« Un toit pour chaque fonctionnaire »: Les grandes annonces du Ministre Bourouno (Interview)
CONAKRY- Dans une interview exclusive accordée à Africaguinee.com, le ministre du Travail et de la Fonction publiqUe, Faya François Bourouno, dévoile les chantiers majeurs qui transforment en profondeur l’administration et le système de protection sociale. De l’annonce d’une revalorisation des pensions des retraités à la modernisation de l’appareil d’État ou encore du projet de construction des logements sociaux pour les fonctionnaires, le ministre lève le voile sur des réformes inédites, porteuses d’espoir pour l’avenir des travailleurs et des citoyens guinéens. Excellente lecture!
AFRICAGUINEE.COM : Le chef de l’Etat vous a renouvelé sa confiance en vous reconduisant à la tête du Département de la Fonction publique. Comment avez-vous accueilli cette confirmation ?
FAYA FRANÇOIS BOUROUNO: J’ai accueilli cette confirmation avec beaucoup de joie, beaucoup de satisfaction, mais aussi avec beaucoup d’attention, puisque pour moi c’est aussi un appel à la responsabilité et à la poursuite des réformes que nous avons entreprises conformément à la vision de la réfondation prônée par le président de la République, le chef du Gouvernement. C’est l’occasion pour moi de saisir votre micro pour affirmer toute ma reconnaissance, à l’endroit de monsieur le président de la République pour cette confiance renouvelée. En même temps, remercier monsieur le Premier chef du gouvernement et l’ensemble de mes collaborateurs, mes collègues aussi membres du gouvernement, parce que c’est aussi la récompense d’un travail d’équipe qui a été réalisé durant ces derniers mois au sein du département, mais également au sein de l’équipe gouvernementale.
Je suis très satisfait de cette reconnaissance du travail fait, mais c’est aussi un appel à la responsabilité pour poursuivre, maintenir, renforcer la concentration, travailler plus sur les innovations, renforcer les réformes, faire en sorte que les objectifs, la modernisation de notre administration publique, de notre fonction publique et l’amélioration des conditions de vie des travailleurs soient une réalité dans notre pays.
Nous avons assisté à une scène qui est un peu rare dans l’administration guinéenne. Après votre reconduction, on a vu une forte mobilisation ici. Vos collaborateurs vous ont réservé un accueil qu’on pourrait qualifier de chaleureux. Qu’est-ce cela vous a fait ?

C’est vrai que j’ai été très touché par ce geste, mais comme je l’ai dit ce jour, cette reconduction, je l’ai dédiée à mes collaborateurs, parce qu’il faut reconnaître que notre administration publique est une administration qui est caractérisée par beaucoup de points forts, mais aussi beaucoup de points faibles. Et l’un des gros points faibles de notre administration, c’est le manque de cohésion, le manque d’esprit d’équipe, qui fait que, généralement, les humeurs priment sur le professionnalisme. Et nous, au ministère du Travail et de la Fonction publique, nous avons réussi à travailler sur l’esprit d’équipe. On travaille ici en parfaite symbiose. Chacun sait sa responsabilité. Et chacun se concentre sur sa responsabilité et développe des relations de complémentarité avec les autres. Et ensemble, on est en train de bâtir une belle œuvre.
Donc, les résultats que nous avons engrangés durant ces mois passés à la tête de ce département, sous mon leadership, ce sont des résultats qui ont été produits par mes services techniques, donc par mes collaborateurs. C’est pour cela que ma reconnaissance leur a été adressée. C’est pour cela que j’ai été très soulagé, très satisfait de l’accueil réservé, même si je n’étais pas aussi totalement surpris, parce que cet esprit d’équipe, nous l’avons bâti ensemble.
Au mois de décembre dernier, nous avions organisé une retraite stratégique pour définir une vision pour notre département. Au cours de cette retraite, nous avons fait l’exercice de se doter des valeurs. Nous avons fixé une vision qui repose sur un certain nombre de valeurs. Ces valeurs portent sur l’excellence, sur le respect mutuel, sur l’intégrité et sur l’esprit d’équipe. Je pense qu’aujourd’hui, il y a une véritable incarnation de ces valeurs. Ce qui fait que, de plus en plus, ce ministère est en train de changer de manche. Ce n’est pas mon travail à moi seul. C’est le travail de tous les collaborateurs du département qui fait qu’aujourd’hui, on est en train d’avoir une véritable institution orientée vers les résultats.
