Nzérékoré : Multiplication d’attaques à main armée, l’inquiétude grandit
NZÉRÉKORÉ – Une recrudescence d’attaques à main armée sème l’inquiétude et la consternation dans la commune urbaine de Nzérékoré. Ces derniers jours, plusieurs habitants de cette grande ville de la Guinée forestière ont été victimes de braquages violents visant principalement les propriétaires de motos. Le quartier Boma est particulièrement affecté, avec des cas signalés presque chaque jour, selon plusieurs sources concordantes.
La ville est désormais en proie à une insécurité grandissante. Des hommes armés, souvent non cagoulés mais opérant avec discrétion, interceptent leurs victimes en pleine rue, généralement entre 20h et 23h, des heures habituellement calmes. Circulant à moto, ils utilisent armes à feu ou armes blanches pour menacer et intimider, avant de dépouiller les citoyens de leurs biens, notamment des motos, puis disparaissent aussitôt.
Les témoignages recueillis sont édifiants. Papé Koivogui, ingénieur en bâtiment, raconte avoir frôlé la mort lors d’une attaque alors qu’il rentrait d’une veillée funèbre avec son épouse.

« Ça s’est passé entre 22h et 23h. J’étais allé à une veillée funèbre avec mon épouse. Comme il se faisait tard et que les enfants étaient seuls à la maison, nous avons décidé de rentrer.
À l’approche de notre domicile, nous avons aperçu deux motards. Je pensais qu’ils étaient pressés, alors ma femme m’a conseillé de leur céder le passage. Mais au lieu de continuer leur route, ils ont garé leur moto devant nous et nous ont sommés de descendre. L’un d’eux a braqué une arme sur la tête de ma femme.

Au moment où je m’arrêtais, j’ai voulu retirer la clé du contact. L’un d’eux m’a frappé, et la clé est tombée. Il m’a ensuite demandé où elle se trouvait. Je lui ai répondu que je ne l’avais pas. Comme je refusais de coopérer, il a décidé d’emporter la moto en la poussant. Son complice, resté sur l’autre moto, a tiré avant de s’enfuir. Aujourd’hui, les radios disent que j’ai 25 balles dans le pied », témoigne Papé Koivogui, encore sous le choc.
Cette attaque s’est produite à quelques mètres seulement du siège de la Brigade Anti-Criminalité (BAC), renforçant le sentiment d’abandon exprimé par de nombreux citoyens.
Miss Bamba, une autre victime, raconte une scène presque similaire :
« C’était samedi 12 septembre, vers 20h. Trois hommes m’ont suivie jusqu’à la devanture de ma maison. Dès que j’ai tourné pour rentrer, ils m’ont ordonné de descendre. Ils ont emporté ma moto, qui n’avait même pas six mois. Ces hommes n’étaient pas masqués, ils portaient simplement des casquettes. »
D’autres témoignages font état de braquages perpétrés devant les domiciles mêmes des victimes, preuve de la témérité croissante des malfrats.
Une source hospitalière, ayant requis l’anonymat, confirme une hausse inquiétante des admissions pour blessures par balles et coups d’armes blanches ces derniers jours. Les victimes, souvent dans un état critique, arrivent après avoir été secourues par des voisins ou des passants, dans un climat de terreur généralisée.
Les autorités reconnaissent le problème et annoncent des mesures
Interrogé par notre reporter basé dans la région, le Directeur régional de la Police de Nzérékoré, le colonel Almamy Balla Conté, a reconnu l’existence de cette nouvelle vague d’insécurité. Il a toutefois tenu à rappeler les progrès enregistrés depuis l’arrivée du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) au pouvoir.
« Autrefois, la région faisait face à de multiples conflits. Nzérékoré connaissait des crimes liés aux rivalités politiques, communautaires, domaniales et même rituelles. Mais notre venue a permis d’y mettre un terme. Il fallait instaurer une confiance entre les citoyens et les services de défense et de sécurité. Ce pari a été réussi, et grâce à nos actions, beaucoup de ces crimes ont cessé. Cependant, nous avons enregistré récemment des cas de vol à main armée, surtout de motos. Des dispositions sont en cours pour y remédier », affirme le colonel Conté.

Parmi les mesures évoquées, le renforcement des patrouilles nocturnes dans les quartiers sensibles ;
Le déploiement de la Brigade Spéciale d’Intervention de la Police (BSIP) en appui à la BAC ;
La collaboration renforcée avec la gendarmerie, notamment à travers le partage de renseignements ;
Et la dotation en gaz lacrymogènes des agents.
Le Colonel Conté assure que des réunions stratégiques seront tenues dans les prochains jours pour accélérer la mise en œuvre de ces actions.
Une population en quête de sécurité
Dans les rues de Nzérékoré, la peur est désormais palpable. Traumatisés par la fréquence et la brutalité des attaques, de nombreux habitants préfèrent ne plus sortir après 20h. Tous réclament le retour d’une sécurité effective.

Pour Papé Koivogui, encore marqué par ses blessures physiques et psychologiques, l’heure est critique :
« C’est un appel solennel que je lance aux autorités. Nous ne sommes plus en sécurité, même à quelques mètres des forces de l’ordre. Il faut agir, et vite. »
Alors que les victimes se multiplient, l’État est sommé d’agir avec fermeté pour enrayer cette criminalité galopante qui menace la paix fragile retrouvée dans la région forestière.
SAKOUVOGUI Paul Foromo
Correspondant Régional d’Africaguinee.com
En Guinée Forestière.
Tél. (00224) 628 80 17 4 3
Créé le 1 octobre 2025 17:37Nous vous proposons aussi
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