Maférinya : L’ONG Action Mines et ses associés publient leur troisième rapport sur le projet Simandou
FORÉCARIAH- La Guinée, pays riche en ressources minières, regorge une potentialité à la fois abondante et variée. Au nombre de ses ressources, nous avons la Bauxite, l’or et les gisements de fer dont les réserves globales sont estimées à plus 20 milliards de tonnes réparties entre la préfecture de Forécariah, la région de Kankan et la région forestière notamment ZOGOTA, le mont NIMBA et la chaîne montagneuse de Simandou avec une teneur exceptionnelle de plus 65% en oxyde ferrique pour cette dernière. Le projet Simandou resté longtemps sans avancées majeures, commence enfin à se concrétiser avec des progrès significatifs planifiés récemment par les parties prenantes.
Détenu par Winning Consortium Simandou (WCS) pour les blocs 1 et 2 et Rio Tinto SIMFER pour les blocs 3 et 4, Simandou pourrait catalyser le développement économique de la Guinée. L’avènement des autorités actuelles le 5 septembre 2021 a permis la signature d’un accord-cadre entre l’Etat guinéen et les entreprises. Ce, pour un co-développement du projet à travers notamment la création de la Compagnie du Trans Guinéen (CTG) pour la construction et la gestion des infrastructures. En effet, le développement du projet nécessite un chemin de fer long d’environ 650 km traversant les quatre régions naturelles du pays et d’un port au sud-ouest pour l’exportation du minerai.

Vu sa taille et son caractère intégré, mines plus infrastructures (Port et chemin de fer), le projet représente des enjeux sociaux et environnementaux considérables. A date, ces impacts sur l’environnement et les communautés riveraines se font déjà sentir. C’est pourquoi, conscients des risques qui s’y rattachent, des leaders communautaires de la préfecture de Forécariah (Maferinyah et Kabak) ont jugé utile de mettre en place un comité citoyen de suivi avec l’accompagnement technique de l’ONG Action Mines Guinée (AMINES). Cette initiative vise à anticiper les éventuelles violations des droits des communautés et à accompagner celles-ci dans la compréhension du projet et la réclamation légale et pacifique de leurs droits. Ce vendredi 5 juillet 2024, cette commission de suivi a présenté son troisième rapport du genre, qui est produit par le comité après les deux (2) premiers couvrant la période Août 2023-Janvier 2024. Tenue à la maison des jeunes Singuélen située dans la sous-préfecture Maferinya préfecture de Forecariah, cette présentation a connu la présence des impactés du projet, des responsables des sociétés qui évoluent dans cette zone et des responsables de la société civile de la localité.

Objectif
L’objectif général du comité est de contribuer au respect des engagements des entreprises et l’Etat à travers le plaidoyer visant la défense des droits des communautés riveraines du pro Simandou. Spécifiquement il s’agit :
- D’informer et de sensibiliser les communautés impactées sur les risques et enjeux du projet Simandou
- De sensibiliser les communautés sur l’utilisation du mécanisme interne de règlement des griefs des entreprises ;
- De documenter les impacts et engager des plaidoyers auprès des entreprises et autorités (locales et centrales) en vue d’une réparation ;
- De communiquer sur les préoccupations des communautés à travers la production et publication des rapports trimestriels et annuels.
APPROCHE METHODOLOGIQUE
Pour parvenir aux résultats escomptés, le comité de suivi a adopté une approche participative inclusive afin d’impliquer tous les acteurs concernés dans ce processus. Ce comité composé de membres issus des localités touchées par les travaux du projet a dans un premier temps initié des prises de contact avec l’ensemble des parties prenantes (autorités locales, leaders communautaires et les entreprises).

Deuxièmement, chaque mois, le comité organise des séances de sensibilisation selon la nécessité pour donner d’amples informations aux citoyens sur les enjeux et risques du projet et la nécessité de saisir le mécanisme interne de gestion des griefs des entreprises en cas de revendication.
En troisième lieu, la documentation continue et s’effectue de deux (2) manières : L’auto saisine des membres du comité de suivi des impacts d’ordre communautaire ; la saisine du comité par un/ou des citoyens impactés par les travaux du projet (le port et le chemin de fer), enfin, selon les cas, le comité saisit l’entreprise au nom des communautés à travers les mécanismes de règlement des griefs.
DIFFICULTES
Pendant le déroulement des activités de ce troisième trimestre du projet de plaidoyer quelques difficultés ont été soulevées notamment, la collaboration avec certaines autorités locales dans le cadre du plaidoyer de ce projet. L’autre difficulté est liée aux communautés pour trouver un consensus autour des sujets d’intérêt commun. Une situation qui impacte les efforts du comité de suivi. Il y a également les menaces des leaders suite aux incendies survenues à la base de WCS à Singuelin.