Vous venez d’annoncer une “excellente nouvelle” pour les retraités du secteur privé, à savoir la revalorisation de 15% des pensions. Pouvez-vous nous donner plus de détails sur ce qui a prévalu à cette décision du Chef de l’Etat?
Effectivement, cette décision relève du chef de l’État. C’est lui-même qui a voulu que les conditions de vie des travailleurs soient améliorées. Et il m’a personnellement instruit de travailler pour revaloriser aussi les revenus de ceux qui sont à la retraite, donc les pensions de retraite. Nous avons, comme ça se fait en matière de sécurité sociale, commandité une étude actuarielle pour analyser techniquement la faisabilité, la mise en œuvre de l’instruction du président de la République, qui a été très suivie par monsieur le Premier ministre, puisque c’est lui qui assure la coordination, la mise en œuvre d’ailleurs de cette instruction. Donc, nous avons fait l’étude actuarielle et les conclusions de l’étude actuarielle nous ont démontré qu’on avait des marges sur lesquelles on pouvait agir pour appliquer cette revalorisation. Et ce qui est une bonne nouvelle pour les retraités du secteur mixte et privé. Et donc aujourd’hui, nous sommes en mesure d’augmenter les pensions de retraite pour les retraités du secteur mixte et privé. L’instruction du président de la République va être mise en œuvre d’ailleurs à partir de ce mois de septembre. Donc c’est franchement la volonté du chef de l’État qui est en train de s’exercer, de se matérialiser pour des résultats concrets. Il a fait du social la priorité de sa gouvernance. Comme vous le savez, les trois axes qui structurent sa gouvernance : c’est le social, c’est l’économie et c’est l’axe politique.
Et au niveau du social, non seulement il y a l’objectif de rétablir le vivre-ensemble, mais il y a aussi l’objectif de créer les ruduments de la justice sociale. Donc de promouvoir la justice sociale. Et c’est dans ce cadre que nous, nous agissons. C’est un résultat d’ailleurs qui contribue significativement aux objectifs de la politique de protection sociale du gouvernement. Vous savez, en matière de protection sociale, il y a deux dimensions. Il y a une dimension contributive sur laquelle nous, nous travaillons et il y a la dimension non-contributive sur laquelle d’autres acteurs aussi travaillent. Je dirais même tous les autres acteurs travaillent. Donc, au niveau de la dimension contributive, nous travaillons aujourd’hui pour renforcer notre système de sécurité sociale, redynamiser, diversifier, c’est-à-dire, à travers la diversification des branches de sécurité sociale, nous travaillons également pour viabiliser notre régime de base.
Et dans les prochains mois, nous aurons aussi un autre rapport d’études qui nous permettra de voir, au-delà du régime de base, si on peut aller vers la diversification des régimes de sécurité sociale. On est sur une étude de faisabilité pour l’extension de la couverture du filet de sécurité sociale sur les travailleurs du secteur informel. C’est une étude d’ailleurs qui avance très bien. Ça va nous permettre de proposer des produits de couverture de sécurité sociale aux travailleurs informels, les travailleurs qui sont dans des secteurs comme le commerce, les agriculteurs, qui constituent une bonne partie de notre population active. Il faut que ces gens-là intègrent le champ de couverture de notre régime de sécurité sociale. C’est pour vous dire que c’est la vision du chef de l’État qui se matérialise aujourd’hui en actions concrètes. Et nous sommes très heureux parce que l’augmentation des pensions a un impact direct sur la vie quotidienne du citoyen guinéen. Et c’est ce que le président y recherche.
Est-ce qu’il y a d’autres mesures qui sont à l’étude ?
Absolument. Il y a beaucoup d’autres mesures à l’étude. Il y a la révalorisation des pensions. Il y a également la rédynamisation des autres branches qui sont des branches actives au niveau de notre régime de sécurité sociale et de prévoyance sociale. Ces branches-là, nous allons les rédynamiser. Et qui parlent de rédynamisation, parle d’amélioration de la couverture de ceux qui sont enregistrés au niveau de ces caisses. Vous savez, on a dématérialisé la gestion complètement des pensions de retraite au niveau de la Caisse nationale de sécurité sociale. Et cette dématérialisation va générer des retombées positives. Aujourd’hui, ces retombées positives, nous commençons à les égrener et nous commençons aussi à poser d’autres actions concrètes allant dans le sens de l’amélioration des conditions de vie des guinéens de façon générale. Nous avons lancé la construction de quatre centres diagnostiques et de cardiologie interventionnelle à travers le pays.
