Michel Pépé Balamou prévient : “Une grève générale et illimitée n’est pas à exclure si…”

CONAKRY – Le spectre d’une nouvelle crise plane sur le système éducatif guinéen. Face à ce qu’elle qualifie de « non respect » des engagements pris par le gouvernement dans l’application du protocole d’accord signé en janvier dernier, l’intersyndicale de l’éducation tape du poing sur la table. Dans cet entretien exclusif, Michel Pépé Balamou, porte-parole de l’intersyndicale, dénonce le mutisme des autorités et annonce une assemblée générale décisive ce samedi 11 avril 2026. Une rencontre qui pourrait déboucher sur le déclenchement immédiat d’une grève générale et illimitée. Interview !!!

AFRICAGUINEE.COM: Pourquoi le Statut particulier de l’éducation n’a-t-il pas été signé jusqu’à présent?

MICHEL PÉPÉ BALAMOU: Les différentes résolutions issues du protocole d’accord à la date du samedi 3 janvier 2026, devaient effectivement commencer à partir du mois de février 2026. Une première tranche de revalorisation des primes de craie et des préparations a eu lieu en fin février. Et des reclassements ont eu lieu également au niveau de certains enseignants. Mais l’élément essentiel qui réside dans l’opérationnalisation des trois commissions tarde à voir jour : notamment la commission technique chargée de recevoir et de traiter les listes des enseignants contractuels; la commission technique chargée de recevoir et de traiter les actes de nomination des hauts cadres de l’Etat et de l’éducation en vue de leur accorder des primes de fonction; et bien entendu la troisième commission chargée de la révision du statut particulier de l’éducation.

Et donc depuis janvier, février, mars, nous sommes bientôt au quatrième mois après la signature de ce protocole d’accord, sans qu’aucune visibilité ne soit effective quant à l’opérationnalisation de ces trois commissions. Donc nous pensons que le gouvernement s’est inscrit dans une politique de fuite en avant, en déclarant une trêve sociale unilatérale de cent jours, sans pour autant que nous ne soyons associés à cette démarche. C’est la raison pour laquelle les enseignants de Kassa à Yomou, se demandent réellement sur les véritables motivations qui ont prévalu à cette fuite en avant. Nous, en tant que leurs représentants, nous n’avons d’autre choix que de convoquer l’assemblée générale. C’est ce que nous avons fait pour le samedi 11 avril 2026 à la Bourse duTravail.

Et si les enseignants décident du déclenchement de la grève, je pense que nous n’aurons pas d’objection puisque nous travaillons pour eux. Et en ce moment, il n’y a pas de préavis des dix jours ouvrés à faire ou de l’avis des grèves. La grève préalablement tenue n’a été que suspendue. Donc un seul communiqué suffira pour lever la suspension de la grève et déclencher une grève générale et limitée.

Avez-vous été approchés par la médiation ?

Les premier et deuxième vendredi de chaque mois nous nous rencontrons avec le CNDS, pour revoir à mi-parcours les différentes résolutions et leur niveau d’application. Il vous conviendra que le CNDS a un rôle de médiation, de conciliation, mais aussi de résolution des conflits de travail entre les parties. Mais il n’a pas un pouvoir de prise de décision, c’est un organe consultatif. Et donc c’est pourquoi nous n’en tenons pas rigueur au CNDS. Le problème c’est le gouvernement, notamment les deux ministres : Le ministre de l’Emploi, du Travail et celui de la Fonction publique.

Monsieur Mory Condé n’a pas souhaité recevoir, en tout cas (jusqu’à date), l’intersyndical. Nous lui avons fait une demande expresse, il n’a pas répondu. Il y a le CNDS aussi qui en a fait une sollicitation. Et personnellement, je lui ai écrit une correspondance en tant que porte-parole de l’intersyndicale, à l’idée qu’il nous rencontre, qu’on puisse au moins lui expliquer les tenants et les aboutissants du protocole qui a été signé bien avant sa nomination… Et aussi, de l’autre côté, il y a le ministre de la modernisation de l’administration et de la fonction publique, François Bourouno aussi, qui à son niveau, il y a beaucoup de problèmes, surtout en ce qui concerne le reclassement des enseignants de 2017, qui est au point mort, et aussi le déblocage des salaires. Sûrement des efforts ont été faits, mais jusqu’à date, il y a des enseignants qui restent encore sans salaire, alors qu’ils sont en situation de classe. Nous connaissons dans ce pays, il y a des enseignants qui ont été engagés et non postés aujourd’hui, qui prennent leur salaire. Il y a des enseignants qui sont à l’extérieur du pays, sous la complicité de certains DRH (Directeurs des ressources humaines), et bénéficient de leurs salaires.

