Prostitution, proxénétisme, pornographie, exploitation domestique : les autorités dévoilent des statistiques qui interpellent…

CONAKRY– À l’occasion de la Journée mondiale de la lutte contre la traite des personnes, célébrée cette année sous le thème « La traite des personnes est un crime organisé – Mettons fin à l’exploitation », les autorités guinéennes ont levé un coin du voile sur une réalité préoccupante.

Lors d’un point de presse organisé par le Ministère de la Promotion Féminine, de l’Enfance et des Personnes Vulnérables, en collaboration avec les partenaires techniques et sociaux, les autorités ont présenté un aperçu statistique des formes d’exploitation identifiées sur le territoire national. Exploitation sexuelle

Selon les autorités, 80 % des victimes (d’exploitation sexuelle) sont des femmes, contre 30 % de jeunes filles, souvent victimes de recrutement ou de prostitution forcée. « Il est important de noter que si la prostitution en elle-même n’est pas interdite en Guinée, le proxénétisme – c’est-à-dire le fait de tirer profit de la prostitution d’autrui – est sévèrement puni », précise Aboubacar Camara.

Pornographie

35 % des victimes de ce fléau sont des femmes. Pire, 65 % sont des enfants, un chiffre particulièrement alarmant, selon la même source.

Travail forcé / exploitation domestique :

Des jeunes filles, généralement recrutées en zones rurales, sont envoyées dans les ménages urbains, notamment à Conakry, sans bénéficier des fruits de leur travail. Selon les statistiques, 30 % des victimes sont des femmes et 15 % des jeunes filles.

Prélèvement d’organes

Cette pratique consiste à extraire un organe à des fins lucratives, sans le consentement de la victime. Bien qu’elle soit considérée comme une forme extrême de traite des êtres humains, aucun cas n’a été recensé à ce jour en Guinée, selon les données officielles révélées par les autorités

« Je le répète : ces chiffres ne sont pas inventés. Ils émanent de services spécialisés, et permettent de mesurer, même partiellement, l’ampleur du fléau », a insisté le conseiller juridique du Ministère de la promotion féminine, de l’enfance et des personnes vulnérables.

Parmi les phénomènes émergents les plus inquiétants, figure la cybercriminalité liée à la traite. Avec l’expansion de la connectivité numérique, les trafiquants utilisent désormais les réseaux sociaux, les plateformes de messagerie et les offres d’emploi en ligne pour appâter leurs victimes — principalement les jeunes, les femmes et les travailleurs migrants — par des promesses fallacieuses de travail, d’éducation ou de voyage.

Selon le rapport 2024 du Trafficking in Persons (JTIP) publié par le Département d’État américain, la Guinée figure sur la Tier 2 Watch List. Cela signifie que, bien que des progrès soient constatés, des lacunes persistantes entravent une lutte efficace. Ce classement constitue un signal d’alarme mais aussi une invitation à intensifier les efforts.

Malgré les efforts croissants, un défi demeure : disposer de statistiques fiables pour mieux comprendre et combattre le phénomène. En Guinée, la multiplicité des sources, l’absence d’harmonisation des outils de collecte et la disparité méthodologique compliquent la consolidation des données.

Toutefois, selon Aboubacar Camara, conseiller juridique au ministère de l’Action Sociale, des efforts sont en cours pour croiser les informations issues de l’OPROGEM, de la justice et des services déconcentrés, afin d’élaborer une base de données cohérente.

Sayon CAMARA

Pour Africaguinee.com

Créé le 31 juillet 2025 17:05

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