Orientation des bacheliers: des rêves de carrière se heurtent à la “dure loi” des moyennes
CONAKRY – Alors que le portail Parcoursup Guinée a ouvert ses portes le 18 août pour orienter les nouveaux bacheliers, la transition vers l’enseignement supérieur ne se fait pas sans difficultés. Dans les couloirs de l’Institut supérieur de sciences de l’éducation de Guinée (ISSEG) à Lambanyi, les espoirs des bachliers se mêlent à la déception, confrontés à la dure réalité des notes et des critères d’admission. Reportage.

Défis techniques
Certains étudiants se heurtent à des problèmes techniques. C’est le cas de Boubacar Bah, un jeune homme qui s’est rendu à l’ISSEG après que la plateforme a rejeté son école d’origine et son centre d’examen. Pour lui et d’autres, l’aide sur place est une bouée de sauvetage.
« J’ai créé mon compte, tout est complet. Le seul problème que j’ai, c’est que ce matin, en inscrivant mon école d’origine et mon centre d’examen, l’application les a rejetés. Je suis donc venu directement à l’ISSEG. J’ai fourni les documents qu’ils m’ont demandés et je suis en attente« , a-t-il confié.

Les conseillers et le personnel administratif travaillent sans relâche pour résoudre ces bugs informatiques. Pour Mamadou Boulhè Baldé, l’obstacle était plus simple, mais tout aussi contraignant : un oubli de sa carte scolaire. Ces petits détails, en apparence anodins, peuvent freiner le processus d’orientation et générer du stress chez des jeunes déjà anxieux.
« Dans l’ensemble, tout se passe très bien. Je n’ai pas pu m’orienter pour le moment car j’ai oublié ma carte scolaire à la maison. Ils m’ont montré la procédure à suivre, et je ferai le reste une fois rentré « , a déclaré ce bachelier admis en Sciences Mathématiques.

La moyenne, un mur entre les rêves et la réalité
Au-delà des soucis techniques, c’est la question des notes qui constitue le principal obstacle. Le rêve d’une carrière en droit des affaires s’est brisé pour Kabinet Sangaré, dont la moyenne de 11 ne suffit pas pour le seuil d’admission fixé à 13. Face à ce constat, le jeune homme se tourne vers la sociologie, un choix qui n’était pas son premier, mais qui reste une option.

« Je suis venu faire mon orientation à l’ISSEG de Lambanyi. C’est un peu compliqué car je n’avais pas mon diplôme du bac avec moi. Mon père est allé le chercher. Mon choix est difficile, car avec ma moyenne de 11, il m’est impossible de faire du droit des affaires. Je comptais faire ce métier depuis mon enfance, mais il faut une moyenne de 13 pour y accéder. Je vais donc me tourner vers la sociologie« , a-t-il expliqué.
Sidibé Mariama, elle, voulait faire Droit, mais sa moyenne de 10 est bien en deçà du seuil requis. Elle doit également faire face à une contrainte géographique : la faculté de droit se trouve à N’Zérékoré, loin de chez elle et de ses proches.
« L’orientation se passe bien, je n’ai pas eu de difficultés majeures. En fait, je voulais faire Droit, mais on m’a dit que ce n’était pas possible avec ma moyenne de 10. Il faut une moyenne de 12 ou 13. De plus, pour faire Droit, il faut aller à N’Zérékoré, et je n’ai pas de parents là-bas. Je veux vraiment faire Droit, mais comme je ne peux pas, je suis en train de voir les choix qui correspondent à ma moyenne« , a indiqué la bachelière.
Ces situations illustrent un dilemme profond : la confrontation entre les aspirations de carrière et les limitations imposées par le système d’orientation. Le dilemme est similaire pour Mamadou Boulhè Baldé, qui, avec une moyenne de 13, voit son rêve d’étudier l’architecture à l’université Gamal Abdel Nasser s’éloigner d’un point seulement. Il envisage l’urbanisme comme un plan B, mais son cœur reste accroché à son premier choix.

“Mon premier choix était l’architecture, mais malheureusement, il faut une moyenne de 14, et j’ai obtenu 13. L’architecture reste mon premier choix, suivi de l’urbanisme. Je souhaite poursuivre mes études à l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry”, a t-il confié.
En Guinée, le processus d’orientation ne se résume pas à un simple clic. Pour beaucoup de jeunes Guinéens, il représente une étape décisive, chargée d’espoir mais aussi de compromis. Les moyennes scolaires, les critères d’admission et les réalités géographiques forcent les bacheliers à redéfinir leurs rêves. Ce qui devait être une simple formalité se transforme en une véritable épreuve, où la résilience et la capacité d’adaptation sont mises à rude épreuve.
Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 19 août 2025 14:00Nous vous proposons aussi
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