N’Zérékoré, 2ème ou 3ème ville de Guinée ? Les analyses de Docteur André Loua, ancien fonctionnaire à l’OMS…
À l’occasion du 67ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Guinée, célébré le 2 octobre 2025 dernier, un débat passionné s’est tenu sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook, concernant le statut de N’Zérékoré : est-elle la deuxième ou la troisième ville du pays. En tant qu’originaire de cette ville, ce débat m’a interpellé et incité à partager mon point de vue.
Quels sont les critères qui définissent une véritable ville ?
Traditionnellement, une ville se distingue par plusieurs caractéristiques : une densité de population relativement élevée, une infrastructure développée, une économie diversifiée, une administration locale fonctionnelle, des institutions éducatives et culturelles dynamiques, ainsi qu’un accès facilité aux services essentiels et aux réseaux de transport. Ces éléments constituent les fondements du développement urbain.
La ville de N’Zérékoré répond-elle à ces critères ?
Malheureusement, la réponse est non.
Si la ville proprement dite est densément peuplée (environ 266 716 habitants), elle peine en revanche à répondre aux standards d’une grande ville en matière d’infrastructures.
- L’approvisionnement en eau potable est insuffisant ;
- L’éclairage public est quasi inexistant, malgré l’interconnexion avec le réseau électrique ivoirien ;
- Les routes et la voirie urbaine sont fortement dégradées ;
- Le cadre de vie est affecté par une insalubrité chronique.
La source N’Zaly, qui a donné son nom à la ville, n’est ni protégée ni aménagée, et risque même de disparaître. De plus, le transport urbain repose presque exclusivement sur les taxis-motos, faute d’un système organisé.
Quant à l’accès à N’Zérékoré depuis la capitale, Conakry, il s’agit d’une véritable épreuve : il faut compter près de deux jours de route, avec tous les risques que cela comporte, faute d’alternatives modernes. Aucun vol régulier ne relie en effet la capitale à cette ville stratégique du sud-est du pays. Il existe certes un vol humanitaire du Programme alimentaire mondial (PAM), mais il n’est accessible qu’à une catégorie restreinte de voyageurs privilégiés.
Par ailleurs, un vol commercial relie épisodiquement Conakry à N’Zérékoré, mais le prix du billet est hors de portée du Guinéen moyen, ce qui limite sa fréquentation. L’aéroport domestique de Konia, situé à 15 km de la ville, ne dispose que d’une piste sommaire, sans aucune infrastructure moderne digne d’une grande agglomération régionale.
Un contraste frappant avec d’autres villes africaines
À titre de comparaison, dans certains pays africains, la deuxième ville nationale dispose d’une industrie structurée, d’un aéroport international moderne et de liaisons aériennes régulières avec la capitale, parfois toutes les trente minutes. Ces villes bénéficient également de routes bitumées, d’un réseau ferroviaire, d’un parc hôtelier et de restaurants de standard international, ainsi que d’un système de transport urbain organisé.
Ce contraste met en évidence le retard structurel dont souffre N’Zérékoré, pourtant riche de son potentiel humain, économique et culturel.
Au-delà du classement : c’est un appel à la modernisation urbaine
Le rang de N’Zérékoré, deuxième ou troisième ville de Guinée, importe moins que sa capacité à offrir à ses habitants un cadre de vie digne et moderne, car une ville ne se définit pas seulement par la densité de sa population. Une véritable politique d’aménagement urbain, d’assainissement et de connectivité s’impose non seulement pour N’Zérékoré, mais aussi pour les autres grandes villes du pays.
Espérons que les gouvernants actuels et futurs accorderont à nos villes l’attention qu’elles méritent, afin qu’elles deviennent enfin des pôles de développement équilibré, à la hauteur des ambitions nationales.
Dr André LOUA
Ancien fonctionnaire de l’OMS
Tél.: 622 69 82 00
Email: [email protected]
Créé le 14 octobre 2025 09:00Nous vous proposons aussi
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