Nzérékoré : les dessous du conflit qui déchire les habitants de la localité de Gbotoye…

N’ZÉRÉKORÉ-Le village de Gbotoye, situé dans la sous-préfecture de Yanlezou, non loin de la commune urbaine de N’zérékoré, est plongé dans une crise aiguë. Qu’est-ce qui est à l’origine de ce conflit ? Un reporter d’Africaguinee.com est allé enquêter dans la localité désormais scindée en deux secteurs. Cette divergence vient se greffer à une autre crise plus ancienne relative au contrôle du pouvoir local à GBotoye.

« Le problème qui secoue Gbotoye actuellement trouve son origine profonde dans le contrôle du pouvoir local. L’actuel jeune chef du village a été confirmé par le sous-préfet. Mais dès que celui-ci a dit que c’est Dieu qui donne le pouvoir, il a été vertement contesté », explique Moisé Folié, citoyen de Gbotoye.

Quant à la crise actuelle, Moïse cite l’attitude d’un des fils du sage du village qui foulait aux pieds le principe qui s’impose à tous sans exception. ‘’Un jour, il y a eu un décès. Le jour de l’enterrement, les gens ont fait des cotisations en donnant du riz, de l’argent et des fagots de bois. Après avoir fini de creuser la tombe, les jeunes sont venus voir le chef de village pour lui dire que l’enfant du sage du village, ne participait pas aux enterrements.  A cause de cela, il doit payer une amende. Cela est devenu un grand problème. Et cette affaire d’amende existe depuis des années. L’intéressé a dit qu’il ne peut vraiment pas payer l’amende. Les gens se sont opposés et ont insisté à ce qu’il paye l’amende. La tension est montée d’un cran.

 C’est la goutte qui a fait déborder l’eau du vase.  Les jeunes ont menacé d’aller fermer la tombe. Avant, ils (les jeunes) sont venus voir le chef de village pour l’en informer. Celui-ci s’est opposé et leur a demandé d’aller participer à l’enterrement. A ceux qui ne veulent pas participer de se retirer. Les gens se sont donc retirés. Entretemps, ils sont allés faire l’enterrement et moi-même j’étais là-bas, les funérailles se sont bien déroulées. Trois semaines plus tard, ils ont transporté le problème au commissariat central au motif que le chef de village est venu barrer la route empêchant ainsi l’enterrement. La convocation est venue, le sous-préfet a dit d’aller se présenter en disant que c’est la loi. Lorsque l jeune est allé se présenter, on l’a mis en prison (…). Le dossier est parti jusqu’à la justice. C’est le substitut du procureur d’alors qui gérait le dossier. Ce jour, il a interrogé Falikou kolié, le chef de village. Après son audition, on lui dit de revenir le lendemain matin. Quand ils sont partis le lendemain, chacun s’est expliqué. Le substitut même a dit que ce dossier est vide’’, soutient Moise Kolié.

Affaire corruption au tribunal :

« C’est en ce moment que le plaignant a donné 2 millions. Cela a donné lieu à un changement de version. Immédiatement, il a été notifié à Falikou Kolié, qu’il a fait un crime et qu’il doit être condamné et qu’il va faire la prison. C’est ainsi que Falikou Kolié a commencé à demander pardon. Ils sont restés dans le bureau du substitut jusqu’à 22h. Celui-ci lui aurait demandé 5.000.000 Gnf. Le substitut du procureur est resté patient, jusqu’à un certain moment. Un des jeunes frères de Falikou Kolié a donné 1.000.000 Gnf. On l’a libéré à condition qu’il se présente 48 heures après.

Après deux jours Falikou Kolié s’est présenté. C’est là que le substitut a dit qu’il faut que le procès ait lieu. Donc il est venu le deuxième et le troisième jour. Lorsque Falikou Kolié a compris qu’il y a un problème de prison, il ne s’est donc pas présenté le jour du verdict. C’est là qu’il a été condamné à un an de prison dont 6 mois assortis de sursis. C’est comme ça qu’ils ont décerné un mandat d’arrêt contre Falikou Kolié », martèle ce citoyen.

Les 8.000.000 Gnf à la police et l’incarcération du président du district

‘’C’est ainsi que le village s’est mobilisé pour excommunier Yodé. Le sous-préfet est venu au village pour la réconciliation. Il a donc plaidé avec succès en faveur de la réintégration de Yodé.

Depuis on vivait dans la paix et la quiétude, mais cela n’a pas tenu pour longtemps. Ils ont vite utilisé un autre moyen en lui demandant en tant que chef du village d’aller déposer son rapport sur les patentes à la sous-préfecture.  Dès qu’il y est arrivé, il a été arrêté et conduit à la police. Un mercredi je suis allé voir, un commissaire m’a dit qu’il faut qu’il paye 8 millions. Il m’a ensuite dit d’attendre qu’il appelle le procureur.Entretemps, je vois le plaignant quand je lui ai adressé la parole, il a crié en disant même si j’ai deux parcelles je vais vendre, mais il ira en prison. C’est en ce moment que nous nous sommes dirigés vers le maire.

On s’est présenté le premier jour avec 1.500.000 gnf, le deuxième jour, 4.500.000 gnf. Mais ils n’ont pas accepté ces montants, ils l’ont embarqué directement pour la maison centrale.

