandé.

Mettre fin aux arrangements à l’amiable

Pour le ministre, les règlements à l’amiable après les accidents constituent un frein à la justice. « Lorsqu’un chauffeur provoque un accident mortel, les familles du conducteur ou de l’entreprise vont présenter leurs excuses aux proches des victimes. On se pardonne, on règle l’affaire à l’amiable et le processus judiciaire n’est pas engagé. Or, lorsqu’on ne judiciarise pas ces affaires, l’État a du mal à exercer les sanctions prévues par la loi. C’est un véritable problème », a-t-il expliqué.

L’indiscipline des conducteurs pointée du doigt

Le ministre attribue également une grande partie de ces drames au non-respect du Code de la route. « Les accidents ne sont pas dus à la fatalité. C’est souvent de l’indiscipline. J’ai regardé les images du récent accident qui a fait 13 ou 14 morts. On y voit un véhicule quitter sa voie, en pleine journée, pour aller percuter un camion. On se demande si le chauffeur dormait, s’il était ivre… Il n’y avait pourtant ni obstacle, ni obscurité. Alors, que faut-il faire ? », s’est-il interrogé.

Une responsabilité partagée

Le porte-parole du gouvernement a également interpellé les usagers, les responsables des gares routières ainsi que les forces de sécurité.

« Comment un père de famille accepte-t-il de monter avec tous ses enfants dans un véhicule déjà surchargé ? Une voiture prévue pour sept places transporte parfois quatorze ou quinze personnes, qui paient pourtant leur transport. Où est la responsabilité des passagers ? Celle des responsables des gares routières qui laissent partir ces véhicules ? Celle des policiers et des gendarmes qui les voient circuler sans intervenir ? », a-t-il lancé.

Selon lui, la Guinée ne souffre pas d’un vide juridique. « Le Code de la route existe. Le Code pénal prévoit des sanctions. La question est de savoir comment nous appliquons réellement ces textes pour protéger la vie des citoyens », a insisté le ministre.

Il a également dénoncé les véhicules transportant simultanément des passagers et des chargements excessifs. « Nous voyons tous ces véhicules dont les bagages dépassent largement leur hauteur. Souvent, nous accompagnons nous-mêmes nos proches à la gare et les aidons à embarquer dans ces conditions. Cela ne nous choque pas. Pourquoi sommes-nous surpris lorsque surviennent les drames ? Chacun a sa part de responsabilité », a-t-il ajouté.

Vers un plan d’urgence et des contrôles renforcés

Le ministre assure que l’État dispose déjà d’un cadre réglementaire permettant de sanctionner les contrevenants. « Le ministère des Transports, la Justice, la Police et la Gendarmerie disposent chacun des instruments nécessaires. Nous invitons tous les acteurs à appliquer la loi avec la plus grande rigueur. Nous sommes fatigués de voir des accidents tous les jours », a-t-il déclaré.

Afin de provoquer une véritable prise de conscience, Ousmane Gaoual Diallo envisage de demander l’autorisation de diffuser certaines images d’accidents. « Que les gens voient comment des corps sont broyés et déchiquetés. Peut-être que ce choc permettra enfin de mesurer ce que représente réellement la route. Ce n’est pas un jeu », a-t-il affirmé.

Le ministre a enfin annoncé la mise en œuvre d’un plan d’urgence qui sera doté de moyens financiers afin d’équiper les forces de sécurité, notamment de caméras de contrôle.

« Nous voulons que les policiers puissent filmer les infractions, identifier les plaques d’immatriculation et sanctionner les auteurs, même plusieurs années après les faits. Nous présenterons prochainement l’ensemble des mesures qui seront retenues par le comité mis en place afin d’assurer une meilleure protection de nos concitoyens sur les routes », a-t-il conclu.

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 27 juillet 2026 18:19

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