Maladies hydriques, risques, mode de prévention : Les conseils « utiles » du virologue Dr Taliby Dos Camara
CONAKRY-En Guinée, la saison pluvieuse est souvent accompagnée d’apparitions de maladies infectieuses. Certaines de ces maladies sont liées à l’utilisation de l’eau impropre et la consommation d’aliments contaminés par des microorganismes pathogènes. Çà et là, on constate aussi des eaux stagnantes et des ordures qui constituent des gites des agents vecteurs de pathologies comme le paludisme.
Comment prévenir ces maladies ? Pour répondre à cette question, nous avons tendu notre micro à Docteur Taliby Dos Camara, Enseignant-chercheur et spécialiste de microbiologie qui a bien voulu prodiguer d’utiles conseils. Dans cet entretien, le microbiologiste invite les citoyens à s’assurer que l’eau qu’ils boivent soit potable, de se laver régulièrement les mains au savon avant de manger et après chaque toilette et surtout maintenir l’environnement propre. Il s’est également exprimé sur l’apparition d’un nouveau virus au Congo.
AFRICAGUINEE.COM : La saison pluvieuse est souvent propice aux maladies telles que le paludisme et la fièvre typhoïde. Expliquez-nous les causes et les modes de prévention de ces maladies assez fréquentes en Guinée en période hivernale ?
DR.TALIBY DOS CAMARA : Merci de me faire l’honneur de partager ces moments avec vous pour parler de la recrudescence des maladies d’origine hydrique en cette période hivernale en République de Guinée. En effet, les grandes pluies sont toujours accompagnées par des maladies transmises soit, par les aliments que l’on appelle affectueusement des crudités, soit par l’eau de consommation. Ces eaux ne sont pas seulement celles que l’on boit, il y a aussi celles utilisées pour se laver, laver les vêtements, laver les mains ou encore de celles de la baignade.
Les maladies d’origines alimentaires et hydriques sont causées généralement par des protozoaires parasites, des bactéries pathogènes, des champignons inférieurs et des virus. Il s’agit de Campylobacter, Cryptospridium, Escherichia coli, Giardia, Hépatite A, Listéria, Norovirus, Salmonellose, Vibrio, etc. responsables des gastro-entérites, de fièvres, de diarrhées, de vomissements avec un coût élevé de prise en charge. Sans compter les pertes en vies humaines dues à ces pathologies.
Une nouvelle maladie fait des ravages en République Démocratique du Congo. Une contamination par les voyageurs guinéens est-il à craindre ?
Il s’agit de la maladie du virus du singe communément appelée variole simienne ou monkeypox ou encore mpox. La mpox est une infection virale accompagnée d’une éruption cutanée qui peut être douloureuse. La plupart des personnes se rétablissent sans traitement quelques semaines après l’infection. Cependant, dans de rares cas, les personnes peuvent devenir très malades et pourraient en mourir.
Les symptômes apparaissent généralement 7 à 10 jours après l’exposition au virus de la variole simienne. Toutefois, le temps nécessaire au développement des symptômes peut varier de 3 à 21 jours après l’exposition selon les personnes bien sûr en tenant compte de leur résistance vis-à-vis du virus par rapport à d’autres qui souffrent de pathologies chroniques.
L’éruption cutanée peut être douloureuse et toucher n’importe quelle partie du corps, notamment le visage et la bouche, les bras et les jambes, les mains et les pieds ainsi que l’anus, le rectum et les organes génitaux.
L’éruption cutanée dure habituellement de 2 à 4 semaines et change à différentes étapes. Elle forme finalement des croûtes qui tomberont plus tard. Voici des symptômes généraux qui peuvent accompagner l’éruption cutanée comme la fièvre, les frissons, les maux de tête, l’épuisement ou la lassitude, les ganglions lymphatiques enflés, les douleurs dorsales, articulaires et même musculaires.
