Mamou : Les « Femmes balayeuses », ces 150 braves qui redonnent vie à la ville carrefour
MAMOU – Elles sont enseignantes, commerçantes ou mères au foyer, mais chaque premier samedi du mois, elles troquent la craie et le tablier pour le balai et le gilet fluorescent. À Mamou, l’association des « Femmes balayeuses » est devenue une institution. Avec 150 membres au compteur, ces citoyennes engagées ne se contentent pas d’assainir les voiries et les services administratifs : elles restaurent l’image de « ville propre » qui faisait autrefois la fierté de la localité. Africaguinee.com est allé à la rencontre de ces braves femmes qui transforment Mamou par le volontariat.
Il est tôt ce samedi, mais l’effervescence est déjà palpable dans les rues de la commune urbaine. Armées de balais traditionnels et de pelles, des dizaines de femmes s’attaquent aux tas d’immondices et aux sachets plastiques qui jonchent les artères principales. À l’origine de ce mouvement, une initiative née au sein du corps enseignant qui a fini par contaminer toutes les couches sociales de la ville.
Habibatou Koundouno, cadre à l’Inspection Régionale de l’Éducation (IRE) et présidente de l’association, revient sur la genèse de ce projet qui mêle hygiène publique et autonomisation féminine.
Du tableau noir au balai : un engagement citoyen
« Nous avions une association des femmes enseignantes depuis 2012. Puis, nous l’avons réorganisée pour créer l’association des femmes balayeuses de Mamou. Nous avons ouvert l’adhésion à toute la gent féminine. Aujourd’hui, il n’y a plus seulement des enseignantes ; toutes les couches sociales s’y retrouvent. En voyant le Président de la République lui-même balayer les rues de Conakry à la télévision, nous nous sommes dit que nous ne pouvions pas rester en marge. Mamou a toujours été une ville propre, et nous voulions lui redonner son image d’antan », explique-t-elle.

De 40 membres au départ, elles sont aujourd’hui 150 à répondre à l’appel. Un succès qui a attiré l’attention de donateurs, comme Madame Maïmouna SONAPI, dont le soutien en matériel (balais, cache-nez, gilets) a permis de professionnaliser leurs interventions.
L’assainissement comme moteur d’autonomisation
Au-delà de la propreté urbaine, l’association est devenue un véritable levier social. Madame Koundouno et son équipe voient loin : formation, santé et solidarité financière sont les nouveaux piliers du groupe.
« C’est du volontariat pur. Il n’y a aucune condition financière pour nous rejoindre. Nous travaillons en étroite collaboration avec les services de ramassage de la commune qui évacuent les ordures que nous regroupons. Mais notre vision va plus loin : nous travaillons sur plusieurs volets comme la scolarisation de la jeune fille, la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) et l’autonomisation de la femme. Nous préparons d’ailleurs une formation de quatre jours, théorique et pratique, pour que nos membres apprennent à travailler sans s’exposer à des maladies », souligne-t-elle.
Pour soutenir les plus vulnérables parmi elles, l’association a instauré le G.V.E.C (Groupement de Veille et d’Épargne Crédit), une mobilisation de fonds interne.
« Ici, nous n’avons pas toutes les mêmes revenus. Certaines sont autonomes, d’autres cherchent encore leur quotidien. Cette épargne permet aux femmes de lancer de petits commerces et de financer nos activités. C’est de l’investissement humain. On se rend service en rendant service à sa communauté », confie madame Habibatou Koundouno.

Un défi environnemental et sanitaire
Alors que Mamou reste une ville carrefour stratégique où transitent des milliers de voyageurs chaque jour, l’enjeu de la propreté est aussi une question de santé publique. La présidente de l’association pointe du doigt le principal coupable : le plastique.
« Les sachets plastiques contribuent énormément à l’insalubrité. Nous demandons à chaque citoyenne de nettoyer sa devanture et d’utiliser les poubelles. Si les gens déposent leurs déchets aux endroits indiqués, notre tâche sera moins difficile. Quand les voyageurs passent par Mamou, ils doivent remarquer que la ville est propre. C’est bon pour notre image, pour notre santé et pour notre environnement », a-t-elle lancé.

Reconnue « Citoyenne d’honneur » de la ville de Mamou pour ses actions, Habibatou Koundouno continue, avec ses 150 compagnonnes, de prouver que le changement commence souvent par un geste simple : celui de prendre un balai pour sa communauté.
Habib Samaké
Correspondant régional d’Africaguinee.com
À Mamou.
Créé le 13 mars 2026 08:04Nous vous proposons aussi
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