Nous avons celui de Kindia qui est opérationnel depuis un moment, même s’il est à petite échelle. Et nous avons celui de Kankan qui est opérationnel, qui fait aujourd’hui la radio, qui fait aujourd’hui la mammographie, qui fait aujourd’hui l’IRM. Nous venons de réussir la première opération du cœur en région, à l’intérieur du pays. C’est une première depuis l’indépendance de notre pays, qu’on opère le cœur d’un individu dans une localité située à l’intérieur du pays. Et c’est une opération qui a été faite sur des installations de première génération. Ces installations sont aujourd’hui opérationnelles en région.

Et il y a le centre de Labé qui a 90% de taux de réalisation physique, y compris même l’installation des équipements, ce qui fait que dans quelques mois, le centre de Labé également sera opérationnel. Cela veut dire que les citoyens de ces régions n’auront plus besoin de se déplacer, venir à Conakry ou aller à l’étranger. Vous savez, hier, les gens payaient des billets d’avion pour aller faire l’IRM à l’étranger. Les gens payaient des billets d’avion pour aller faire des radiographies les plus avancées à l’étranger. Les gens payaient des billets d’avion, des femmes malades qui ont des cancers de sein partaient faire des opérations de mammographie à l’étranger. Certains partaient faire des opérations de cœur à l’étranger. Aujourd’hui, tout cela est possible dans nos régions, notamment à Kankan. Et à Labé, ce sera pour bientôt. Nzérékoré également, ce sera pour très bientôt.
Au centre de Nzérékoré, on est à 83% de réalisation. C’est pour vous dire que c’est grâce à notre nouvelle façon de gérer notre régime de sécurité sociale. Nous avons modernisé la gouvernance de la Caisse nationale de sécurité sociale avec un conseil d’administration, avec les outils de procédure de gestion.
Aujourd’hui, les directeurs de la Caisse ne peuvent plus prendre une décision comme ils le veulent. Il y a une rigueur de gestion qui est opérationnalisée là-bas. Nous avons souscrit à la CIPRES (Conférence Inter-Africaine de la Prévoyance Sociale). Et nous avons souscrit au système de comptabilité de la CIPRES. C’est un système qui exige le reporting au niveau sous-régional. Donc tout cela sont des indicateurs qui démontrent la qualité de gestion aujourd’hui de nos régimes de sécurité sociale. Et au-delà des centres diagnostiques, il y a également d’autres opérations qui sont envisagées. Comme je l’ai dit tout à l’heure, c’est la proposition des paquets de produits pour étendre nos filets de sécurité sociale, le travail du secteur informel.

C’est est une très bonne chose. Parce que, quand vous avez un agriculteur qui est couvert contre certains risques : les risques maladie, les risques de vieillesse, c’est des gens qui sont sur des activités saisonnières. Il y a des périodes où ils n’ont pas d’activité. Donc s’ils se souscrivent à ce type de filets, ils peuvent avoir des revenus de compensation pendant des périodes de soudure. Donc je pense que ce sont de bonnes perspectives que nous sommes en train d’envisager pour faire en sorte que notre système de sécurité sociale apporte des réponses concrètes pour réduire la pauvreté dans notre pays et améliorer la prospérité. Et dans le cadre de la mise en oeuvre du programme Simandou, vous savez, les régimes de sécurité sociale ont une double fonction. La fonction de prestation sociale, mais aussi la fonction de financement de l’économie.
