Lieutenant Adama Konaté : « comment j’ai perdu deux de mes enfants au stade de Nzérékoré… »
N’ZÉRÉKORÉ- Une année après le drame survenu au stade du 03 Avril à N’zérékoré, le deuil demeure intact pour de nombreuses familles. Parmi elles, celle du Lieutenant Adama Konaté, militaire en service à la base aérienne de la ville forestière. Au micro de Africaguinee.com, l’officier a livré un témoignage déchirant sur la perte de ses deux fils, morts lors des violences du 1er décembre 2024.
D’une voix empreinte de douleur, il raconte un deuil impossible à surmonter : « Là où je suis, on dirait que c’est aujourd’hui que mes enfants sont morts », confie-t-il, visiblement affecté.
Le Lieutenant Konaté dit avoir perdu son premier fils, Balla Moussa Konaté, âgé de 19 ans, et son second, Honoré Konaté, âgé de 14 ans. Tous élèves.
Ce père de famille déplore l’absence de soutien direct et d’accompagnement dans ce moment difficile qu’il traverse depuis un an. « Depuis le jour du décès… on n’a rien vu. Les organisateurs ne sont pas venus nous voir en personne…», déplore-t-il.

Un sentiment d’abandon qu’il dit partager avec plusieurs autres familles endeuillées. Selon son témoignage, ses enfants auraient été attirés au stade par des informations selon lesquelles le président Mamadi Doumbouya et l’artiste Grand P devaient apparaître au stade le jour de la finale. Une annonce qu’il affirme avoir lui-même mise en doute en raison de sa position militaire :
« Ils (organisateurs, ndlr) ont menti aux enfants, soi-disant que le président sera là et avec l’artiste Grand P. Moi-même, j’ai vu ces gens-là parader en ville. Les baffles étaient attachés sur les véhicules, ils sensibilisaient pour demander aux citoyens de se rassembler massivement au stade. Quand je suis venu à la maison, mes enfants m’ont abordé. Je leur ai dit non, moi je suis un aviateur. Le président ne peut pas être là et que nous ne soyons pas au courant. J’ai dit le président ne sera pas là, ni Grand P. »

Il raconte que ses enfants, -happés par l’arrivée du Président et de Grand P-, s’y sont malgré tout rendus, avant que la situation ne dégénère. En début de soirée, ne les voyant pas revenir, il se serait précipité à l’hôpital :
« Donc, c’est comme ça qu’ils ont embarqué nos enfants, jusqu’à partir de 19 heures, j’ai vu que les enfants ne sont pas rentrés, qu’il y a eu des bousculades au stade. Donc, je suis parti à l’hôpital, je sautais sur les corps. J’ai vu le corps de mon premier fils que j’ai confié à une femme du corps médical. Après, je suis sorti pour chercher le deuxième que j’ai retrouvé aussi. J’ai leurs photos, vivants ou morts. »
Vice-président d’un collectif de familles de victimes, ce parent de victimes affirme qu’aucune aide financière ni matérielle ne leur serait parvenue : « Beaucoup de choses ont été débloquées pour cette affaire… Il y a peut-être des groupes qui en bénéficient. Pas nous. »
“Je pousserai cette affaire jusqu’à l’épuisement de mes forces”
Au-delà du deuil, Adama Konaté dit mener aujourd’hui un combat judiciaire et moral pour ses fils et pour les autres victimes.
Un an après les faits, le drame du 1er décembre 2024 reste un sujet douloureux et controversé à Nzérékoré. Le témoignage du Lieutenant Konaté met en lumière les attentes d’une partie des familles : reconnaissance, accompagnement, transparence, justice. En attendant, pour cet officier qui a perdu deux enfants et n’en compte plus qu’un : « Le combat continue. », dit-il.
SAKOUVOGUI Paul Foromo
Correspondant Régional d’Africaguinee.com
En Guinée Forestière.
Tél. (00224) 628 80 17 43
Créé le 3 décembre 2025 09:28Nous vous proposons aussi
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