Parfois, les personnes infectées ne remarquent pas d’éruption cutanée, mais elles peuvent toutefois avoir un mal de gorge ou une douleur au rectum. Les personnes deviennent contagieuses dès l’apparition des premiers symptômes jusqu’à ce que les croûtes tombent d’elles-mêmes et que la peau soit guérie.
Quelles sont les dispositions à prendre pour éviter cette maladie ?
Le risque de contamination par les voyageurs n’est pas à minimiser. Le contrôle sanitaire ou le service de veille sanitaire doit être présent à l’aéroport Ahmed Sékou Touré afin de contrôler tous les voyageurs en provenance de Congo. Il n’y a pas de vol direct entre nos pays, cependant, il est possible de connaitre l’origine ou le lieu d’embarquement de tous les voyageurs. Donc, ce service doit être activé afin de nous éviter cette autre maladie grave puisque les stigmates de la Covid-19 sont toujours présents dans notre pays comme partout dans le monde.
En effet, certaines personnes n’ont pas d’éruptions cutanées et sont dites asymptomatiques par contre, d’autres personnes considérée malades sont symptomatiques et sont très contagieuses. La transmission par voie de contact est prépondérante dans cette maladie. Cependant, d’autres voies sont également possibles comme les relations sexuelles, partager les mêmes habits, dormir ensemble, etc. Ce qui voudrait dire que dès qu’une personne présente des symptômes, elle doit être immédiatement isolée à la maison et être transportée immédiatement dans une structure sanitaire pour la prise en charge.
En présence de cette maladie, pour se protéger, nettoyez-vous régulièrement les mains avec de l’eau et du savon pendant au moins 20 secondes. Si vous n’avez pas accès à de l’eau et du savon, utilisez un désinfectant pour les mains contenant au moins 60 % d’alcool. Lorsque les mains sont visiblement sales, lavez-les à l’eau et au savon plutôt qu’avec du désinfectant pour les mains. Car, une main sale ne peut être désinfectée. C’est pourquoi, il faut d’abord laver les mains avant d’utiliser les désinfectants.

Si vous avez la mpox, nettoyez-vous les mains avant de toucher des surfaces et des objets communs à la maison. Si vous êtes un soignant ou un membre du ménage d’une personne ayant la mpox, nettoyez-vous les mains, avant et après tout contact avec la personne, avant d’enfiler les gants et après les avoir retirés, après avoir touché des surfaces et des objets que la personne ayant la maladie a touchés avec les mains, la peau ou la bouche, sur les chaises sur lesquelles elle s’est assise ou sur les lits sur lesquels elle s’est étendue. Évitez de vous toucher les yeux, le nez ou la bouche avec des mains non lavées si vous êtes un soignant ou un membre du ménage.
En tant que spécialiste, quel conseil donnez-vous aux citoyens pendant cette saison hivernale ?
La première mesure à prendre en cette période de grandes pluies afin d’éviter des maladies liées à l’eau insalubre et des mains sales, est l’hygiène. Nous devons nous assurer que l’eau que nous buvons est propre et nous laver régulièrement les mains à l’aide du savon avant de manger et après chaque toilette. Que notre environnement est propre. Les eaux de robinet et des forages ne sont pas toujours propres car, elles peuvent renfermer les germes responsables des gastro-entérites et la fièvre typhoïde ou les fièvres paratyphoïdes A, B, C et C et même le choléra.
Autrement dit, il est recommandé d’utiliser un désinfectant à base de chlore et observer de bonnes règles d’hygiène personnelle. Se laver soigneusement et fréquemment les mains constitue une mesure de prévention importante pour les personnes de tout âge. Superviser les enfants lorsqu’ils se lavent les mains.
Il faut rincer votre corps avec de l’eau propre immédiatement après la baignade, éviter d’avaler de l’eau, éviter de nager après un épisode de pluie, éviter de nager là où les algues sont visibles, surveiller les enfants et les animaux de compagnie autour des proliférations alguales.
Interview réalisée par Sayon Camara
Pour Africaguinnee.com
Tel : (00224) 625 25 46 56
Créé le 20 juillet 2024 14:21Nous vous proposons aussi
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