« Nous n’avons nulle part où aller » : Le désarroi des vendeurs déguerpis à ENCO 5
CONAKRY– Les occupants des emprises du marché ENCO 5, à cheval entre les communes de Lambanyi et Matoto, ont été entièrement déguerpis ce mercredi 22 janvier 2026. L’opération, menée par la police avec l’appui des autorités locales, des services techniques et du génie militaire, vise à libérer les abords de la voie publique occupés par des conteneurs, des tables de vente et autres encombrants physiques qui entravent la circulation.

Sur les lieux, de nombreux commerçants touchés par cette action expriment leur mécontentement, même si certains reconnaissent la nécessité impérieuse de mener de l’opération, dont l’objectif n’est autre qu’assainir et assurer la sécurité, selon les autorités.
« Nous n’avons pas le choix »
Barry Ibrahima, marchand est touché par l’opération. Il livre un témoignage partagé entre lucidité et appel à l’aide :« D’un côté, c’est une bonne chose, parce que vendre au bord de la route n’est pas approprié. Mais si nous sommes ici, c’est parce que nous n’avons pas les moyens et surtout parce que nous n’avons nulle part où aller. »
Selon lui, ces activités informelles constituent le seul moyen de survie pour de nombreuses familles :« Nous venons ici pour gagner 5 000 ou 10 000 francs afin de nourrir nos familles. Parmi nous, il y a des pères de famille, des étudiants, et il n’y a pas d’emploi. »

Tout en s’adressant directement au chef de l’État, il insiste sur la nécessité d’un accompagnement. « Si le gouvernement détruit sans proposer de solution, cela devient très difficile. Avant de déguerpir, il faut d’abord nous montrer où aller. »
Concernant les avertissements, Barry Ibrahima affirme n’avoir pas été informé à temps :« Personnellement, je n’ai pas été averti. J’ai appris la nouvelle seulement hier. »

Des commerçantes affectées
Plusieurs femmes victimes du déguerpissement ont également exprimé leur détresse, tout en réaffirmant leur confiance aux autorités.
Kadé Diallo est vendeuse : « C’est ce que Dieu a voulu. Nous plaçons notre espoir au Président de la République. L’endroit déguerpi est notre seul gagne-pain. Nos maris sont décédés et nous avons des enfants à nourrir. »
M’ma Hawa Camara, veuve et commerçante, abonde dans le même sens :« Nous soutenons le Président et restons derrière notre engagement. Je fais ce commerce pour que mes enfants ne deviennent pas des délinquants demain. Le déguerpissement n’est pas mauvais, c’est pour rendre la capitale propre, mais nous demandons une place digne. »

Pour Fatoumata Keïta, vendeuse de poissons, le problème reste avant tout structurel :« Le marché ENCO 5 est trop petit et ne peut pas abriter toutes ces femmes. Nous demandons un grand marché. Le déguerpissement est une bonne chose, cela embellit le pays, mais nous avons besoin d’aide. »
Position de l’Association des femmes du marché
Condé Siaka, coordinateur de l’Association des femmes du marché ENCO 5, se dit solidaire des victimes. « Si mes mères, mes pères et mes sœurs sont touchés, alors je suis également touché. Vouloir déguerpir est important, mais la manière dont cela est fait pose problème. »

Il déplore un manque de communication claire :« Certains disent avoir été avertis, d’autres non. Ce qui est sûr, c’est que tout le monde n’a pas été informé. » Selon lui, l’État doit anticiper les conséquences sociales :« On ne peut pas casser les œufs sans prévoir un récipient pour les mettre. Avant de déguerpir, il faut penser à l’avenir de ces femmes et de ces jeunes. »
Il rappelle que l’occupation des abords de la route n’est pas un choix délibéré :« S’ils sont là, ce n’est pas par hasard. Il y a une situation préalable qui les a poussés à s’installer là. »

Un appel au gouvernement
Tout en reconnaissant que les terrains appartiennent à l’État, les commerçants et leurs représentants appellent les autorités, notamment le Président Mamadi Doumbouya, à trouver des solutions concrètes. « Il faut au moins un consensus et un endroit approprié où ces citoyens pourront s’installer dignement, afin d’éviter la précarité. »
Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 22 janvier 2026 19:45Nous vous proposons aussi
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