« Les garçons n’utilisent les préservatifs que lorsque la fille le demande »: Les révélations de l’étude du Pr Bano chez les étudiants guinéens
CONAKRY- Derrière les chiffres sur l’évolution académique, le nouvel ouvrage du professeur Alpha Amadou Bano Barry lève le voile sur une réalité plus intime et préoccupante : la vie affective et sexuelle des étudiants guinéens. Entre la surévaluation du nombre de partenaires chez les garçons, la discrétion affichée des filles et, surtout, une baisse constante de l’utilisation du préservatif, l’ancien ministre de l’Éducation brise le tabou sur une réalité peu connue. Focus sur un ouvrage qui fait école.
Qui sont les étudiants guinéens hors des salles de classe ? Dans son ouvrage intitulé « Parcours scolaires, conditions d’étude, de vie et de travail des étudiants guinéens », le professeur Alpha Amadou Bano Barry livre les résultats d’une vaste étude menée sur près de vingt-six ans auprès des étudiants guinéens.
Basée sur une enquête quantitative réalisée auprès de 16 236 étudiants entre 1998 et 2024, cette étude longitudinale s’intéresse à l’évolution des parcours scolaires, aux conditions d’études, aux réalités sociales et économiques ainsi qu’aux perspectives des étudiants guinéens.
« Nous avons voulu comprendre qui sont les étudiants qui accèdent à l’enseignement supérieur en Guinée, leur origine sociale, leur parcours scolaire, leurs conditions d’études, leur mode de vie et la gestion de leurs ressources financières », a expliqué le chercheur.

Une féminisation progressive des effectifs
Selon les résultats présentés, les étudiants guinéens demeurent majoritairement des hommes, même si la proportion des filles a considérablement progressé au fil des années. « La part des étudiantes est passée de 18 % entre 1998 et 2003 à 39 % en 2024 », a révélé le Pr Bano.
L’étude montre également que la majorité des étudiants sont célibataires et vivent sous le toit familial ou chez un tuteur, généralement salarié du secteur public ou privé. Autre enseignement : le niveau d’instruction des parents influence fortement la réussite scolaire. Ainsi, 58 % des pères des étudiants enquêtés sont scolarisés, tandis que 53 % des mères ne le sont pas.
L’enseignant-chercheur souligne par ailleurs un « effet protecteur » de l’instruction maternelle sur la réussite des enfants. « Plus le niveau d’instruction de la mère est élevé, plus l’enfant a de chances d’arriver à l’université jeune et avec moins de redoublements », a-t-il observé.
Une montée en puissance de l’enseignement privé
L’ouvrage met également en lumière une transformation profonde du paysage éducatif guinéen, marquée par une progression continue du secteur privé. Alors qu’ils n’étaient que 8 % parmi les étudiants des cohortes 1998-2003 à avoir fréquenté une école privée avant l’université, ils sont désormais près de 74 %.

« Les étudiants sont de plus en plus scolarisés à Conakry et dans les établissements privés », a constaté le sociologue. Selon lui, cette évolution s’explique notamment par les disparités de l’offre éducative entre Conakry et plusieurs préfectures de l’intérieur du pays.
De fortes inégalités territoriales
L’étude révèle que dix-neuf préfectures du pays ne représentent que 8,49 % des étudiants enquêtés sur l’ensemble de la période étudiée. Parmi elles figurent notamment Koundara, Gaoual, Koubia, Tougué, Mali, Lélouma, Kérouané, Boffa ou encore Youmou.