Et dans ce cadre, nous sommes en train de travailler pour voir dans quelle mesure nous diversifierons la gestion des régimes pour faire en sorte que des revenus excédentaires puissent être placés sur des projets structurants qui seront proposés dans le cadre de la mise en oeuvre du programme Simandou 2040. Comme vous le savez, toutes les grandes économies au monde, les fonds de pension sont les premiers bailleurs des programmes structurants de développement à l’échelle mondiale. Aux Etats-Unis, les fonds de pension sont les fonds qui financent les plus grands projets. C’est la même chose en Europe, c’est la même chose dans d’autres pays. Et la Guinée ne veut pas rester en marge. On prend l’exemple souvent de certains voisins comme la Côte d’Ivoire. Les grandes infrastructures qu’ils ont réussi à réaliser ont été mobilisées sur des marchés, mais c’est le financement des fonds de pension. Ici également, nous voulons que notre système de sécurité sociale puisse apporter une contribution significative dans le cadre du financement de notre économie.
Mais de l’autre côté, nous avons aussi un régime de prévoyance sociale qui a été véritablement rédynamisé ces derniers mois. Aujourd’hui, au niveau de la caisse de prévoyance sociale, il y a la couverture médicale en faveur des agents de l’Etat en activité et ceux à la retraite, qui est opérationnelle. Et nous sommes d’ailleurs sur une opération de biométrie pour nous permettre aussi de maîtriser l’effectif des pensionnés et travailler pour faire en sorte que la gestion du régime de pension puisse aussi s’améliorer. Donc ce sont des mesures sur lesquelles nous travaillons pour améliorer cela. Il y a des études actuarielles qu’on est en train de réaliser pour ouvrir la perspective de développer de nouvelles branches, donc la diversification. Parmi les nouvelles branches que nous ciblons, il y a l’assurance-chômage qui est ciblé. D’ailleurs, nous avons le cabinet Ernest Yung qui a été retenu à l’issue de l’appel d’offres, qui a démarré les travaux de réalisation de l’étude de faisabilité pour le lancement de l’assurance-chômage en République de Guinée. Et également, nous sommes en train de travailler sur une étude actuarielle qui est en train d’être réalisée pour voir comment, à travers notre système de sécurité sociale, on pourrait contribuer à la réalisation des objectifs de la couverture médicale universelle.
Le Gouvernement guinéen à travers votre département, a signé un accord de partenariat avec l’École Nationale d’Administration Publique (ENAP) du Québec dans le cadre du vaste chantier des réformes de l’administration. Où en est-on dans la mise en œuvre de cet accord ?

Dans les vastes chantiers de réfondation initiés par le président de la République, l’un des chantiers porte sur la modernisation de notre fonction publique, avec une qualification professionnelle des agents de l’État. Et pour cela, il fallait se doter d’un outil pour former les agents de l’État à la notion de service public, à la notion d’administration publique et outiller les agents de l’État pour qu’ils soient plus performants à leur poste.
C’est à cette perspective que mon département a été instruit de construire et d’opérationnaliser une école nationale d’administration publique qui va être une école d’excellence. Et nous avons entrepris le projet qui est très avancé. Nous avons des infrastructures en cours de construction avec un taux moyen de réalisation qui tourne autour de 70% de réalisation des infrastructures. Cela veut dire qu’on a l’espoir que d’ici la fin de l’année, les infrastructures seront disponibles pour accueillir les apprenants en formation. Et de l’autre côté, nous avons effectivement signé un accord de partenariat avec plusieurs institutions de formation de référence internationale, notamment l’École nationale d’administration publique de Québec, l’Institut national de services publics de France, l’École nationale d’administration du Maroc, etc.
Donc, nous avons diversifié les partenariats. Parce qu’aujourd’hui en matière de qualification des compétences, il n’y a pas un modèle qui puisse s’imposer comme un meilleur modèle. Chaque modèle a ses forces et ses faiblesses. Et donc, pour nous, on bâtit notre école en capitalisant sur les points forts des différents partenaires. Avec l’ENAP du Québec, nous avons signé un partenariat pour nous accompagner sur l’opérationnalisation. Nous avons lancé deux actions concrètes qui vont être d’ailleurs la substance principale de l’école. La première, c’est le contenu, c’est le programme de formation. Quelle est l’offre de formation de l’école ? C’est sur ça qu’on est en train de travailler avec l’ENAP du Québec comme première action.