CONSTATS ET RECOMMANDATIONS
1- Constats
Dans le cadre des activités de suivi, le comité constaté ce qui suit :
- Le mécanisme de gestion des plaintes ou griefs de WCS est peu connu par les communautés impactées ;
- Le caractère non formel des accords à l’amiable ;
- Le manque de suivi rapproché des services techniques de l’Etat (ministère des mines et de la géologie et celui de l’environnement et du développement durable à travers l’agence guinéenne d’évaluation environnementale) ;
- L’amalgame des citoyens entre le rôle de l’Etat et les obligations des entreprises en matière de développement local ;
- La faible consultation des communautés concernées par WCS et ses sous-traitants ;
- L’insuffisance des mesures de compensation suite à la destruction des filets de pêche au niveau des ports artisanaux.
2-Recommandations
Dans le cadre de ce troisième rapport trimestriel couvrant les mois de Février, mars et Avril 2024, suite aux constats faits, le comité a recommandé :
A Winning consortium Simandou (WCS)
- De vulgariser davantage les mécanismes de gestion des plaintes pour éclairer les communautés dans leurs quêtes de justice;
- De maintenir un contact permanent avec les communautés impactées par les travaux du projet simandou à savoir : concession ferroviaire et portuaire;
- De s’assurer que les mesures décrites dans les plans de gestion environnementale et sociale soient respectées sur le terrain ;
- D’accélérer l’indemnisation des cas d’impacts faisant objet de plainte et à leur juste valeur;
- De mettre en place un mécanisme concerté avec l’ensemble des acteurs impliqués afin de trouver des solutions durables.
- De trouver une solution durable pour le cas spécifique des pêcheurs de Kaback ;
- De rendre formel tout accord à l’amiable trouvé avec les plaignants.
A l’Etat et aux autorités locales
- De s’impliquer dans le suivi des cas d’impacts documentés par le comité de suivi ;
- D’assurer un suivi permanent, à travers ses services techniques, de la mise en œuvre du plan de gestion environnementale et sociale (PGES) du projet et de rendre publics les rapports d’inspection;
- De rendre publics les documents contractuels du projet ainsi que les études d’impacts environnementales et sociales (EIES) du projet conformément aux exigences de la norme ITIE et des standards internationaux en la matière ;

Aux communautés et à la société civile :
- De s’informer davantage sur le projet et de suivre les voies de recours légales pour saisir les entreprises ;
- Cultiver l’esprit d’entente et de compréhension mutuelle pour la cohésion sociale au sein de la communauté ;
- De renforcer la collaboration avec le comité de suivi des impacts pour aboutir à la protection des droits en lien avec ce projet ;
- D’intensifier les sensibilisations et la formation des communautés ainsi que les acteurs locaux sur la compréhension du projet et les droits et devoirs y afférents,
- De faire le suivi des engagements des entreprises tant au niveau national qu’international.
Présent à cette rencontre Mamadou Oumar Barry responsable d’acquisition des terres engagement des partis prenantes chez Winning consortium Simandou (WCS) Simandou port, a salué le travail de l’ONG Action Mines Guinée, mais, il demande à ce que sa compagnie soit associée à toute publication.
« On apprécie beaucoup les activités de cette ONG. Les ONG et les médias sont des parties prenantes. Nous apprécions ses activités parce quand vous travaillez sur le terrain, vous savez que vous êtes suivis. Donc, ce rapport va nous permettre de bien corriger ce que nous faisons sur le terrain. Seulement, on déplore un peu ce qu’on a vu dans le rapport, car dans la deuxième partie, les mêmes plaintes sont revenues. On a vu les mêmes plaintes qui sont revenues dans la 3e sortie. On avait dit que nous ne sommes pas contre ce que l’ONG a publié mais à chaque fois qu’elle souhaite publier un rapport, qu’elle nous en fasse parvenir une copie afin qu’on prenne connaissance du contenu. Cela peut faire qu’au moment de publier certaines plaintes sont déjà résolues. Maintenant, si elle publie des plaintes sans nous mettre en copie au préalable, cela va être vraiment en déphasage avec la réalité. Si vous voyez le 3e rapport, toutes les plaintes qui sont là ont été déjà résolues ou sont en passe d’être résolues« , a-t-il dit.

De retour de Maferinya, Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 19 juillet 2024 12:41Nous vous proposons aussi
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