Oustaz Ramadan Bah: « Il est strictement interdit de jeûner le jour de la fête de l’Aïd… »

CONAKRY – À l’approche de l’Aïd el-Fitr, prévue pour le jeudi 19 ou le vendredi 20 mars 2026, l’effervescence gagne les foyers musulmans de Guinée. Cette fête qui marque la rupture du jeûne après un mois de dévotion intense, est un moment de joie, mais aussi de questionnements sur les pratiques recommandées par l’Islam. Entre l’obligation de la Zakat al-Fitr, la gestion du phénomène social du « Salimafo » et l’importance du jeûne des six jours de Chawwal, les défis de la constance spirituelle sont nombreux. Dans cet entretien exclusif accordé à Africaguinee.com, l’imam et prédicateur Oustaz Ramadan Bah livre de précieux conseils pour célébrer cette journée dans la piété et éviter les dérives post-Ramadan. Interview.

AFRICAGUINEE.COM : Que signifie l’Aïd el-Fitr ?

Oustaz Ramadan Bah : Cette fête est d’une importance capitale pour les musulmans, car elle marque l’aboutissement d’un mois de pénitence, c’est-à-dire le mois de jeûne du Ramadan. Nous savons également qu’avant cette célébration, il y a la Nuit du Destin (Laylat al-Qadr), qui se situe dans les dix derniers jours du mois.

Après avoir passé ces dix dernières nuits en prières — que ce soit à la mosquée ou à domicile —, à lire le Coran et à multiplier les invocations, et après s’être acquitté de l’aumône légale (Zakat al-Fitr), cette fête vient couronner les efforts fournis durant tout le mois de Ramadan.

Concernant la Zakat al-Fitr comment le musulman doit-il s’en acquitter ?

La Zakat al-Fitr, c’est l’aumône de la rupture, comme son nom l’indique. Il s’agit d’une quantité de nourriture qu’il faut offrir aux nécessiteux pour qu’ils aient de quoi manger le jour de la fête. C’est une obligation qui se donne en denrées alimentaires. Pour chaque membre de la famille (par tête), il faut compter environ deux kilogrammes et demi de la nourriture de base du pays. Je précise que cette aumône est destinée exclusivement aux musulmans pauvres.

Qu’est-ce qui est recommandé chez le fidèle le jour de la fête ?

Le jour de la fête est un jour de grâce où Allah affranchit des serviteurs de l’enfer et les inscrit parmi les élus du Paradis. C’est donc un moment dont il faut profiter pour multiplier les actes d’adoration, les invocations et les sacrifices (partage de repas) après la prière de l’Aïd.

Il est strictement interdit de jeûner ce jour-là. C’est une journée où tous les musulmans doivent être dans l’allégresse. C’est d’ailleurs la raison d’être de la Zakat al-Fitr : s’assurer que chaque famille, même la plus démunie, puisse festoyer. Il faut impérativement éviter les comportements illicites ou les excès interdits par la religion sous prétexte de s’amuser.

Le jour de la fête, de nombreux enfants sollicitent de l’argent, une pratique appelée localement « Salimafo ». Est-ce une recommandation islamique ?

Il est tout à fait normal que les enfants sortent pour se divertir, car l’Aïd est un jour de joie. Cependant, il ne faut pas encourager la mendicité. On ne doit pas apprendre aux enfants à quémander de gauche à droite ; c’est une pratique que l’islam réprouve.

Si, par générosité et par plaisir, un adulte décide de leur offrir un cadeau ou une petite somme d’argent, il n’y a aucun problème, c’est un geste de bienfaisance. Mais les parents doivent veiller à ce que cela ne devienne pas une habitude de mendicité organisée dans les rues.

Quel message adressez-vous à la jeunesse qui, parfois, délaisse les bonnes habitudes du Ramadan dès le lendemain de la fête ?

Mon message s’adresse à tous : la constance après le Ramadan est le meilleur signe de l’acceptation de nos efforts. Si, après ce mois sacré, nous persévérons dans les bonnes actions, c’est une preuve que Dieu a agréé notre jeûne. En revanche, si nous replongeons immédiatement dans les mauvaises habitudes et les pratiques illicites, cela pourrait signifier que l’esprit du Ramadan n’a pas été assimilé.

Je conseille donc aux jeunes, garçons et filles, de ne pas « jeter à l’eau » les efforts de 29 ou 30 jours de privation. Il faut rester constant dans la piété.

Pour terminer, il y a la tradition des six jours de jeûne du mois de Chawwal qui suit la fête. Quelle est leur importance ?

Le jeûne de ces six jours est surérogatoire (Sounna), donc non obligatoire. Cependant, le Prophète (PSL) a enseigné que celui qui jeûne le mois de Ramadan, puis le fait suivre de six jours du mois de Chawwal, est considéré comme ayant jeûné toute l’année. C’est une récompense immense qu’il ne faut pas négliger. Certes, il n’est pas facile de reprendre le jeûne juste après un mois complet, mais au regard de la grâce divine promise, cela en vaut la peine.

Entretien réalisé par Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 18 mars 2026 10:15

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