Et dans le cadre de la mise en oeuvre de cette action, nous sommes très avancés. Il fallait commencer pour mettre en place une approche structurante. Et les premières actions ont porté sur l’analyse du profil des compétences de notre administration publique, pour capter nos besoins de notre administration en termes de compétences. Et c’est la captation de cela qui va inspirer l’élaboration des objectifs pédagogiques, des contenus pédagogiques. Et donc, c’est ce travail que nous sommes en train de faire actuellement. Nous avons aujourd’hui deux missions qui sont arrivées à Conakry. La dernière mission vient de repartir. Nous avons des livrables sur la table. Donc, nous avons un profil des compétences complets, exhaustifs et de haute qualité qui a été élaboré.
La seconde phase va apporter maintenant sur l’élaboration des programmes de formation. Et la deuxième action dans le cadre de ce partenariat, c’est le plan d’action pour l’opérationnalisation effective de l’école, y compris la mise en place de tout le système de gouvernance. Et dans ce cadre également, nous avons aujourd’hui un draft de plan d’action qui a été esquissé. Ce sont ces actions d’ailleurs que nous sommes en train de dérouler. Et dans ce plan d’action, il y a des actions clés. En plus du profil des compétences, l’élaboration des programmes, il y a l’aspect administratif.
Il faut un statut pour l’école. Et ce statut aujourd’hui, il est presque finalisé. C’est à partir de là que nous allons commencer à meubler le cadre de gouvernance de l’école. Il y aura dans les perspectives sur table, un conseil d’administration qui va appuyer la gouvernance de l’école et un conseil pédagogique qui va appuyer scientifiquement l’établissement des contenus pédagogiques de bonne qualité, mais aussi aider à assurer l’assurance qualité des programmes de formation qui seront dispensés. Il y a déjà beaucoup de réformes complémentaires qui sont aujourd’hui en train d’être intégrées dans ce projet. Vous savez, on a le projet du service militaire que nous avons initié pour tous les nouveaux fonctionnaires désormais qui s’engagent dans l’administration publique.
Il y aura une passerelle entre le service militaire et l’école nationale d’administration publique que nous sommes en train de construire du côté de Dubreka. Donc, le partenariat marche très bien. Nous avons des experts qui travaillent avec nous et qui sont en train de mettre sur table des livrables, qui sont en train de nous rassurer sur l’opérationnalisation effective à très court terme de cette école. Encore une fois, qui est d’ailleurs une action phare de la composante Simandou Académie, du programme Simando 2040.
Quels sont les principaux chantiers identifiés au sein de l’administration publique dans le cadres des réformes que vous avez engagées?
Alors, effectivement, vous posez une question pertinente. On peut agir sur la formation des cadres. On peut agir sur la modernisation de la fonction publique. Mais quand vous prenez la considération ou la définition de l’activité administrative en tant que telle, l’activité administrative relève de la famille d’activités de l’État. Donc, vous prenez l’analyse du point de vue architecture globale de l’État, vous allez vous rendre compte que nous avons l’État, nous avons le gouvernement, nous avons l’administration publique et nous avons la fonction publique. Nous avons fait un diagnostic pour regarder aujourd’hui le mode de fonctionnement de l’État, le niveau de fonctionnement et de performance de notre administration publique. Qu’est-ce qui marche ? Qu’est-ce qui ne marche pas ? Après cette analyse, nous nous sommes rendus compte qu’il y a de bonnes initiatives dans tous les départements ministériels, dans toutes les institutions de notre État, mais la plupart de ces initiatives, de ces réformes ne se parlent pas.
Et donc, quand c’est comme ça, vous vous dites qu’il est important de se doter d’une orientation claire, harmonisée, pour faire en sorte qu’on crée la cohérence dans l’action globale commune. Et c’est pour cela que nous avons initié l’élaboration d’un programme de réformes de l’État et de modernisation de l’administration publique, conformément à la vision du chef de l’État et aux instructions de monsieur le Premier ministre, chef du gouvernement, qui est d’ailleurs le véritable maître d’ouvrage de ce chantier d’élaboration d’une vision de réforme de l’État et de modernisation de notre administration. Ce travail est en cours.

Nous avons dit qu’il fallait approfondir le diagnostic et faire en sorte qu’on ait un diagnostic très exhaustif. Donc, on a recruté des experts. Nous avons une dizaine d’experts qui travaillent sur cette thématique. Comme vous savez, l’administration, l’État, ce sont des chantiers qui sont très divers, donc il fallait avoir des profils complémentaires. Donc, on a un pool d’experts qui nous accompagne. Ils sont sur la première étape du travail, notamment le diagnostic. Il y a eu un diagnostic territorial.
