Nzérékoré : À la rencontre de Rémy Haba, ce prodige guinéen qui connaît le monde par cœur
NZÉRÉKORÉ – Donnez-lui le nom d’un pays et, presque instantanément, il vous répond par sa capitale. Poursuivez avec une autre question : superficie, population, langue officielle, organisation administrative ou encore quelques particularités géographiques, et il enchaîne avec une aisance déconcertante. Cette mémoire exceptionnelle, Rémy Haba en a fait sa marque de fabrique. Étudiant en passage pour la licence 3 de géographie à l’Université de Kindia, le jeune homme est désormais connu sous le surnom de « Pays Capitale », une identité qui dépasse largement le cadre universitaire.
Invité dans des conférences, des concours de culture générale, des cérémonies scientifiques ou encore des rencontres estudiantines, il fascine son auditoire par sa capacité à répondre aux questions les plus diverses sur les États du monde. Derrière cette performance, pourtant, il n’y a ni miracle ni don tombé du ciel. Seulement des années de discipline, de répétition et une vision bien précise.

Au cours d’un entretien accordé à la rédaction régionale d’Africaguinee.com à Nzérékoré, Rémy Haba est revenu sur son parcours, les sacrifices consentis et son rêve de devenir une référence de la géographie en Guinée.
« Ce surnom est devenu ma véritable identité »
Pour beaucoup, il est simplement « Pays Capitale ». Un nom qui intrigue autant qu’il impressionne. « Ce surnom n’est pas tombé du ciel. À chaque activité, je changeais de nom jusqu’au jour où j’ai gardé « Pays Capital ». Aujourd’hui, c’est devenu ma véritable identité. Il traduit ce que je fais : je maîtrise les pays du monde, leurs capitales, leurs territoires, les îles et plusieurs autres informations géographiques », explique-t-il.
Au-delà des seules capitales, Rémy affirme être capable de fournir différentes informations selon les pays : superficie, population, langues parlées ou encore d’autres renseignements géographiques.
Une passion née en classe de 9e année
Pourtant, rien ne prédestinait le jeune étudiant à devenir une encyclopédie vivante de la géographie. « En sixième année, je ne connaissais même pas la capitale de la France », confie-t-il avec le sourire.
Le déclic intervient en 2018-2019, alors qu’il est élève en 9e année. Son professeur de géographie, Kokoly Kpoghomou, impressionne toute la classe par sa capacité à citer instantanément les capitales des différents pays.

« Je me suis dit que ce n’était pas de la sorcellerie. Il fallait simplement travailler. J’ai décidé de faire comme lui. Aujourd’hui, je peux dire avec humilité que j’ai dépassé le niveau qu’il avait à l’époque. Et cela fait sa fierté. »
Depuis cette période, le jeune homme ne s’est plus arrêté. Des cahiers, des répétitions… et des nuits blanches: L’apprentissage n’a pas été facile. Rémy raconte avoir créé un cahier spécial dans lequel il inscrivait uniquement les pays dont les capitales lui échappaient.
« Je notais les pays qui me posaient problème. Même quand je marchais, je les répétais dans ma tête. Si j’oubliais un seul pays, je revenais le revoir avant de continuer. »
Cette méthode, répétée quotidiennement, a progressivement construit une mémoire impressionnante. Aujourd’hui encore, malgré la maîtrise acquise, il continue à réviser. « C’est une activité qui, quand tu la laisses, elle te laisse. Je me réveille souvent vers quatre heures du matin pour réviser. La géographie est une science vivante. Les données évoluent constamment. »
Une mémoire qui impressionne partout où il passe
Rémy Haba ne cache pas la confiance qu’il a acquise au fil des années. Dans les concours de culture générale, il affirme n’avoir jamais été mis en difficulté lorsqu’il s’agissait des pays du monde. « J’ai dit un jour devant une salle que personne ne pouvait me bloquer sur les pays du monde. Les gens ont posé leurs questions et j’ai répondu à toutes. À la fin, j’ai reçu une standing ovation. »

Cette prestation marque un tournant dans son parcours. En 2022, il remporte un concours de culture générale et commence à être sollicité pour différentes manifestations. Aujourd’hui, conférences, cérémonies universitaires, activités culturelles ou scientifiques : le jeune géographe est régulièrement invité pour faire des démonstrations de ses connaissances. Selon lui, aucune question liée aux pays du monde ne lui a encore résisté. « Jusqu’à présent, aucune personne ne m’a posé une question sur scène à laquelle je n’ai pas pu répondre. »
Une célébrité qui lui ouvre des portes
Son talent lui vaut aujourd’hui une notoriété qui dépasse les frontières de la Guinée. Il reçoit des messages venant de plusieurs pays, notamment du Maroc ou encore de l’Italie. À l’Université de Kindia, cette reconnaissance lui a même permis d’être élu président de son département. « Beaucoup de personnes me connaissent aujourd’hui. Cette visibilité m’a ouvert des portes et m’a permis de créer de nombreuses relations. »
Mais derrière cette mémoire exceptionnelle se cache une ambition beaucoup plus grande.Rémy Haba souhaite poursuivre ses études à l’étranger afin d’approfondir ses connaissances en géographie.Son objectif est clair : contribuer à moderniser l’enseignement de cette discipline en Guinée.
Son rêve ? Devenir l’un des plus grands géographes africains.
« Je veux poursuivre de hautes études pour devenir un excellent géographe et améliorer certains contenus de la géographie enseignée en Guinée. Certaines données doivent être actualisées. Mon ambition est d’apporter ma contribution scientifique à mon pays. »
Durant l’entretien, l’étudiant s’est également exprimé sur les conséquences du changement climatique. Il cite notamment plusieurs États insulaires du Pacifique, comme Tuvalu et Tonga, qu’il considère particulièrement exposés à la montée du niveau des océans. Pour lui, ces territoires illustrent les défis auxquels le monde devra faire face dans les prochaines décennies face au réchauffement climatique.

Un appel aux autorités pour soutenir les talents
Rémy Haba lance un message aux jeunes Guinéens. Il les invite à croire en leurs rêves, malgré les critiques et les difficultés. « Quand on a un objectif, il faut persévérer. Il ne faut pas écouter ceux qui cherchent à vous décourager. » Il interpelle également les autorités afin qu’elles accordent davantage d’attention aux talents présents dans les universités.
« Il existe énormément de talents cachés dans nos universités. L’État doit mettre en place un mécanisme pour les détecter, les accompagner et leur permettre de s’exprimer. Moi-même, je cherche un accompagnement pour atteindre mes objectifs. »
À travers son parcours, Rémy Haba démontre qu’avec de la détermination, de la discipline et une passion entretenue au quotidien, un simple élève peut devenir une véritable référence dans son domaine. Si son ambition est de porter haut les couleurs de la géographie guinéenne, son histoire est déjà une source d’inspiration pour de nombreux jeunes qui rêvent, eux aussi, de transformer leur passion en excellence.
Paul Foromo SAKOUVOGUI
Correspondant Régional d’Africaguinee.com
En Guinée Forestière.
Tél: (00224) 628 80 17 43
Créé le 8 août 2026 07:21Nous vous proposons aussi
TAGS
étiquettes:









