Le kilos de viande à 75 000 GNF à Conakry: flambée des prix, manque de cash…l’Aïd à l’épreuve de la conjoncture
À la veille de la fête marquant la fin du mois de Ramadan, les préparatifs vont bon train. Si l’enthousiasme des fidèles reste intact, un dénominateur commun vient assombrir le tableau cette année. De Conakry à Boké en passant par Kindia, la combinaison d’une crise de liquidité aiguë et une envolée des prix modifie drastiquement les habitudes. Reportage.

Conakry, le kilo de viande franchit la barre des 75 000 GNF
Dans la capitale, la hausse du prix de la viande rouge se confirme et pèse lourdement sur le panier de la ménagère. Depuis ce mardi 17 mars 2026, le kilogramme est passé de 70 000 à 75 000 GNF dans plusieurs marchés. Au marché de Cosa, les bouchers tentent de se justifier face à l’agacement des clients.

« On n’a pas augmenté par plaisir. Le prix du bétail a augmenté. Si on ne suit pas, on travaille à perte », explique Mamadou Samba Camara, boucher.
Même son de cloche chez Abdoulaye Diallo, qui pointe du doigt la rareté des ressources. « C’est la conjoncture », justifie-t-il.
Cette pénurie locale s’explique par un changement profond des circuits d’approvisionnement. Selon un acteur de la filière sous anonymat, l’interdiction de la transhumance en Guinée oblige désormais les commerçants à se ravitailler jusqu’au Mali, en Côte d’Ivoire ou au Sénégal, faisant grimper les coûts de transport et le prix final.
Kindia, un marché plein mais qui souffre d’un manque de « cash »
Dans la « cité des agrumes », le grand marché offre un spectacle d’effervescence inhabituelle. Pourtant, derrière cette vitrine festive, l’accès à l’argent liquide est devenu un véritable parcours du combattant. La panne sèche des services de transfert mobile paralyse les échanges.

« Le problème, c’est l’impossibilité de faire des retraits via Orange Money. Il y a des clients, mais pas d’argent disponible », déplore Mariam Koulibaly, revendeuse.
Même les acheteurs ayant réussi à négocier les prix des habits de fête se retrouvent bloqués à l’étape du paiement. « Le vrai défi est de trouver un kiosque qui a de la liquidité », témoigne Amarante Sylla.

Cette crise financière s’accompagne aussi d’une crise structurelle. À la boucherie centrale de Kindia, le bœuf se fait si rare (à cause d’exportations vers la Sierra Leone et de maladies animales) que les foyers se replient massivement sur le poulet, malgré un prix grimpant à 75 000 GNF.

Boké, l’esthétique relégué au second plan
Autre agglomération, autre réalité. Dans la ville minière de Boké, la crise de liquidité frappe un secteur d’ordinaire florissant en période de fête : l’esthétique. Ici, la coiffure est devenue un luxe secondaire.

Sékou Coumbassa, coiffeur depuis 1999, ne cache pas son amertume : « Les clients viennent à contre-cœur. Je suis obligé de faire des coiffures simples et de diminuer mes tarifs pour les aider. » Sur l’axe Boké–Sangaredi, le constat est identique : la rareté du cash oblige les chefs de famille à prioriser l’essentiel — la nourriture — au détriment de l’apparence.

Une fête sous le signe de la résilience
Face à cette conjoncture, les consommateurs s’adaptent souvent à contrecœur. À Conakry, des clients comme Fatoumata Sy ou Ibrahima Konaté avouent réduire leurs quantités : « Avant, je pouvais acheter deux kilos. Aujourd’hui, même un kilo ça fait réfléchir », confie la première.

Que ce soit à Conakry, Kindia ou Boké, l’esprit de l’Aïd el-Fitr tente de survivre. L’enjeu pour les fidèles reste de célébrer la fin du mois saint dignement, malgré des portefeuilles vides et des circuits financiers saturés.

L’Équipe de rédaction
Créé le 18 mars 2026 15:58