C’est ainsi que le village s’est mobilisé pour aller voir le maire. Nous sommes restés là jusqu’à 20h. Ils nous ont dit de rentrer et revenir le lendemain. Le matin, nous y sommes retournés. C’est là que nous avons appris qu’ils ont dit que celui qui est en prison est allé déterrer un corps. C’est comme ça que les femmes ont commencé à pleurer, elles sont allées voir le préfet. Vu l’engouement, le préfet les a orientés vers le procureur. C’est quand elles se sont déplacées pour aller voir le procureur, qu’elles ont trouvé que la route était barrée, elles constatent qu’elles sont entourées par des troupes.

Les agents des forces de l’ordre ont commencé à lancer du gaz lacrymogène.  6 femmes ont été blessées et envoyées à l’hôpital’’, a regretté Moise Kolié rencontré au village Gbotoye.

De son côté, le camp de Yodé le plaignant pointe du doigt le notable du village qui aurait créé selon lui une division entre les citoyens. Il accuse également le président du district de profanation du corps du Papa de Yodé Haba, chose qui l’aurait conduit en prison. Ils soutiennent que si l’autre camp demande la libération de Falikou Kolié, eux aussi vont demander la libération de Akoïnan, un autre citoyen du village, condamné par le TPI pour menace de mort contre le nommé Moïse Kolié.

« Le problème vient du notable du village parce qu’il a introduit le clanisme entre nous. Il ne veut pas qu’on s’entende entre nous. Il veut la division. Le jour du décès de mon papa, il s’est présenté au beau milieu du marché, en disant que personne ne mettrait pied là où il y a eu le décès. Il a démobilisé tout le monde. Si le président du district a commis cette faute, c’est lui-même qui est allé l’appeler, lui disant de venir barrer la route pour ne pas que le corps passe. Il a même dit au joueur de trompette que personne n’aille là où il y a la tombe. C’est ainsi que tout le monde s’est retourné au village. Nous on veut la paix mais le notable n’en veut pas. Quand il y a un petit problème, il aggrave. Il ne veut pas qu’il y ait un commun accord avec les citoyens de Gbotoye. Même le jour où ils ont enfermé le président du district, il a révolté les jeunes en disant qu’ils ont tué le président. Les jeunes ont barré la route. Arrivés au marché, ils ont gâté un petit conteneur de ma mère. Aujourd’hui ces dépenses s’élèvent à hauteur de 15.000.000 Gnf. Celui qui est en prison, pendant qu’on partait enterrer le corps de mon papa, lui il est venu barrer la route en disant que le corps de mon papa ne va pas passer. C’est pour cela que le juge lui a dit qu’il a profané le corps », se défend Yodé Haba le plaignant.

Accusé dans cette affaire, le sous-préfet de Yalenzou s’est défendu en ces termes : « J’ai trouvé le problème là ici. Mais le jour où j’ai pris fonction, je me suis rendu là-bas. Je leur ai fait savoir que personne n’est au-dessus de la loi et que lui il devait prendre ces citoyens au même pied d’égalité. Il semble que le président du district a interdit aux citoyens de participer à l’enterrement du papa de Yodé. Moi je n’étais pas là-bas. C’est quand le monsieur est venu porter plainte à la police, on l’a convoqué une fois, il est parti avec son avocat, après on les a programmés. A leur retour, il a excommunié la famille de Yodé. Pour dire que personne ne doit lui vendre quelque chose, il ne faudrait pas non plus que ce dernier ne vende à une autre personne, qu’il reste isolé. Que celui qui le fait, la personne va payer des amendes. Il a fallu que je reparte là-bas pour leur dire que la loi n’a pas demandé cela. Je les ai sensibilisés, ils ont signé derrière l’ordre de mission que l’affaire est finie. Mais je ne peux pas interdire à la police guinéenne de faire son travail », confie l’Adjudant-chef Mohamed Dani Sylla, sous-préfet de Yanlezou.

Interrogé, le substitut du procureur d’alors qui est actuellement le juge pour enfant au tribunal de première instance de N’zérékoré a réfuté toutes les accusations portées contre lui.

« C’est faux et archi-faux, cette accusation de corruption. Je ne suis pas un magistrat de ce genre. C’est moi effectivement qui me suis occupé de ce dossier. Il y a eu procès et l’audience s’est tenue une fois ce jour, le prévenu était présent. Mais le jour du verdict, il a refusé de répondre. Donc il a été condamné et il y a eu un mandat d’arrêt contre lui. A chaque fois que les agents des forces de l’ordre vont derrière lui, il se cache. C’est maintenant qu’ils ont mis la main sur lui. Mais c’est déplorable que des femmes se mettent torse nue pour venir revendiquer autour d’une décision de justice, cela est vraiment résolu », soutient André Fara Foumba Tinguiano.

La police également ne reconnais pas avoir demandé de l’argent au prévenu. Selon elle, ce sont eux même qui ont proposé un montant dans le cadre des amendes liées à la condamnation du prévenu Falikou Kolié.

’Quand il a été arrêté, comme cela avait pris du temps avant de mettre la main sur lui, on l’a envoyé à la police pour retrouver le mandant d’arrêt avant de le déposer à la maison centrale. C’est pendant ce temps qu’ils ont profité pour nous dire qu’ils vont payer les 6.000.000 Gnf puisque le monsieur a été condamné au payement de 1.000.000 Gnf comme amande et 5.000.000Gnf comme dommage et intérêt. Pensant que quand ils allaient payer ce montant, cela allait arranger les choses. On leur a dit que c’est à la justice que tout cela se règle’’, précise le chef de la police judiciaire.

A suivre !

SAKOUVOGUI Paul Foromo

Correspondant Régional d’Africaguinee.com

A Nzérékoré.

Tél : (00224) 628 80 17 43

Créé le 17 mai 2024 11:50

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