La famille du Colonel Pivi implore le Général Doumbouya: ‘‘Qu’il montre aux guinéens le chemin du pardon…’’

Le colonel Claude Pivi, image d'archive

CONAKRY- Le 31 juillet 2025 marquera un an depuis la condamnation des accusés dans l’affaire des événements tragiques du 28 septembre 2009. Parmi eux, le Colonel Claude Pivi, ancien ministre chargé de la sécurité présidentielle sous le CNDD, reconnu coupable de crimes contre l’humanité par le Tribunal crimnel de Dixinn. Il avait écopé de la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 25 ans, une peine qu’il purge à la prison civile de Coyah.

Alors que l’anniversaire de sa condamnation approche, sa fille, Zena Grâce Pivi, prend la parole. Au-delà de l’inquiétude pour la santé de son père emprisonné, elle adresse un message fort au président Mamadi Doumbouya. Elle l’exhorte à incarner le pardon et la réconciliation nationale, un geste qu’elle estime essentiel pour l’unité de la Guinée avant les prochaines échéances électorales, tout en demandant la libération de son père, de son frère et de son cousin. Dans un entretien empreint d’émotion, elle évoque chez Africaguinee.com, la douleur de la famille et la détérioration de la santé de son père.  (Interview)

AFRICAGUINEE.COM : Le 31 juillet 2025 marquera un an jour pour jour depuis la condamnation de votre père par le TPI de Dixinn pour les événements du 28 septembre 2009. Comment votre famille vit-elle cette situation aujourd’hui ?

ZENA GRÂCE PIVI : Nous sommes abattus, surtout nous ses enfants. Mais on tient le coup parce que, dans tous les cas, on a été élevés par un père exemplaire, brave et courageux. Nous utilisons le même courage pour que les choses aillent mieux pour nous, même à son absence. Mais moralement, nous sommes très angoissés et désespérés. Pas pour nous-mêmes, mais pour l’état de santé de notre père, qui est l’aspiration de toute une famille. Surtout que c’est un père qui joue le rôle de père et mère pour ses enfants. Donc aujourd’hui, sans vous mentir, la famille entière est affligée pour son état de santé.

Justement, parlant de son état de santé, comment il se porte aujourd’hui en prison ?

Pour sa santé, il est sous traitement et bien entretenu. Mais il irait encore mieux s’il vivait entouré de sa famille avec le traitement qu’il faut. Quelle que soit la vie d’un prisonnier, chaque individu doit mettre en tête que quelle que soit la beauté ou les bonnes conditions de vie d’un prisonnier, la prison reste toujours la prison. Une personne ne peut jamais aller mieux étant emprisonnée, surtout notre père à son âge de soixantaine. Vraiment, la situation reste alarmiste.

En plus, mon petit frère et mon cousin sont aussi portés disparus depuis l’enlèvement de notre père. Donc actuellement, il doit se blâmer dans sa cellule pour ça. Un père ne peut pas être indifférent en sachant que son enfant est porté disparu à cause de lui. Il va s’en vouloir pour ça. Cela ne va pas l’aider à recouvrer vite sa santé, sincèrement.

La dernière fois, vous aviez lancé un appel aux autorités. Où en est-on dans cette démarche aujourd’hui ?

Pour le moment, le cas du petit frère et de mon cousin ainsi que pour la libération, la clémence et le plaidoyer qu’on avait demandé à la justice, jusqu’à présent, il n’y a pas eu une suite favorable. Mais nous restons toujours à l’écoute en gardant l’espoir que les autorités prendront en compte nos inquiétudes. Nous continuons à espérer que la justice réexamine la sentence de notre père et en plus, libérer mon petit frère et mon cousin, qui ne sont que des enfants avec des CV vierges. Parce que la responsabilité pénale ne peut être reconnue qu’à l’encontre de la personne qui a commis l’infraction. Donc je pense que la justice va nous aider à retrouver ces deux jeunes innocents, selon la loi.

Colonel Claude Pivi à la barre

Est-ce que votre papa a au moins accès à son médecin ?

Oui, il a accès à un médecin, il a accès à ma petite sœur, l’une de ses filles qui le rend visite à chaque fois. Mais à part ça, non, pas d’autre chose et sa santé reste à désirer. Comme je l’ai dit : la prison reste toujours la prison.

Quel appel avez-vous aujourd’hui à lancer à l’endroit du général Mamadi Doumbouya ?

Mon message au président de la transition, le général Mamadi Doumbouya, est de lui faire comprendre que tout le combat que les enfants du colonel Claude Pivi sont en train de mener aujourd’hui, c’est parce que nous croyons sincèrement en l’innocence de notre père, moi personnellement. Mais je pense que la question n’est plus au niveau de distinguer qui est coupable ou qui est innocent dans le procès du 28 septembre. La question est de demander d’abord pardon aux Guinéens, prier pour le repos de l’âme des illustres disparus et nous, les enfants du colonel Claude Pivi, demandons la clémence du président pour accorder la libération à notre père.

En tant que président, il n’a qu’à montrer aux Guinéens le chemin du pardon, qu’il arrive à rassembler les citoyens pour une Guinée unie, pour que la population s’engage pour une réconciliation générale. Il faut que le président soit le premier à pardonner les erreurs commises inconsciemment par certains citoyens. Je pense que les citoyens pourraient prendre exemple sur lui et voter pour la paix. Et cela est nécessaire avant les élections présidentielles.

Il y a eu des chefs d’État qui ont promis d’unir les citoyens Guinéens, mais qui ont échoué. Ils ont même intensifié la situation. Donc si le général Mamadi Doumbouya arrive à relever ce défi, ce sera un pas dans l’histoire de la Guinée, que les Guinéens ne pourront jamais oublier. En tant que président, qu’il montre que tous les Guinéens sont égaux. Que personne ne profite de la relation entre lui et le président pour régler ses comptes avec un autre citoyen Guinéen.

Quel message avez-vous pour votre papa ?

Colonel Claude Pivi
Claude Pivi, image d’archive

Je sais qu’il ne va peut-être pas me lire, vu qu’il n’est pas en possession d’un appareil là où il est. Mais qu’il tienne bon. Nous, ses enfants, nous croyons en son innocence et nous gardons l’espoir qu’il va retrouver sa libération un jour, qu’il va retrouver sa santé aussi un jour. Donc qu’il tienne bon, que nous l’aimons. Nous sommes prêts à faire tout pour lui.

Moi, je demande pardon à tous les Guinéens, que les Guinéens pardonnent les événements du 28 septembre 2009 pour que la Guinée se réconcilie. Nous sommes une famille. La Guinée doit se réconcilier.

Propos recueillis par Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

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Créé le 28 juillet 2025 05:20

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