Maladies tropicales négligées: L’alerte du microbiologiste Taliby Dos Camara
CONAKRY-Les Maladies Tropicales Négligées (MTN) sont des affections qui demeurent souvent en marge de l’action mondiale en santé. Malgré leur impact dévastateur sur les populations les plus vulnérables, elles bénéficient de ressources très limitées et sont largement ignorées par les organismes de financement mondiaux. Pour mieux comprendre ces pathologies et leur lien avec le dérèglement climatique, Africaguinee.com a rencontré le Professeur Taliby Dos Camara (PhD), Enseignant-Chercheur, microbiologiste, Maître de Conférences des Universités du CAMES, et chargé de cours à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry (UGANC) et dans des universités privées.
AFRICAGUINEE.COM : On entend souvent parler de « maladies tropicales négligées ». De quoi s’agit-il exactement ?
PROFESSEUR TALIBY DOS CAMARA : Les Maladies Tropicales Négligées désignent un groupe très diversifié d’affections qui sévissent principalement dans les zones tropicales, proliférant au sein des communautés aux revenus faibles ou très faibles. Elles sont causées par une variété d’agents pathogènes (virus, bactéries, parasites, mycètes inférieurs ou toxines) et ont des conséquences sanitaires, sociales et économiques dévastatrices.
Pourquoi leur accole-t-on le terme de « négligé » ?
Elles sont qualifiées de « négligées » parce qu’elles sont, de fait, pratiquement ignorées par l’action mondiale en faveur de la santé. Même aujourd’hui, avec l’accent mis sur la couverture sanitaire universelle, les MTN bénéficient de ressources extrêmement limitées et sont souvent oubliées par les grands organismes de financement mondiaux. Ces maladies touchent des populations déjà marginalisées et entretiennent un cycle vicieux : elles sont associées à la stigmatisation et à l’exclusion sociale, et entraînent de mauvais résultats scolaires ainsi que des perspectives professionnelles limitées.
Ces maladies se manifestent-elles toutes de la même manière ?
Non, les MTN présentent de multiples manifestations. La majorité d’entre elles se manifestent par des affections cutanées (MTN-MC). On peut citer l’ulcère, la lèpre, la leishmaniose cutanée, la gale et autres ectoparasitoses, le mycétome, le pian et la filariose lymphatique. Ces affections peuvent engendrer des lésions cutanées, des ganglions enflés et des handicaps physiques importants. À ces signes peuvent s’ajouter des symptômes plus généraux comme la fièvre, des maux de tête, des douleurs musculaires et des adénopathies (ganglions enflés).
Certains estiment que ces maladies sont limitées à des zones géographiques spécifiques. Est-ce une réalité ?
Absolument. C’est une réalité avérée. Certaines maladies sont effectivement plus fréquentes dans des zones spécifiques, ce qui définit leur caractère « endémique ». Cette localisation est souvent déterminée par des facteurs locaux cruciaux : le climat, l’environnement, les conditions socio-économiques des populations, ou encore le niveau de couverture des services de santé publique, qui influencent tous la propagation et l’incidence de la maladie.
Quelles sont les conséquences majeures de ces pathologies ?
Les conséquences des MTN sont graves, tant sur le plan sanitaire que socio-économique. Elles ne se limitent pas à la maladie elle-même ; elles entraînent des handicaps à long terme, une mortalité prématurée et un appauvrissement des populations. En provoquant des souffrances chroniques et des déformations (handicaps physiques), elles peuvent entraîner une incapacité à travailler, aggravant ainsi le cercle vicieux de la pauvreté et de la maladie dans les zones touchées.
Existe-t-il un lien entre ces maladies et le changement climatique ?
Je réponds affirmativement. Les MTN sont étroitement liées au changement climatique, car celui-ci crée des conditions plus propices à leur développement et à leur propagation. Le réchauffement global, par exemple, affecte les vecteurs comme les moustiques, en accélérant leur cycle de vie et en leur permettant de s’étendre à de nouvelles régions. Cela augmente de facto le risque de maladies vectorielles majeures comme la dengue et le paludisme.
Quel est l’état des lieux de ces maladies aujourd’hui en République de Guinée ?
La situation en République de Guinée est mitigée. D’un côté, le pays a enregistré un succès majeur en éliminant la trypanosomiase humaine africaine (maladie du sommeil) en tant que problème de santé publique. D’un autre côté, le paludisme demeure une préoccupation capitale et la principale cause de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans. La lutte contre d’autres MTN, comme les géo-helminthiases et la filariose lymphatique, nécessite des efforts continus pour surmonter les défis liés à l’assainissement, au financement et, surtout, à l’accès aux soins des populations dans l’arrière-pays.
Avez-vous un dernier mot à ajouter à ces explications ?
J’aimerais conclure en réitérant que les Maladies Tropicales Négligées sont des infections dévastatrices qui, bien qu’évitables et traitables, touchent historiquement les populations les plus pauvres. Elles causent des souffrances, des défigurations, des handicaps, et perpétuent la pauvreté en empêchant les adultes de travailler et les enfants d’aller à l’école. Néanmoins, des progrès significatifs ont été réalisés grâce à des partenariats mondiaux : des centaines de millions de personnes reçoivent un traitement chaque année, et plusieurs pays ont déjà réussi à éliminer au moins une MTN sur leur territoire. La mobilisation doit se poursuivre.
Entretien réalisé par Dansa Camara DC
Pour Africaguinee.com
Créé le 17 novembre 2025 10:22Nous vous proposons aussi
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