Ouré-Kaba (Mamou): Le Comité local de Suivi des Impacts du Projet Simandou présente son deuxième rapport annuel
Le gisement de fer de Simandou, situé au sud-est de la Guinée, s’étend de Beyla à Kérouané sur plus de 110 km de chaîne montagneuse. Réparti en quatre blocs stratégiques, il constitue l’un des plus grands gisements de fer au monde, réputé pour la haute teneur et la qualité exceptionnelle de son minerai.
En 2021, le projet d’exploitation a franchi une étape décisive avec la mise en œuvre du principe de co- développement des infrastructures, concrétisé par la signature d’un accord-cadre tripartite entre l’État, Winning Consortium Simandou (WCS) et Simfer. Cet accord a conduit à la création du Transguinéen, une coentreprise chargée de la gestion des infrastructures essentielles du projet, notamment :
– Un port en haute mer à Moribaya, dans la préfecture de Forécariah ;
– Et un chemin de fer de plus de 620 km reliant les zones minières au port, traversant plusieurs préfectures dont Mamou, qui occupe une position stratégique sur le tracé.
Si ce projet ouvre des perspectives économiques considérables pour la Guinée, il engendre également des impacts environnementaux et socio-économiques. La préfecture de Mamou, à forte vocation agro-pastorale, joue un rôle central dans la résilience des communautés locales et se trouve particulièrement concernée par ces dynamiques.
C’est dans ce contexte qu’Action Mines Guinée a initié la création d’un Comité local de Suivi des Impacts du Projet Simandou à Mamou, avec pour mission principale de veiller au respect des droits des communautés impactées à travers un suivi rapproché et régulier des évolutions sociales et environnementales.
Ce vendredi 30 janvier 2026, la salle de conférence de la commune rurale de Ouré-Kaba a servi de cadre à la restitution du troisième rapport du comité de suivi des impactés du corridor à Soyah et Ouré-Kaba.
Devant une assemblée de populations impactées par le projet Simandou, Mamadou Dioudia Sow, coordinateur préfectoral du comité, a exposé le contenu du document tout en exhortant les impactés à poursuivre la lutte pour le rétablissement de leurs droits.

Le coordinateur a souligné que ce rapport est le reflet fidèle des réalités vécues sur le terrain. « Je n’avais même pas besoin de lire ce rapport ici, car tout ce qui y est mentionné vient de vous. Toutes vos plaintes ont été prises en compte », a déclaré Mamadou Dioudia Sow.
Le coordinateur du comité a également dénoncé les obstacles rencontrés dans la communication avec les entreprises en charge des travaux : « Nous avons voulu transmettre vos plaintes aux agents communautaires pour qu’ils les remettent aux responsables chinois, mais ils ont refusé. C’est pourquoi nous allons continuer à interpeller les autorités compétentes. »

Poursuivant, M. Sow a ensuite énuméré plusieurs cas d’irrégularités. Selon lui, a Soyah 12 parcelles ont été attribuées à un seul individu au détriment des “véritables propriétaires” et l’indemnisation “indue” de l’antenne téléphonique de Fareinta à l’ancien maire, alors que le terrain appartient à un particulier.
Dans la même lancée, il a indiqué qu’à Ouré-Kaba, des problèmes d’envahissement par la boue, de mauvaises compensations et l’absence de nivellement des terrains de recasement à Bantamaya, ont été signalés.
Sur place, la détresse des sinistrés est palpable. Aly Mansaré, dont le bas-fond a été enseveli, affirme ne peut plus subvenir aux besoins de sa famille. Il témoigne : « Ils ont déversé de la boue dans mon champ. Je ne peux plus y travailler. À l’époque, j’avais une production en cours et j’ai tout perdu. Les autorités avaient promis de réparer les dégâts, mais depuis des années, rien n’est fait. »

Le constat est identique pour Djénaba Mansaré, une femme âgée et malade, qui réclame sa compensation. « Ils ont récupéré mon champ, payé une partie et refusé d’indemniser le reste. Nous y cultivions du riz, des ignames, de la patate et du manioc. Nous avons besoin de cet argent pour notre survie. »

Il y a aussi le cas de Mariama Ciré Mansaré. Selon elle, suite à un aménagement hydraulique défaillant, sa concession est régulièrement inondée depuis trois ans. « L’eau se déverse dans ma cour. J’ai perdu des batteries de panneaux solaires, de la nourriture et des vêtements. J’avais des chambres en location, mais les locataires, dont un médecin qui a perdu ses stocks de médicaments, sont tous partis. Tout le monde est témoin de ma situation à Ouré-Kaba. Je demande justice et réparation. »

La rencontre s’est achevée par la distribution officielle du rapport annuel et un échange entre les victimes et le comité de suivi, en présence des autorités locales venues en qualité de témoins. Interrogé sur les points soulevés, Amadou Sow agent communautaire, travaillant dans une société de sous-traitance a déclaré que tous les impactés du projet ont été compensés.
“Je ne connais personne qui a été négligé dans cette affaire. À la section 6 que je gère quand même, toutes les situations ont été réglées. Moi je suis née ici. Je ne peux pas nuire à ma communauté, mais ce n’est pas du tout facile de collaborer avec certains. Car, c’est pas tout le monde qui comprend.
Quand vous avez un bas-fond, ils font l’inventaire. On te paye et tu signes un contrat. Nous on est là pour ça. Tout ce qui se passe ici est conforme à la convention. Je suis là depuis le début. On ne refuse pas les plaintes. Chacun des impactés a reçu sa part de compensation. Il y a des documents qui l’attestent. Nous sommes prêts à témoigner avec des preuves à la main. Tous les impactés ont été dédommagés”, confie Amadou Sow
De retour de Ourékaba
Habib Samaké
Correspondant régional d’Africaguinee.com
A Mamou
Créé le 2 février 2026 10:45Nous vous proposons aussi
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