Mais, maintenant, il y a des pauvres enseignants qui sont à Gagnakaly, à Saréboïdo, à Nzoo. Ils sont là, ils travaillent, mais ils sont privés de salaire. Et donc, au niveau de la fonction publique également, il y a ce problème qui existe.

Mais laissez-moi vous dire que ces deux ministres ont carrément fermé leurs portes devant l’intersyndical. Il n’y a que le CNDS qui nous reçoit. Et le CNDS n’a pas le pouvoir de décision. Donc, c’est pourquoi nous aussi, on est fatigué de monter et descendre au niveau du CNDS. Comme le gouvernement ne nous prend pas au sérieux, nous sommes obligés de convoquer l’assemblée générale.

On apprend tout de même qu’il y a des bisbilles au sein de l’intersyndicale de l’éducation. Selon nos informations, certains enseignants au sein du SLECG ne partagent pas finalement vos démarches. Qu’est-ce que vous répondez à cela ?

Jusqu’à preuve de contraire, nous n’avons écouté aucune communication venant du SLECG allant dans ce sens. Et encore une fois de plus, nous avons tous signé ce protocole d’accord. Nous nous rencontrons aussi au niveau du CNDS dans le comité de suivi. Nous travaillons d’arrache-pied pour amener le gouvernement à concilier les positions et à très rapidement mettre en place ces trois commissions. Vous savez, en décembre, certes, il y a eu des bisbilles entre nous, mais nous pensons que cela est derrière nous. Encore une fois de plus, le combat qui se mène est un combat impersonnel, ce n’est pas le combat d’un syndicaliste ni d’une structure syndicale. Et ça y va de la survie des enseignants, c’est la restauration de l’honneur et de la dignité des enseignants.

Aujourd’hui, les enseignants ont pris conscience, ils ne regardent pas Paul ou Pierre. Qui défend réellement leurs intérêts? Alors si des syndicalistes décident de s’abstenir de se rallier à la cause des enseignants, ils ne feront que griller leurs cartes. Pour le moment, nous pensons qu’on n’est pas arrivé à ce stade. Et nos camarades du SLECG ne nous ont pas encore envoyé un message contraire à ce que nous sommes en train de mener en termes de moyens de pression et d’action sur le gouvernement. Et aussi, au niveau de la FSPE, celui qui a signé le protocole d’accord du 3 janvier est avec nous. Mais je pense que pour le moment, il n’y a pas de problème.

Mais rassurez-vous que les enseignants ne sont plus les mêmes qu’on a connus hier. Ils ne suivent pas des individus ni des personnes. Ils suivent une idée, un idéal, une cohésion. Ils ont une conviction : c’est la défense de leurs intérêts matériels et moraux. Et quiconque s’inscrit dans cette démarche sera largement suivi lorsqu’il déclenchera une grève.

Quel est votre message à l’endroit des enseignants ?

Aux enseignants qui sont victimes de mauvais reclassement et qui jusqu’à présent ne sont pas reclassés. Ceux qui ont les salaires bloqués et depuis deux ans, sont sans salaire. Les enseignants contractuels communaux qui travaillent d’arrache-pied nuit et jour sans salaire. Les enseignants communaux qui ont été engagés depuis 2024 et qui peinent à entrer en possession de leurs salaires, leurs arriérés de salaire, les primes d’incitation qui ne correspondent pas à leur zone d’affectation. Et qui n’ont pas aujourd’hui accès aux frais bancaires. Aux enseignants qui sont en position administrative, notamment les chefs d’établissement, les délégués scolaires de l’enseignement élémentaire, les chefs de structures déconcentrés, les chefs de services centraux. Et à toutes les enseignantes et enseignants de Guinée, l’heure est à la mobilisation. L’heure est à l’unité d’action. Le combat que nous menons c’est un combat de la restauration de l’honneur et de la dignité de l’enseignant guinéen. Nous ne demandons pas de nouvelles revendications.

Nous pensons que le gouvernement a librement signé ce protocole d’accord qui ne s’impose pas à lui. Et donc il revient au gouvernement de respecter ses engagements. Que tout le monde se tient débout, mobilisés et vigilants pour répondre à l’appel de l’intersyndicale de l’éducation le samedi 11 avril 2026 à 12 heures pile, au siège de la bourse du travail, à Kaloum, pour porter notre voix, pour demander au gouvernement de respecter ses engagements.

À défaut, une grève générale et illimitée n’est pas à exclure, si et seulement si, jusqu’au vendredi, le gouvernement n’entend pas raison pour respecter ses propres engagements qu’il a librement signés.

Interview réalisée par Dansa Camara DC
Pour Africaguinee.com

Créé le 8 avril 2026 15:30

Nous vous proposons aussi

TAGS

étiquettes: , ,