Les confidences du Dr Morissanda Kouyaté : « Ce que j’ai dit à l’Union Européenne… »
CONAKRY-Le ministre guinéen des Affaires Étrangères, de l’Intégration Africaine et des Guinéens Établis à l’Étranger vient de boucler une mission à Bruxelles où il a été reçu au siège de l’Union Européenne. Dans un entretien accordé à Africaguinee.com, Dr Morissanda Kouyaté a levé le voile sur le contenu des échanges qu’il a eu avec certains responsables européens. De la transition en cours, mais aussi des défis liés à l’immigration irrégulière,
le chef de la diplomatie guinéenne dit tout sur la position de la Guinée. Entretien exclusif.
AFRICAGUINEE.COM : Vous venez de boucler une mission au siège de la Commission Européenne à Bruxelles. De quoi avez-vous échangé avec les responsables européens que vous avez rencontrés ?
DR. MORISSANDA KOUYATÉ : Nous avons parlé de la convergence de vue entre l’Union européenne et la Guinée et l’appréciation de la conduite de la transition. Nous avons aussi parlé de coopération bilatérale et de développement du pays, parce que les populations ont besoin de développement d’abord avant tout autre chose.
Quels résultats avez-vous obtenu ?
Après avoir eu des échanges avec les différentes directions et avec le vice-président de la Commission de l’Union européenne, ils ont annoncé une enveloppe de 238 millions d’euros pour la Guinée. C’est un montant important. Aujourd’hui, nos relations se raffermissent avec l’Union Européenne. Et comme je l’ai dit, chacun de nous doit jouer sa partition.
La Guinée doit jouer sa partition en tant que pays stable dans une sous-région agitée, comme l’a dit M. Hans Stausboll. Donc, il y a eu non seulement des ressources qu’on a obtenues, mais il y a eu aussi un dialogue apaisé, franc, et nous nous sommes appréciés les uns, les autres.
Le fait d’être reçu par l’Union européenne et écouté est très important. Et, j’ajoute qu’il y a une chose extrêmement importante. C’est que le discours tenu par le chef de l’État à la tribune des Nations-Unies a été très apprécié à l’UE. C’était un discours de refondation, de vérité.
Donc, en termes de résultats, on peut résumer en deux points : C’est que le dialogue avec l’UE se déroule très bien, les deux parties s’apprécient. Et en termes de ressources, nous avons eu l’annonce de ces 238 millions pour la Guinée.
La délégation de l’Union Européenne a ouvert cette semaine à Conakry les bureaux du Centre Européen d’Appui Électoral (ECES). Qu’est-ce que l’UE a promis en termes d’appui dans le cadre du processus du retour à l’ordre constitutionnel ?
Nous avons parlé de tout. C’est pour ça que nous sommes heureux de voir qu’il y a un appui pour les populations. C’est vrai qu’on est en train de travailler pour des échéances et tout, mais pour nous ce n’est pas une fixation. La fixation c’est le bonheur du peuple de Guinée. Et cela passe par tous les niveaux : social, économique et politique. J’ai expliqué ça. Et je pense que, nous avons été compris. Parce que, se concentrer sur des points précis et oublier le reste, alors que le problème est global, on risque de passer à côté. Donc, on ne peut pas rechercher des résultats au cas par cas. Il faut traiter les choses globalement.
L’autre défi, c’est celui de l’immigration. Qu’est-ce vous êtes dit à propos ?
Vous savez, quand les guinéens ont eu des problèmes en Tunisie, au Soudan ou dans d’autres pays à travers le monde, la Guinée n’a pas attendu l’OIM (organisation internationale pour les migrations) ni l’UE (Union européenne) pour agir. Le chef de l’Etat a affrété un avion qui est parti avec moi-même. Et il a fait dix voyages entre la Tunisie et la Guinée pour ramener nos compatriotes. Pour le cas du Niger, il y a encore dix voyages qui sont prévus. Donc dix convois vont venir, des convois de 100 personnes.
Le message que j’ai fait passer, c’est que oui, l’immigration est un phénomène dangereux, grave, mais c’est encore plus grave pour la Guinée qui perd ses ressources humaines. Donc, ce que j’ai dit à l’Union Européenne, c’est que nous, nous ne considérons pas ça comme un fonds de commerce. Nous sommes d’abord responsables de nos compatriotes. Maintenant, si l’UE qui est considérée comme celle qui reçoit des migrants, si elle se dit oui, c’est un phénomène chez moi, nous sommes d’accord. Mais nous ne voulons pas en faire un fonds de commerce.
C’est le langage de responsabilité que j’ai tenu devant eux. Et maintenant, on va travailler ensemble autour de cette question. La Guinée considère que ce sont ses ressources humaines, ses bras valides qui partent. Et s’ils ont des problèmes à l’extérieur, nous avons le devoir de les ramener. Maintenant si un pays ou une organisation se sent concernée et s’associe à nous, d’accord, mais d’abord, c’est nous qui tenons la barque.
Vous savez que par le temps passé, l’Etat se recroquevillait derrière l’OIM, l’UE etc, ça rend irresponsable. Cela ne résolvait pas le problème. Nous, nous prenons le problème à bras le corps, parce que moi je suis chargé des guinéens à l’extérieur. Donc, dès qu’un guinéen sort, il est considéré comme un guinéen établi à l’extérieur. Nous devons prendre soin d’eux. C’est la priorité numéro 1 chez nous. C’est dans ce cadre d’ailleurs que le président de la République a racheté une nouvelle chancellerie à Bruxelles. Elle est située dans le quartier huppé diplomatique de Bruxelles. Donc, je leur ai dit que la Guinée jouera une partition responsable face à ce phénomène.
Quel est votre dernier message ?
Pour terminer, je voudrais remercier son Excellence Dr Jolita Pons, ambassadrice de l’Union Européenne auprès de la République de Guinée, pour son implication dans la préparation et le déroulement de cette mission. Je remercie aussi tout le personnel de l’ambassade de la République de Guinée à Bruxelles.
Entretien réalisé par Boubacar 1 Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 28 octobre 2023 18:00Nous vous proposons aussi
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