Aujourd’hui, nous sommes sur le diagnostic sectoriel. Il y a des ateliers qui se tiennent qui sont des ateliers thématiques. Donc, on aborde toutes les grandes thématiques de l’État. Les débats tournent autour de différents problèmes, d’analyses en profondeur pour identifier les causes de ces problèmes et, sur cette base, aller vers des propositions de solutions. Et c’est l’ensemble de ces propositions de solutions qui constitueront le cœur du programme.
C’est est sur cette base également que la vision va permettre de décliner les orientations stratégiques et aller vers un plan d’action concret. Et comme vous le constaterez, le programme Simandou 2040, qui est désormais la boussole d’orientation des actions de développement et de transformation profonde de notre pays, repose sur un certain nombre de socles. Et parmi ces socles, vous avez l’administration publique. Sans l’administration, on ne peut réussir aucun programme de développement structurant. C’est pour cela, même dans le cadre de l’élaboration du programme Simandou, vous constaterez que l’administration publique a été considérée comme un socle. Donc, il y a une véritable cohérence dans le travail qui se fait aujourd’hui.
Le programme Simandou est élaboré, c’est la vision du développement. Il y a le programme de réforme de l’administration, puisque c’est l’administration qui va mettre en oeuvre le programme Simandou. Donc, la concordance entre les deux choses, c’est quelque chose d’extraordinairement très important.
Alors, pour revenir sur votre question, c’est que le programme de réforme nous donne aujourd’hui déjà des pistes d’orientation pour voir sur quoi il faut se concentrer. Alors, à notre niveau ici, nous l’avons très tôt compris. Au niveau du ministère du Travail et de la Fonction publique, nous avons compris que la gestion des agents de l’État devait être modernisée. Il fallait maîtriser les effectifs. Si on ne maîtrise pas les effectifs, on ne peut faire aucune réforme de l’administration publique. Donc, ces derniers mois, nous avons travaillé pour stabiliser la base de gestion des agents de l’État. Aujourd’hui, on a des statistiques claires. On sait combien d’agents nous avons, combien nous payons. On connaît leur répartition par statut, on connaît leur répartition par hiérarchie, on connaît leur répartition par corps, on connaît leur position d’activité, on connaît même les effectifs en détail de ceux qui sont en détachement, ceux qui sont en disponibilité, ceux qui sont en congé. Et nous avons activé des mécanismes maintenant de gestion de la carrière des agents.
C’est pour cela que vous constaterez que dans les prochains jours, on fera une annonce forte. Nous nous sommes rendus compte que la gestion de la carrière presque des agents de l’État n’était plus gérée, parce que les gens entrent dans le système, ils passent 10 ans, 20 ans, 30 ans, ils restent avec le même statut, ils ne bougent pas. Parfois, ils travaillent sur les mêmes postes. Ce n’est pas normal si on veut une administration moderne. Nous avons conformément à la loi qui prévoit des examens professionnels pour permettre aux agents de progresser en termes d’hiérarchie, de progresser en termes de grades, de changer de corps ou de changer de position.
Nous allons lancer l’organisation des examens professionnels. Cela sera ouvert à tous les agents des hiérarchies C, B1 et B2 qui vont passer un concours qu’on appelle un examen professionnel. À l’issue de ces examens professionnels, les admis pourront connaître désormais un changement en termes de position administrative, donc un changement de corps, un changement de grade, un changement d’échelon. C’est une avancée majeure parce que cela aura aussi des répercussions positives sur le niveau de rémunération de ces différents agents.
Tous ceux qui connaîtront un changement de grade connaîtront effectivement une évolution de leur rémunération. Ceux qui changeront d’échelon, c’est-à-dire qui enregistreront une augmentation d’échelon, constateront également une évolution de leur rémunération. C’est pour vous dire que nous sommes en train de moderniser aujourd’hui la fonction publique. En plus de la maîtrise des effectifs, la maîtrise des salaires, nous sommes en train de travailler maintenant sur la gestion de la carrière. Nous allons favoriser, nous l’avons d’ailleurs commencé, la mobilité des agents parce que nos lois permettent que la mobilité soit consacrée pour chaque agent de l’État. Aujourd’hui, les outils de gestion en place permettent effectivement de le gérer. Ce qui était aussi un gap important dans la gestion de la fonction publique, c’était qu’il n’y avait pas de cadre organique. Vous ne pouvez pas gérer, vous avez votre entreprise, vous avez un effectif de 10 personnes, vous ne savez pas après le directeur, qui fait quoi? Aujourd’hui, vous avez beaucoup de services publics où il y a des pléthores d’effectifs, on ne sait pas qui fait quoi?
