Maladho Kaba: “La gestion des retombées de Simandou exige une transformation en profondeur de notre administration publique…”

Malado Kaba, mnistre de l'Economie et des Finances

CONAKRY- L’ancienne ministre de l’Économie et des Finances sous le régime d’Alpha Condé, Maladho Kaba, est sortie de son silence le 11 novembre 2025, à l’occasion du lancement du méga-projet Simandou. Dans une tribune intitulée « Simandou entre espoirs et interrogations » et publiée sur Substack, elle salue l’accomplissement mais soulève plusieurs interrogations sur la transparence, le contenu local et la gestion des retombées économiques de ce projet pharaonique pour la Guinée.

Difficile de rester silencieux en ce 11 novembre 2025 qui marque la réception des premières tonnes de minerai de fer de Simandou. Loin de me mettre dans la danse ou le train, devrais-je dire des thuriféraires, il faut saluer cet accomplissement”, a écrit l’ancienne ministre de l’Économie et des Finances du régime d’Alpha Condé.

Pour ceux qui connaissent la Guinée et son histoire, rappelle-t-elle, le projet Simandou aura connu une gestation difficile, marquée par les atermoiements de sociétés minières gourmandes, cherchant parfois uniquement à spéculer.
Du côté de l’État, sa ferme volonté tous régimes confondus de concevoir ce projet pharaonique avec son chemin de fer a toujours été la condition sine qua non de sa réalisation, a-t-elle souligné.

Et aujourd’hui, nous y sommes. Ce 11 novembre 2025, une coterie triée sur le volet réceptionnera les premiers wagons d’un minerai convoité pour sa teneur exceptionnelle en fer”, a-t-elle ajouté.

Pour l’ancienne ministre Maladho Kaba, Simandou incarne l’espoir qu’inspire un projet d’envergure sur le continent africain, un projet qui se veut structurant et transformateur pour l’économie guinéenne.

Traversant nos quatre régions naturelles, le chemin de fer et le port de Moribaya constituent un levier potentiel de facilitation logistique pour le transport de marchandises et de mobilité pour nos populations. Ils représentent également un instrument de transformation structurelle de notre économie”, a-t-elle souligné.

Les premiers wagons de Simandou marquent la fin d’une phase de développement menée tambour battant. Ce projet aura été réalisé en trois à quatre ans, grâce à une approche mêlant pragmatisme, négociations continues et forte volonté politique, autour d’un objectif commun : le démarrage de l’exploitation des quatre blocs de Simandou en novembre 2025.

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Selon l’ancienne ministre, la phase de construction devrait être capitalisée, car elle pourrait servir d’outil de transformation managériale pour un secteur public guinéen qui en a grandement besoin.

Toutefois, certaines questions demeurent, souligne Maladho Kaba. “Quid du contenu local durant la phase de développement, estimée à près de 20 milliards de dollars d’investissements ? Est-on en mesure d’en faire le bilan ? Quelle part de ce montant colossal est restée en Guinée ? Combien d’entreprises guinéennes en ont bénéficié ? Quelles ont été les initiatives réussies de transfert de technologies ? Et surtout, combien d’unités industrielles locales ont été créées ? Autant de questions auxquelles il importe de répondre afin d’ajuster le tir pour la phase d’exploitation.

En 2024, j’attirais déjà l’attention sur le fait que le rythme de mise en œuvre de ce projet était inversement proportionnel à l’état de préparation de notre tissu de PME et aux capacités de financement du secteur financier guinéen. Ces sujets restent d’actualité”, explique l’ancienne ministre de l’Économie et des Finances.

Elle rappelle que la Guinée s’est dotée d’une loi avant-gardiste sur le contenu local, englobant l’ensemble des secteurs contrairement à d’autres pays africains où ces dispositions ne concernent que les secteurs minier, pétrolier ou gazier.
Mais, prévient-elle, cette loi doit rapidement entrer dans une phase effective de mise en œuvre afin d’éviter “les mesures ad hoc et les dispositions discrétionnaires qui en limiteraient la portée, l’efficacité et l’impact”.

Quid des enjeux de transparence budgétaire ?

Simandou, ce sont près de 2 milliards de dollars US de recettes publiques additionnelles pour l’État et un doublement du PIB dès la première année d’exploitation de la mine. De quoi faire rêver tout ministre des Finances. Mais ces chiffres impressionnants doivent rimer avec transparence, discipline et gestion macroéconomique contracyclique. Nous devons renouer avec la transparence budgétaire. Notre pays avait progressé dans ce domaine, notamment à travers la publication régulière de données sur la dette et les marchés publics. Il est impératif de raviver ces bonnes pratiques. Le contexte de Simandou offre une opportunité certaine d’engager le dialogue avec nos concitoyens sur la gestion et l’utilisation de nos ressources publiques”, poursuit l’ancienne cheffe du département des Finances.

Le vrai défi…

Par ailleurs, Maladho Kaba salue la décision des autorités de mettre en place un Fonds souverain, estimant qu’il s’agit d’une initiative bienvenue, notamment dans le contexte de la première notation souveraine de la Guinée. Ce fonds, explique-t-elle, pourrait avoir pour principaux objectifs de réduire les effets d’un syndrome hollandais déjà perceptible, d’aider à absorber d’éventuels chocs externes, et de servir de levier pour maximiser les montants levés sur les marchés financiers internationaux afin de financer le développement du pays.

Toutefois, si je salue cette première notation, j’appelle aussi à la prudence et à l’apprentissage. Les notations des trois grandes agences internationales ne sont pas paroles d’évangile, surtout lorsqu’elles sont négatives. Il nous faudra alors être capables d’y répondre factuellement tout en gardant le cap. Les notations impliquent également une capacité accrue de collecte, d’analyse et de publication de données. Là encore, la transparence sera de mise pour éviter un biais que je dénonce, avec beaucoup d’autres, en Afrique.”

Madame Maladho Kaba souligne en outre que Simandou, par son empreinte géographique, cristallise les enjeux de développement local et d’aménagement du territoire, dans un contexte où environnement, partage des richesses et transformation économique doivent constituer les fils conducteurs d’un développement harmonieux.

Cela implique une administration publique à la hauteur de ces enjeux : une administration au service de ses concitoyens et redevable envers eux, moderne, digitale, et dont l’action est centrée sur les résultats tangibles et l’efficacité. La gestion des retombées de Simandou exige une transformation en profondeur de notre administration publique. C’est sans doute, pour moi, le plus grand défi de notre pays. Espérons que ce 11/11 porte chance, comme aiment à le croire nos amis chinois”, a-t-elle conclu.

 

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 12 novembre 2025 08:00

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