Pénurie d’argent liquide en Guinée : Le Gouvernement identifie les causes et annonce de nouvelles mesures pour « endiguer » la crise
CONAKRY – En Guinée, la crise du cash persiste. Alors que le chef de l’État a pris le problème à bras-le-corps, le porte-parole du gouvernement assure que des efforts importants ont été consentis pour atténuer la situation. Vendredi en conférence de presse, l’exécutif a annoncé avoir identifié les causes tout en dévoilant de nouvelles mesures pour endiguer la crise.
« Aujourd’hui, la crise concerne tout le monde. Le Président de la République, lors d’un conseil interministériel, a donné des directives qui sont en train d’être matérialisées », a déclaré le porte-parole du gouvernement, ce vendredi 27 mars 2026.
Selon Ousmane Gaoual Diallo, les autorités ont engagé des actions d’envergure, allant jusqu’à mobiliser les acteurs bancaires et économiques afin de recueillir leurs analyses. « Au-delà de cela, des acteurs bancaires et économiques ont été mobilisés pour donner leur point de vue », a-t-il expliqué.

Le ministre souligne que les efforts fournis sont « considérables » et même « inédits ». « Nous avons comparé la mise à disposition de liquidités entre le premier trimestre 2025 et celui de 2026. En 2025, pour les trois premiers mois de l’année, 66 milliards GNF ont été injectés en cash », a-t-il précisé.
Pour la même période en 2026, près de 900 milliards GNF ont été débloqués au profit des banques, selon lui. « C’est quelque chose d’étonnant. Près de 1 000 milliards GNF ont été mis à disposition des banques, et on continue à dire qu’il y a une difficulté de circulation de l’argent. Cela signifie que l’argent est quelque part. Nous invitons les détenteurs de liquidités à les remettre en circulation », a-t-il lancé, sur un ton ironique.
Les causes de la crise
Pour le porte-parole du gouvernement, plusieurs facteurs expliquent cette crise de liquidité. Le premier est la thésaurisation. « Lorsque des acteurs économiques préfèrent garder l’argent en dehors du circuit bancaire, cela crée une tension sur le cash », a-t-il indiqué.
Il évoque également un facteur psychologique : « Il y a un phénomène où l’on répète qu’il n’y a pas d’argent. Les banques ont pris des mesures pour limiter les décaissements, parfois à environ 1 million GNF par jour. Mais ce n’est pas là le véritable problème », a-t-il estimé.
Selon lui, la crise concerne surtout les grosses transactions en espèces : « Il s’agit principalement d’opérations de 500 millions, 1 milliard ou 2 milliards GNF en cash. » Le ministre met aussi en cause l’usage massif du liquide dans certains secteurs, notamment l’orpaillage.

« Dans les zones aurifères, des containers d’argent sont transportés pour acheter de l’or. Cela mobilise d’énormes volumes de cash », a-t-il illustré, rappelant également que l’État lui-même a longtemps contribué à cette pratique. Selon lui, jusqu’à récemment, certains salaires, notamment dans les forces de défense et de sécurité, étaient encore payés en espèces.
Une anecdote révélatrice
Pour illustrer cette réalité, Ousmane Gaoual Diallo a partagé une expérience personnelle : « Lorsque j’étais parlementaire, nous avons reçu notre premier salaire après huit mois. Ce jour-là, des camions-remorques ont transporté les fonds au palais. Quand on m’a remis ma part, c’était effrayant, non pas à cause du montant, mais à cause du risque de transporter cet argent jusqu’à chez moi. »

Vers des alternatives au cash
Le gouvernement encourage désormais les moyens de paiement alternatifs. « Nous invitons les citoyens à utiliser d’autres moyens de transaction. Dans plusieurs pays, notamment dans l’espace CFA comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, les transactions en espèces sont plafonnées », explique le ministre.
Il estime que cette régulation est nécessaire pour lutter contre : la corruption, les détournements, la criminalité financière. « On ne peut pas continuer à acheter des biens de grande valeur uniquement en cash. Ce n’est pas normal », a-t-il martelé.

Autres difficultés identifiées
Le ministre évoque également d’autres difficultés dont la méfiance vis-à-vis du système fiscal (prélèvements automatiques), le manque de petites coupures, les limites des solutions numériques (réseau, accessibilité). « Vous ne pouvez pas payer partout par Orange Money. Il y a des zones sans réseau. Pourtant, les échanges continuent », a-t-il souligné.
Le coût élevé de l’impression des billets
« Imprimer un billet coûte cher. Un billet de 10 000 GNF peut coûter environ 2 000 GNF à produire. On ne peut pas continuer éternellement à imprimer », a-t-il prévenu.
Pour sortir de cette crise, le gouvernement mise sur la pédagogie et un changement progressif des habitudes. « Il faut amener les acteurs économiques et les citoyens à évoluer, tout en garantissant un accès minimal au cash pour les besoins quotidiens », a plaidé Ousmane Gaoual Diallo.
Le gouvernement à pied d’œuvre

De son côté, la porte-parole adjointe du gouvernement, Djami Diallo, assure que des actions sont en cours pour restaurer la confiance.
« Le gouverneur de la Banque centrale, la ministre de l’Économie et des Finances ont rencontré le secteur privé pour sensibiliser et encourager les dépôts bancaires. Le chef de l’État lui-même s’est impliqué. Aujourd’hui, nous sommes dans une dynamique de restauration de la confiance », a-t-elle annoncé.
Oumar Bady Diallo et Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 28 mars 2026 08:18Nous vous proposons aussi
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étiquettes: Economie, monnaie guinéenne









