De la gloire des Amazones à l’amère retraite : A la rencontre de M’mah Sylla, interprète du morceau « Sonyébela »…

CONAKRY-Gendarme et voix emblématique du célèbre groupe « Les Amazones de Guinée », M’mah Sylla est l’une des artistes qui a marqué son époque sous le règne d’Ahmed Sékou Touré. À la soixantaine, l’interprète du morceau « Sonyébela » se bat aujourd’hui contre la maladie et la précarité. Dans un entretien poignant avec Africaguinee.com, celle qu’on surnomme le « rossignol » de Guinée, revient sur sa carrière, sa rencontre avec le président Sékou Touré, ses regrets, les trahisons qui ont mis fin à son parcours, et lance un appel à l’aide pour sa santé et sa survie.

AFRICAGUINEE.COM : Comment vous avez intégré les Amazones de Guinée ?

M’MAH SYLLA : J’ai intégré les Amazones de Guinée en 1983, très jeune, grâce à la cheffe du groupe de l’époque. Si je me rappelle bien, j’avais juste 22 ans. Elle m’avait remarquée lors d’un passage au Palais du Peuple, alors que je venais de Kindia où j’évoluais comme artiste. Elle a demandé qui j’étais, et on lui a dit : « C’est M’mah Sylla ». Elle m’a rencontrée et m’a proposé d’intégrer le groupe. Avant cela, j’ai été testée et les responsables ont rassuré que j’avais le niveau requis. J’ai donc quitté Kindia pour rejoindre officiellement les Amazones de Guinée. À mon arrivée, Fodéba Keïta avait déjà quitté le groupe. Je ne l’ai donc jamais rencontré.

Parlez-nous de votre rencontre avec le président Ahmed Sékou Touré ?

Ahmed Sékou Touré

C’était lors d’un festival. Après une prestation sur scène, le président m’a invitée chez lui. Il a beaucoup fait pour moi et m’a même envoyée à Moscou. Il m’a prodigué des conseils en me disant de travailler avec sérieux et de rester humble puisque j’ai intégré les Amazones.

Quelle a été votre impression après avoir intégré le groupe ?

Mon objectif était simple : avancer au sein du groupe. Et grâce à mon travail, je suis devenue l’une des vedettes des Amazones.

Quels sont les moments qui vous ont marquée durant votre carrière et lors de vos tournées ?

Ce sont surtout nos tournées internationales qui m’ont marquée. Nous avons voyagé dans plusieurs pays à travers le monde. Les Amazones de Guinée ont fait presque les quatre coins du globe. Gendarme, mon rôle au sein du groupe est de chanter. L’un de mes morceaux phares est « Sonyébela », qui signifie « chacun de nous a un passé ».

C’était un message fort que je voulais transmettre. On faisait nos répétitions au Palais du Peuple, où nous disposions de nos instruments. Lors de nos tournées, c’était toujours la fête : beaucoup d’ambiance, de rires et de complicité. Nous n’avions pas de grandes difficultés. Tout était bien organisé. Par exemple, lors de notre séjour au Zaïre, le président Mobutu s’était bien occupé de nous. Mais le pays qui m’a le plus marquée reste la Suisse (Genève), en raison de l’accueil exceptionnel dont nous y avons fait l’objet.

Vous étiez combien au sein des Amazones de Guinée ?

Nous étions environ quinze (15) dans le groupe. Malheureusement, beaucoup ne sont plus en vie aujourd’hui. D’autres sont malades et le reste s’est dispersé, sans réel contact.

Racontez-nous votre départ des Amazones de Guinée…

Mon départ n’était pas lié à une retraite. J’étais encore à la brigade quand certains complots internes ont fait qu’on m’a mise à l’écart. Nous avions formé une dame, mais certains ont manigancé pour l’installer comme cheffe d’orchestre, alors que ce poste devait me revenir. J’ai donc quitté le groupe, suivie par d’autres collègues, dont Seny Malomou.

Quels sont vos rapports avec l’orchestre actuellement ?

Nous nous saluons encore, mais il n’y a pas de relations fortes entre nous. Je n’ai pas vraiment fréquenté la nouvelle génération et je ne m’y intéresse pas.

Parlez-nous de vos réussites et de vos regrets durant votre carrière.

Je ne regrette pas mon parcours, même si je n’ai jamais été cheffe d’orchestre et que je n’ai reçu aucune récompense. Mais je suis frustrée, car on travaillait pour l’État sans véritable reconnaissance.

J’ai quand même gagné un peu, mais pas assez pour construire une maison. Les Amazones jouaient pour l’État. Lors de nos missions, l’argent des contrats était géré par d’autres. Nous, les artistes, nous nous contentions de jouer.

Comment vos enfants et votre époux réagissaient-ils à vos absences de longs moments durant ?

J’ai deux enfants, une fille et un garçon, qui me soutiennent malgré mes absences. Parfois, ils pleuraient, mais je les rassurais. Mon mari, qui était guitariste dans le groupe, m’accompagnait aussi dans certaines tournées. Il nous aidait beaucoup dans les répétitions et comprenait mes voyages.

Comment souhaitez-vous que l’histoire des Amazones de Guinée soit transmise aux nouvelles et futures générations ?

Je leur dis de travailler, car seul le travail paie. Ils doivent répéter sans relâche, c’est ce qui les aidera à progresser. Je souhaite que les Amazones avancent et connaissent encore plus de succès que nous.

Quand vous avez quitté les Amazones, pourquoi vous n’avez pas évolué en solo ?

Après mon départ, j’ai voulu évoluer en solo. J’ai préparé un album de 12 titres, avec l’aide de Lamine Guirassy, qui m’a soutenue pour la réalisation des clips. Malheureusement, avec la fermeture de certains médias, le projet n’a pas abouti. Je suis ensuite tombée malade. C’est pourquoi je sollicite aujourd’hui l’aide de bonnes volontés ou d’un manager pour relancer mon album.

Qu’est-ce que vous sollicitez aujourd’hui après plusieurs années de carrière au service de l’État ?

Je suis à la retraite depuis trois (3) ans. Je vis de ma pension et de ce que je perçois du BGDA, qui m’a beaucoup soutenue, tout comme le ministre de la Culture. Quand ma maladie a été rendue publique, Moussa Moïse m’a aidée avec une prise en charge sanitaire. Je souffre d’hypertension et de diabète. J’ai même été amputée de deux orteils, suite à une plaie qui s’est aggravée. Je demande à l’État de me faire évacuer pour poursuivre mes soins.

Un Message au président de la transition?

Je demande au président de la Transition de m’aider. Comme vous le voyez, mon pied est amputé. Chaque pansement me coûte 200 000 GNF. Je n’ai pas construit de maison et je vis en location. Le loyer me coûte 1 200 000 GNF par mois. Avec mon seul salaire de retraite, il est très difficile de joindre les deux bouts.

Interview réalisée par Yayé Aicha Barry

Pour Africaguinee.com.

Créé le 17 août 2025 10:47

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