Pour le professeur Bano, cette situation est directement liée à la faiblesse de l’offre éducative dans ces localités. « Là où il n’y a pas suffisamment d’écoles primaires, il n’y a pas assez de collèges, puis pas assez de lycées et, au final, très peu d’étudiants arrivent à l’université », a-t-il expliqué.
Le redoublement, un phénomène massif
L’un des constats majeurs de l’étude concerne l’ampleur du redoublement dans le système éducatif guinéen. Selon les données analysées, entre 77 % et 85 % des étudiants interrogés ont connu au moins un redoublement au cours de leur parcours scolaire, avec des pics atteignant 90 % certaines années.
Le phénomène est particulièrement marqué dans les classes d’examen, notamment à l’entrée en 7e année, au BEPC et au baccalauréat. Pour l’universitaire, cette situation est notamment liée au déficit d’enseignants dans certaines disciplines fondamentales, à l’insuffisance du suivi pédagogique ainsi qu’au faible taux de redoublement observé dans les classes intermédiaires.
Des étudiants davantage tournés vers les filières classiques
L’étude met également en évidence des choix d’orientation très marqués. Les bacheliers en sciences sociales privilégient majoritairement le droit, la sociologie ou encore l’anglais, tandis que ceux des séries mathématiques s’orientent principalement vers le génie informatique, le génie civil et les sciences économiques. Les élèves issus des sciences expérimentales, eux, continuent de privilégier les filières médicales et biomédicales.

Des conditions d’études en amélioration, mais encore insuffisantes
Selon les étudiants interrogés, les infrastructures universitaires se sont globalement améliorées au fil des années. Toutefois, les établissements privés restent mieux perçus que les universités publiques en matière d’équipements et de cadre d’apprentissage.
L’étude relève également plusieurs difficultés persistantes : insuffisance des travaux dirigés et pratiques, faible fréquentation des bibliothèques, volume de révision en baisse et manque d’ouvrages pédagogiques.
Le professeur Bano note aussi une progression significative de l’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC), avec une hausse du nombre d’étudiants possédant un ordinateur ou maîtrisant les outils numériques de base.
Une forte dépendance financière envers les familles
Concernant les conditions de vie, l’étude révèle que les étudiants restent fortement dépendants du soutien financier familial. Le transport constitue leur principal poste de dépense, devant le logement, l’alimentation, le téléphone et les frais de photocopie. Par ailleurs, près de trois étudiants sur dix exercent une activité rémunérée parallèlement à leurs études. Les emplois les plus fréquents concernent les cours de soutien, les activités numériques, les cybercafés, les motos-taxis ou encore le commerce informel.
De la vie affective des étudiants
Selon l’auteur, la vie affective est surévaluée chez les garçons et sous-évaluée chez les filles. “Les étudiants, les garçons disent qu’ils ont entre 4 et 6 copines, les filles c’est 0 ou 1, rarement 2. L’usage de préservatifs est en baisse”, révèle l’ancien ministre.

Essentiellement, ajoute Pr. BANO, quand on regarde les données, on se rend compte que chaque année qui passe, la proportion d’étudiants utilisant des préservatifs dans les rapports sexuelles est en train de baisser. “Les garçons et les filles n’utilisent pas les préservatifs de la même façon. Les garçons n’utilisent les préservatifs que lorsque la fille le demande”, a-t-il souligné.
Selon le chercheur, les filles n’utilisent le préservatif que dans deux cas. “Lorsque celui avec lequel elle entretient des relations sexuelles n’est pas régulier, il n’est pas âgé. Ou lorsque celui avec lequel elle entretient des relations est très âgé, cheveux blanc comme moi.”
Une contribution majeure à la sociologie de l’éducation en Guinée
Pour son auteur, cette recherche constitue l’une des premières analyses longitudinales consacrées aux étudiants guinéens sur une période aussi longue.Elle met en évidence une privatisation croissante de l’enseignement secondaire, une réduction progressive du nombre d’universités privées ainsi que la persistance de profondes inégalités territoriales dans l’accès à l’enseignement supérieur.
« Cette étude confirme l’existence de mécanismes de reproduction sociale et le renforcement des inégalités entre Conakry et l’intérieur du pays », a conclu le professeur Alpha Amadou Bano Barry.
Réparti en cinq parties, l’ouvrage « Parcours scolaires, conditions d’étude, de vie et de travail des étudiants guinéens » propose une analyse approfondie de l’évolution des étudiants guinéens entre 1998 et 2024. Le livre est disponible sur Amazon et auprès de la maison d’édition Harmattan Guinée.
Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 6 juin 2026 17:35Nous vous proposons aussi
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