Alors aujourd’hui, il y a le chantier du cadre organique. Dans le cadre de cette modernisation sur lequel on est en train de travailler, nous avons commencé à établir maintenant des fiches de poste. Actuellement, tous les ministères, les cabinets ministériels, chaque agent dans le cabinet a sa fiche de poste. Et nous sommes maintenant sur le niveau des directions. Donc chaque directeur, son adjoint, les divisionnaires, leurs adjoints, les chargés d’études qui sont sous leur toit, chacun d’ici la fin d’année aura sa fiche de poste. C’est à partir de là qu’on ira vers l’opérationnalisation du cadre organique global de l’administration publique.
Cela permet d’apprécier, au-delà de la maîtrise de la gestion des agents, des effectifs et de leur carrière, mais ça permet aussi d’apprécier la capacité stratégique de notre administration publique et d’apprécier l’adéquation entre les ressources. Parce que les agents publics, la fonction publique, c’est la ressource humaine de l’État. Donc c’est une ressource, son adéquation par rapport à nos besoins de développement. Mais si on ne stabilise pas cela, on ne saura jamais apprécier notre capacité stratégique aux besoins de notre administration publique, donc à nos besoins de développement. Ceci une transformation qui est en cours, qui est très avancée. Et là-dessus, je vais aussi m’arrêter là pour remercier mes collaborateurs qui font de ces chantiers vraiment une véritable préoccupation, même personnelle. J’ai des équipes qui travaillent nuit et jour.
Aujourd’hui, nous avons lancé aussi le travail sur la mise en œuvre de la GPEC, (Gestion prévisionnelle des emplois, des effectifs et des compétences). Le cadre organique, on accélère là-dessus, parce que ça va être le support de base pour l’opérationnalisation de la GPEC. Et avec le profit des compétences qu’on est en train d’avoir et l’ENA qui va être construite, je pense que la somme de tous ces livrables permettra à la Guinée d’avoir une fonction publique très moderne.
Maintenant, nous avons aussi questionné le problème de l’accès et de la qualité des services publics. Parce que la vocation d’une administration publique, c’est de répondre, d’apporter des réponses aux besoins des citoyens ou des usagers de services publics. Donc on produit le service, on s’assure que les usagers ont accès à ce service et ils sont satisfaits du service que l’administration a prêté. On s’est rendu compte qu’il y a beaucoup de goulot d’étranglement. Il y a beaucoup de problèmes au niveau de l’administration qui limitent l’accès aux services publics. Il y a beaucoup de problèmes qui limitent la satisfaction des usagers vis-à-vis du service public. Vous voulez certains titres administratifs, cela vous prend des jours, des mois. Mon département a initié, en collaboration avec d’autres ministères : le ministère des télécoms, le ministère de l’Administration du territoire et d’autres, la mise en place de ce qu’on appelle le guichet unique des services publics.
Le guichet unique, c’est un projet qui va être, à l’image des autres pays très développés, une centrale qui va répertorier tous les services publics et à partir duquel, désormais, vous pourriez faire vos requêtes pour accéder à toutes vos demandes auprès de l’administration publique. Cela va permettre de réduire les délais de traitement. L’accessibilité aux services publics, mais aussi le niveau de satisfaction sera très élevé. Cela mettra les usagers à l’abri de tout ce que nous connaissons, des pratiques de corruption, des pots de vin, des extorsions et ainsi de suite. Donc le projet de guichet unique est un projet voulu par le chef de l’État, le président de la République.

