Manifestations annoncées des forces vives : “nous travaillons sur un plan audacieux”, confie Abdoul Sacko
CONAKRY- Comment les forces vives préparent-elles leurs prochaines manifestations ? Quelles leçons les membres de ce bloc ont-ils tiré de la ville morte du 12 août dernier ? Abdoul Sacko, membre de cette coalition a répondu aux questions d’Africaguinee.com.
AFRICAGUINEE.COM : Quel bilan dressez-vous de la journée ville morte à laquelle vous aviez appelé les Guinéens le 12 août 2024 ?
ABDOUL SACKO : En termes de bilan et de leçons tirées, nous regrettons que malgré tous les efforts citoyens fournis par la population pour suivre le mot d’ordre de ville morte, un jeune a été froidement abattu. Ceci dit, la première leçon qu’on a tirée est que les Guinéens sont aujourd’hui partagés entre l’instinct de survie au quotidien avec la cherté de vie et le sentiment de révolte. Des citoyens nous ont fait des retours, certaines femmes devaient forcément sortir pour trouver quoi mettre dans la marmite le matin et revenir observer le reste de la journée ville morte à la maison. Il y a aussi des commerçants qui nous ont dit que même en temps normal il se trouve qu’ils vivent une situation de ville morte c’est-à-dire d’inactivité parce que même en ouvrant leurs boutiques, ils peuvent passer toute la journée sans pour autant avoir un client. Ils nous ont dit que quelques fois ils se rendent à leurs lieux de travail juste pour ouvrir les places et éviter la moisissure avec la forte humidité. Ils sont conscients et ils partagent l’esprit du combat. Toutefois certains avaient des difficultés parce qu’ils ne peuvent pas avoir à manger pour deux jours en un seul. Donc il faut sortir chaque jour pour trouver quoi manger.
La deuxième leçon que nous avons tirée est que les manifestations sont bel et bien possibles sans qu’il n’y ait des incidents. Aussi longtemps que les services de sécurité joueront leurs rôles correctement en n’empêchent pas les citoyens de jouir de leurs droits, il n’y aura pas de désordre. Donc, la violence est de tout égard du fait de l’Etat, soit par des provocations des services de sécurité, soit par la démission de l’Etat à encadrer et à sécuriser ceux qui veulent jouir de leur droit de manifester.
La troisième leçon, il est temps aussi que tous les Guinéens, nous puissions ensemble nous donner davantage les mains. On a le sentiment que ce sont plusieurs équipes qui dirigent le pays en fonction de leurs intérêts non pas en fonction d’une dynamique qui permet le retour à l’ordre constitutionnel de façon consensuelle et le respect des engagements. Donc, il est temps qu’on se mobilise de façon globale pour aider. S’il y a des bonnes volontés au sein de la gouvernance, de s’affranchir s’il faut des mauvaises volontés qui se sont accaparées de la gouvernance afin d’aller très rapidement vers le retour à l’ordre constitutionnel. Car c’est le seul moyen qui nous permettrait davantage à limiter les dégâts mais aussi de rassembler les Guinéens dans leurs diversités vers l’idéal commun de progrès pour la stabilité économique et sociale pour le développement durable.
Quelle va être la prochaine étape ?
Déjà avec cette motivation et la solidarité par laquelle les Guinéens qui ont observé, il est imminent pour nous de travailler autour d’un plan audacieux, et responsable qui permet de dérouler des actions pratiques et qui permettront aux bonnes volontés s’il y en a dans la gouvernance de faire bouger les lignes vers le retour rapide à l’ordre constitutionnel, vers la libération immédiate des détenus que ce soit sous l’angle des disparitions forcées ou de tout autre angle.
Donc, les jours à venir, nous allons nous retrouver. Au sein des Forces Sociales, nous avons déjà notre position et nous savons que les autres en ont donc nous allons les capitaliser. Encore une fois, nous n’écarterons aucune piste citoyenne reconnue par la loi y compris les manifestations pour sortir de la situation.
Quel regard portez-vous sur l’accueil qui a été réservé au Président de la Transition à l’occasion de son retour de Kigali ?
Vous comprendrez que tellement la situation est devenue désespérée chez tous les Guinéens, c’est le reniement absolu de tout ce qu’ils avaient pris comme engagement au départ.
Ils sont très fiers de parrainer quelqu’un qui ne s’assume pas, qui dit que les libertés ne l’intéressent pas, les diversités d’opinions ne l’intéressent pas. Au moment où la population souffre, ils ont du mal à faire face aux services sociaux de base dans l’intérêt des populations. c’est à ce moment-là qu’on contraint certains à la mendicité.
Lorsque vous avouez que vous ne pouvez pas encadrer des manifestations dans le pays ; vous soutenez que toute forme de manifestation sera préjudiciable à la stabilité, c’est en moment que vous forcez des cadres de l’administration publique, des jeunes à se mobiliser pour aller former un bain de foule pour le président de la transition comme s’il était en compétition avec quelqu’un d’autre, c’est paradoxal.
C’est pourquoi nous disons que c’est le parfait paradoxe, c’est le reniement des valeurs qui auraient prévalues à la prise dit-on du Pouvoir.
Un dernier message…
Nous avons noté le message des Guinéens, qui pour une raison ou pour une autre étaient obligés de sortir. Nous disons également que nos portes sont ouvertes à toutes les propositions pratiques qui nous permettraient de mettre fin à cette situation qui n’arrange aucun Guinéen. Cette journée ville morte n’a été qu’une action introductive de toute une batterie de stratégies et d’actions que nous entendons mener de façon responsable dans l’intérêt supérieur de la nation.
Entretien réalisé par Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
Tel : (00224) 666 134 023
Créé le 16 août 2024 12:09
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