“Nous causons du tort aux enfants”: les parents d’élèves interpellent le Gouvernement et le Syndicat

CONAKRY – Le secteur éducatif guinéen est fortement secoué par la grève déclenchée par le Syndicat national de l’éducation et la Fédération syndicale professionnelle de l’éducation. Entré dans sa deuxième semaine, le mouvement a paralysé de nombreuses écoles à Conakry et dans plusieurs régions, où des cas de violences ont été signalés à certains endroits. Alors que la crise s’enlise, la Fédération guinéenne des parents d’élèves et amis de l’école (FEGUIPAE) sort de son silence et interpelle les acteurs.

Au téléphone d’Africaguinee.com, Mme Camara Adama Sow, la Présidente de la Fédération guinéenne des parents d’élèves, étudiants et amis de l’école (FEGUIPAE) a interpellé les différents acteurs à l’origine de la crise en cours.

« Ce que j’ai à dire, c’est que la division au sein de ces syndicats ne nous fait pas avancer. Quand je dis “nous”, je parle de tous les Guinéens. Aujourd’hui, vous avez vu que, malgré tout ce qui a été obtenu dans le protocole d’accord, la tension persiste à Conakry et dans certaines villes comme Yomou ou Boké, ainsi que dans de nombreuses écoles de la capitale.

Je me dis que même si une seule école était en grève, ce ne serait pas bon pour nous. C’est la nation qui perd. Et surtout, au vu et au su de tout le monde, nous constatons la situation, nous observons, mais nous continuons à mener des campagnes politiques. Après, nous voulons accéder à la magistrature suprême.

Mais comment prétendre présider un pays si, pendant ce temps, des enfants perdent leur avenir ? Des enfants qui, faute d’une bonne formation, ne pourront pas gouverner demain, ou qui risquent même de sombrer dans la délinquance en raison de cette grève ? Moi, je pense que cette situation doit interpeller chaque Guinéen, chacun d’entre nous. Elle doit nous amener à rechercher un climat d’entente”, a-t-elle réagi.

Mme Camara Adama Sow salue les efforts de ceux qui se sont battus pour que le protocole d’accord signé. “C’est une bonne chose. Car on ne peut pas gagner dans une négociation même 50 % à plus forte raison 100 %. Mais même s’il n’y a qu’un seul point qui a été obtenu là-bas, moi je les félicite. C’est beaucoup”, 

Message à l’endroit du Gouvernement

“Qu’est-ce que je conseille à ces syndicalistes et au gouvernement ? D’abord, au gouvernement qui est la mère de tout le monde, le père de tout le monde : c’est d’avoir le dos large. Je sais que c’est difficile pour un gouvernement de reconnaître qu’on a commencé à négocier et que certains ont claqué la porte, sont sortis sans attendre la fin du dialogue. Oui, c’est difficile. Nous devons nous soumettre, accepter, écouter et nous accepter mutuellement. Mais comme cela arrive souvent, le gouvernement doit avoir le dos large, mobiliser encore tout le monde, leur dire : “Même si vous avez claqué la porte, les autres ont obtenu cela pour vous. Nous réitérons notre engagement pour le statut, mais c’est après les élections que nous allons le signer, puis vous écouter ensuite.”

Et là, s’il y a un refus encore, cela donne le droit aux gens de réagir. Parce qu’on ne comprend pas qu’il y ait un refus catégorique. Ce qui est obtenu là n’est pas petit. C’est beaucoup. Le statut, oui. Le recrutement des enseignants contractuels communautaires, oui. Je suis d’accord avec tout cela. Mais le peu qui est obtenu en matière de négociation, il faut l’accepter, le sauvegarder, et la prochaine fois tendre la main pour d’autres points. C’est déjà un acquis.

Mais qu’on ne se serve pas de ce petit conflit pour faire perdre aux enfants les cours. Nous sommes en train de causer du tort aux enfants. Et je conseillerais aux parents de dire à leurs enfants de ne pas accepter d’être manipulés. Ces jets de pierres ou de projectiles, ça ne mesure pas, ça ne choisit pas qui blesser, ça ne choisit pas à qui faire du mal. Et en apprenant aux enfants à jeter ces projectiles, nous sommes en train de leur donner une mauvaise éducation, pour ceux qui le font. Mais si ce sont les enfants eux-mêmes qui se révoltent, qu’ils sachent que ce n’est pas dans la révolte ni dans la violence qu’on peut résoudre les problèmes, surtout en faisant des victimes. Il faut qu’ils attendent : les adultes vont observer et lutter pour eux.

Donc qu’ils attendent, qu’ils ne se laissent pas mêler. Qu’ils ne se battent pas. S’il n’y a pas cours, vous avez des répétiteurs à la maison. Je sais que 2 % des enfants n’ont pas de répétiteurs, mais il vaut mieux manquer un cours que d’aller se blesser ou se laisser manipuler pour faire du mal à quelqu’un… ou que quelqu’un ne vous fasse du mal.

Donc les parents doivent vraiment sensibiliser leurs enfants et les enfants doivent comprendre que la grève a été déclenchée par l’intersyndicale. Mais qu’eux ne doivent pas jeter des projectiles ni gâter leur année scolaire.

Au gouvernement, je reviens toujours sur la nécessité de chercher l’entente avec les syndicats. Quand je dis syndicats, ce n’est pas un seul syndicat, ce sont tous les syndicats. La division du syndicat de l’éducation ne nous fera pas gagner. C’est le système qui perd, c’est la nation qui va perdre et ce sont les enfants qui seront en retard.C’est le petit mot que j’avais à dire”.

A suivre!

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 8 décembre 2025 18:54

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