Actuellement, nous travaillons aussi sur le projet de logement pour tous les fonctionnaires. Nous avons fini toute la phase d’étude. Nous avons aujourd’hui tous les paramètres qui nous disent qu’effectivement, le projet est faisable. Dans les prochains jours, nous ferons l’annonce après une concertation de dernière étape avec notamment les partenaires sociaux, puisque, ils sont très importants. C’est les représentants des travailleurs pour lesquels nous sommes en train de vouloir faire ce travail. Donc on va discuter avec le syndicat pour lancer solennellement le projet de construction des logements sociaux pour tous les fonctionnaires à tous les niveaux.
C’est aussi une vision du chef de l’État de doter chaque guinéen d’un toit moderne. Et nous, par rapport à nos attributions, c’est les fonctionnaires que nous gérons. Nous allons faire en sorte que chaque fonctionnaire puisse avoir un toit moderne. Et cela, c’est une réforme très capitale.
Parce que, nous avons une administration où la pratique, comme vous le savez, est monnaie courante. Il y a des efforts qu’on est en train de consentir conformément à la vision du chef de l’État. Mais la meilleure façon aussi d’anticiper, de prévenir des pratiques de corruption et de mauvaise gouvernance, c’est de créer des conditions idoines. Les gens (fonctionnaires), quand vous leur demandez souvent pour quoi vous faites ça, ils disent bon, je me sens en insécurité, parce que le jour où je serais à la retraite, je n’aurais pas d’abris… Je préviens ce jour-là. Mais si l’État garantit un logement à un fonctionnaire, quitte à ce que le fonctionnaire lui-même, l’État crée des conditions pour que lui-même, il finance son logement. Donc c’est le modèle sur lequel on est en train de partir. C’est pour dire que désormais, nous allons lancer ce projet qui va être un projet important. C’est une grande priorité au niveau de notre département. Ici, ce sont des grandes actions sur lesquelles nous travaillons, en plus de la gestion courante.
Et une belle innovation qui va arriver, c’est que dans la restructuration du département, on prévoit de créer une direction générale qui va désormais s’occuper uniquement du suivi de la qualité du service public. Donc on va répertorier tous les services publics. Service de passeport, service de carte d’identité, service de licence, etc. Donc on va répertorier tout ça. Il y aura des indicateurs de suivi qui seront développés. Pour s’assurer : Est-ce que les demandeurs accèdent à ces services ? Quelles sont les difficultés qu’ils ont ? Donc ça va permettre de générer des alertes et de susciter le dialogue avec les entités productrices de ces services. Faire en sorte qu’on améliore la prestation et à terme, faire en sorte qu’on réduise le fossé entre le citoyen et l’État.
Comment le ministère compte-t-il s’y prendre pour accompagner le changement et s’assurer de l’adhésion des fonctionnaires à ces nouvelles orientations?
Le dialogue, comme je vous l’ai mentionné tout à l’heure, tous les projets que nous initions, nous sommes certes l’entité étatique ayant la mission ou le mandat de mettre en oeuvre ces missions-là, mais nous dialoguons avec nos partenaires. Avec le dialogue, l’adhésion se tient facilement.
Aujourd’hui, je voudrais remercier encore les partenaires sociaux des différentes centrales syndicales, la coordination du mouvement syndical de Guinée, qui sont de véritables partenaires. Je dis toujours aujourd’hui qu’ils sont de grands amis au président de la République. Ce sont de grands amis, de grands acteurs de cette réfondation en cours, parce qu’ils ont tous accepté d’accompagner la dynamique de transformation.

Et donc, ça facilite l’adhésion, le dialogue, le cadre du dialogue aujourd’hui qui est mis en place. Tous les sujets, nous les mettons sur la table. On échange, on décide ensemble parfois. Et ça facilite l’exécution de ces actions par mon département ou même par d’autres entités étatiques. Il y a une véritable compréhension. Parfois, même des choses déjà acquises dans le cadre des accords, on les met sur la table, on discute, on voit les pour et les contre. Parfois, on parvient à prendre des décisions qui les amènent même à renoncer à certaines choses. C’est pour vous dire qu’en Guinée, le dialogue peut construire l’impossible.
A suivre!
Interview réalisée par Boubacar 1 DIALLO & Dansa Camara
Pour Africaguinee.com
Créé le 1 septembre 2025 11:40Nous vous proposons aussi
TAGS
étiquettes: Fonction publique, Fonctionnaires, François Bourouno, Retraite









