Marc Yombouno : « Le discours du président Doumbouya ne colle pas aux réalités… »
CONAKRY- Le discours du président de la transition, tenu à la veille de la célébration de l’an 66 de l’indépendance n’a pas touché certains sujets cruciaux du moment. C’est l’avis de Marc Yombouno, cadre du RPG arc-en-ciel, ex parti au pouvoir. Interrogé par un de nos journalistes, l’ancien ministre du Commerce a déclaré que le Général Mamadi Doumbouya a raté une occasion cruciale pour « redonner » de l’espoir aux guinéens. Alors que le chef de la Transition promet de poursuivre sans relâche la lutte contre la corruption, M. Yombouno dénonce un « deux poids deux mesures ».
AFRICAGUINEE.COM : Quelle lecture faites-vous du discours tenu par le président de la Transition à l’occasion de l’an 66 de l’indépendance de la Guinée?
MARC YOMBOUNO : Je commence d’abord par souhaiter bonne et heureuse fête d’indépendance à tous nos concitoyennes et concitoyens. Par la commémoration de l’an 66 dans notre indépendance, que Dieu amène la paix, la solidarité et la quiétude dans notre pays.
J’ai bien suivi le discours du président. Mais compte tenu du contexte du moment, de l’environnement actuel, je suis vraiment déçu. Le discours ne colle pas aux réalités et l’environnement que les Guinéens vivent actuellement.
Un tel discours devrait être celui qui sorte un diagnostic, de l’analyse de la situation du moment, qui donnerait espoir au peuple. Un exemple de cetteraté, il y a pratiquement une semaine de cela, la population de Guékédou, la commune urbaine était sous les eaux, une inondation du jamais vu depuis des années 50. Mais rien n’a été dit là-dessus, aucune compassion, spécifiquement il fallait donner vraiment une raison d’espérer à cette population. Je me rappelle en 2009, au temps de Dadis, il y avait eu inondation mais ça n’avait pas atteint l’ampleur de cette année, mais aussitôt une forte délégation gouvernementale y était allée avec un montant symbolique d’un milliard de francs guinéens, pour venir au secours à la population sinistrée. Mais aujourd’hui, ça n’a pas été le cas.
Maintenant dans le domaine du contexte politique et social, on n’a pas retrouvé aussi qu’est-ce qui est proposé pour la sortie de cette transition pour un retour normal à l’ordre constitutionnel conformément aux engagements qu’ils ont pris vis-à-vis du peuple, de la CEDEAO, à travers le chronogramme dynamique des dix points. Rien n’a été dit à propos.
Mais le président a tout de même exprimé sa solidarité à toutes les victimes des inondations survenues en Guinée et ailleurs. N’est-ce pas là une réponse à votre question sur l’omission des sinistrés de la commune urbaine de Guékédou ?
Oui, il faut lire ou écouter la légèreté avec laquelle le président l’a dit. Je répète, l’ampleur des dégâts, la dangerosité de la montée des eaux à Guéckédou, méritaient une attention particulière. Il fallait le souligner, et prendre des mesures qui devaient rassurer dans l’immédiat la population sinistrée qui s’attendait à un appui. Mais jusqu’à présent d’abord, il n’y a rien eu. Parce qu’on a pensé à la fête (du 2 octobre), et maintenant revenir proposer quoi ? Voilà ce que je voulais souligner.
Le président a réitéré sa volonté de faire de la lutte de la corruption une priorité. Il soutient que malgré les chantages politiques, sa main ne tremblera pas. Qu’est-ce cela vous inspire ?
Le président a lui-même dit que sa main ne tremblera pas, certainement sa main ne tremblera pas pour libérer les personnes injustement emprisonnées, nos camarades. Ce sont des prisonniers politiques mais ils refusent de les libérer. Donc, sa main ne tremblera pas pour certainement libérer des prisonniers politiques du RPG arc-en-ciel. Sinon combien de cas de corruption ont été dénoncés par des journalistes, la société civile, mais qui ont été disculpés par le procureur spécial de la CRIEF ? Le dernier cas en date c’est l’ancien ministre des finances qui a été cité, qui est devenu par la suite directeur général de la SONAP (société nationale des pétroles). Ce monsieur a été suspendu d’abord, le président a pris un décret pour le faire remplacer, avec des cas avérés de soupçon de corruption mais pour justifier cela, le ministre secrétaire général de la présidence (général Amara Camara) a dit que le monsieur a été limogé parce qu’il n’a pas accepté de retourner au pays. C’est vraiment incompréhensible. Combien de cas de corruption ont été dénoncé de leur côté ? Ça fait maintenant trois ans que cela se passe mais personne n’est emprisonné, ni inquiété.
Donc, moi je pense que le président de la transition devrait revenir à la raison, prendre la réalité des choses, faire en sorte que nous revenions à un climat de compréhension, de dialogue sans exclusion, de façon participative, qu’on puisse gérer ces derniers moments dans la tranquillité, avec une sortie de crise honorable. Parce qu’une période de transition, c’est une période de crise mais cette crise, c’est eux-mêmes (dirigeants de la transition ndlr) qui l’ont créée. Ils ont dit que le pays ne fonctionnait pas bien, ils apportent des médicaments pour le soigner, que la Guinée est malade. Mais si on oublie tous ces engagements pour faire autre chose, on ne comprend pas. Donc, prions maintenant le tout puissant, pour qu’ils tendent leurs oreilles pour qu’ils puissent comprendre qu’ils n’ont pas été élus, mais qu’ils ont pris le pouvoir par effraction, et qu’ils ont pris des engagements auprès de la population et de la communauté internationale, pour un retour à l’ordre constitutionnel.
Je résume en disant que ce moment devrait être solennel, pour faire appel au diagnostic, et donner des jalons clairs à la population guinéenne d’espérer pour un retour pacifique et coordonné à l’ordre constitutionnel le 31 décembre 2024. Malheureusement cela a été ignoré dans le discours.
Pour vous qu’est-ce qui a concrètement manqué dans le discours ?
En cette période cruciale entre le début et la fin de la transition, c’était le bon moment, la seule occasion qui lui restait d’ici le 31 décembre 2024, pour qu’il puisse exprimer clairement la vision du gouvernement pour le retour à l’ordre constitutionnel. Ceci, en faisant état de ce qui a été fait et ce qui ne l’a pas été pour trouver des solutions et remédier au retard et aux différents manquements. Et que la population puisse s’approprier de ce qu’il allait proposer comme solution sur le retour à l’ordre constitutionnel. C’est ce qu’on n’a pas retrouvé. Bref, on n’a pas retrouvé de l’espoir dans ce discours pour un retour à l’ordre constitutionnel d’ici le 31 décembre 2024.
Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 3 octobre 2024 08:27Nous vous proposons aussi
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