Mali : Une rumeur sur le carburant paralyse la ville…

MALI – L’arrêt de la vente de carburant sur le marché noir paralyse les activités dans la commune urbaine de Mali. Cette interruption attribuée à une prétendue interdiction préfectorale, a provoqué une vive protestation ce vendredi de la part des citoyens.

Bien qu’aucune notification officielle n’ait été diffusée, cette rumeur fait grand bruit dans la cité du mont Loura. L’unique station-service de Mali est en rupture de stock depuis trois semaines. Le marché noir, qui sauve habituellement les habitants, est désormais paralysé. Comment en est-on arrivé là? Explications.

Depuis quelques jours, une rumeur d’interdiction a créé une pénurie énorme dans le centre urbain de Mali. Ceux qui en disposent craignent de vendre le carburant. Tous les regards ont été braqués sur le préfet, Colonel Manson Sangala Camara, considéré comme la source de l’arrêt des ventes. Ce dernier a formellement démenti toute interdiction émanant de lui la nuit dernière. En guise de protestation, les citoyens ont marqué un arrêt des activités ce vendredi matin pour attirer l’attention des autorités.

« C’est pratiquement la troisième semaine qu’aucuune citerne n’est pas entrée à Mali centre. Tout le monde s’approvisionne au marché noir. Ce sont des citoyens qui vont à Labé, parfois à Yembering, qui rapportent du carburant dans des bidons pour revendre le litre à 14 000 GNF. Cela soulage tout le monde. Avec cette interdiction, les gens sont vraiment bloqués. L’unique station ne fonctionne pas, et l’on interdit le marché noir. Comment allons-nous faire ? Aujourd’hui, il est difficile de circuler à Mali. Des enseignants et des élèves qui se rendent à Mali centre sont bloqués, ils sont obligés de marcher. Des agriculteurs peinent à trouver de quoi arroser leurs champs, faute de carburant. Il faut que la station soit opérationnelle à plein temps avant d’interdire le marché noir. Dans les petites localités, il n’y a presque pas de station fonctionnelle, c’est le marché noir qui sauve tout le monde. Depuis l’interdiction, personne n’ose vendre ; ceux qui le font vendent entre 17 000 et 18 000. Qu’il lève cette mesure, vraiment. Même les cadres préfectoraux ont recours au marché noir », regrette Abdoul Touré, fonctionnaire à la retraite.

Ce matin, presque toutes les activités sont à l’arrêt à Mali centre. Africaguinee.com a demandé aux vendeurs de carburant et à certains activistes de Mali une copie du document attestant l’interdiction de vente du carburant. Un document qui n’existepas. C’est donc une rumeur qui a circulé, entretenue par des individus, selon l’autorité préfectorale.

Des vendeurs de carburant ont été interpellés par des agents de la gendarmerie ces derniers jours, y compris la nuit. Pour eux, cette interpellation confirme l’interdiction. L’un d’eux, joint par Africaguinee, explique :

« Mali est en crise de carburant, la station ne marche pas. On nous dit que c’est le préfet qui interdit la vente au marché noir. On vendait à 14 000 GNF au marché noir, et maintenant, des gens viennent nous arrêter. Imaginez : vous payez pour envoyer les bidons vides à Labé, le transport des bidons chargés aussi est payant sur un trajet de 120 km avec l’état de la route… Certains disent que c’est parce que l’on vend à 14 000, d’autres pour d’autres raisons. On ne sait pas à quel niveau cela bloque. Le préfet a déclaré hier que ce n’est pas lui qui interdit. Pour preuve, lui-même s’approvisionne au marché noir faute de carburant à la station. Mais on n’arrive pas à nous déplacer dans la ville. Aujourd’hui, toutes les activités sont à l’arrêt à Mali, c’est un moyen de protestation. Nous sommes tous à la maison aujourd’hui. On m’a arrêté ici à 20 heures il y a trois jours. Ils m’ont dit que la vente est interdite et que je vendais. Le colonel de la gendarmerie est venu m’envoyer en prison, puis il m’a libéré le lendemain. On ne sait pas où donner de la tête, vraiment. Je viens d’apprendre que celui qui nous a arrêtés est aussi convoqué à Labé. Nous demandons l’autorisation de vendre le carburant, on ne peut pas attendre la citerne qui vient à la station », témoigne ce vendeur.

Amadou Barry, agriculteur sur la ceinture urbaine de Mali, indique n’avoir pas eu un seul litre pour arroser ses choux à cause de l’arrêt des ventes :

« Vraiment, nous souffrons à Mali. Le carburant n’est pas régulier à la station. Le marché noir est perturbé, comment faire ? Nous avons investi des millions dans nos champs. Aucune goutte de carburant pour arroser nos champs ; cela fait quatre jours que je n’ai pas arrosé, le risque est élevé », se lamente Barry.

Dans la nuit du jeudi, le préfet de Mali, Colonel Manson Sangala Camara, de retour de Labé, a démenti par la voix de la radio rurale toute interdiction de vente de carburant sur le marché. Il a indiqué que toute décision administrative est précédée d’un acte, ce qui n’est pas le cas ici. Il considère donc l’arrêt de vente de carburant comme le résultat d’une rumeur ne venant pas de l’autorité préfectorale. Dans la même communication, il a invité tout le monde à la reprise des activités. Il a aussi ouvert une brèche sur un officier de gendarmerie qu’il accuse de vouloir s’immiscer dans le trafic du carburant au nom de l’administration.

Toutefois, ce vendredi matin, malgré cette invitation, la commune urbaine présente l’allure d’une ville morte. Une partie des boutiques et magasins est fermée en signe de protestation contre l’arrêt des ventes de carburant au marché noir.

À suivre!

Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

Tel. (+224) 664 93 45 45

Créé le 21 novembre 2025 13:07

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