King Salaman : “Le Foutah est avec le président Mamadi Doumbouya…”
CONAKRY-Dans une interview exclusive accordée à Africaguinee.com, l’artiste guinéen King Salaman se livre sans filtre sur les coulisses de la réconciliation de Banlieuz’Art. Souleymane Sow revient également sur son engagement en faveur du Général Mamadi Doumbouya, et l’incident lié aux abeilles de Mamou. Entre prophétie, patriotisme et révélations inattendues, King Salaman répond à ses détracteurs et clarifie sa position.
AFRICAGUINEE.COM : Vous êtes l’un des rares artiste qui a tourné son clip sur l’axe pour soutenir le général Mamadi Doumbouya. Pourquoi ?

KING SALAMAN : Je crois que ce n’est pas de l’audace, mais de l’engagement, de la dignité et de la noblesse. C’est l’essence même de l’être humain. Dis-moi mon ami, comment puis-je me mettre devant une télévision nationale, suivie par des millions de personnes, m’engager, dire quelque chose et ne pas le faire ? Qui serais-je dans ce cas ? Un vendu, un lâche. Dans ce cas, ma parole ne serait jamais respectée. Parler sans agir, ce n’est pas King Salaman. Ce que je veux dire, c’est que ce n’est pas de l’audace.
Je ne suis pas un robot. Je suis un être humain. Mais sans vous mentir, j’avais des palpitations ce jour-là. Mais je n’ai pas peur. La peur et la palpitation peuvent commencer par la même lettre « p », mais c’est différent. Je ne sais pas ce que vous appelez la peur. Pour moi, ce que vous appelez « peur » est une force. J’ai peur à chaque seconde de ma vie.
Quel était votre état d’âme lorsque vous tourniez votre clip sur l’axe ?
Le jour-là, mon état d’âme ne comptait plus. En revanche, c’est l’âme de mon État qui était privilégiée ce jour-là. Je ne contrôle pas mon état d’âme, il est avec le « Koune, Faya Koune ». Mais l’âme de mon État, c’est-à-dire la façon dont je me trouvais, la direction que je prenais, l’engagement que j’ai pris, ça, c’est mon État. C’est moi. C’est l’âme de tout ce que je suis. C’est ce jour-là que j’ai compris que je n’avais pas tort de toujours marcher avec Dieu.
Et n’oubliez pas que cet axe dont nous parlons est « pularisé ». Alors, je me suis posé une question : « Est-ce que je suis Peul du Mali, du Burkina ou Peul Chinois ? ». Je me disais : « De toute façon, je ne suis pas Congolais ». C’était une excuse que je me trouvais pour pouvoir au moins poser un pied après l’autre, car il fallait que je respecte ma parole en tant que Guinéen, en tant que Sow, en tant que Camara, Bangoura, Doumbouya, Tolno, Cissé, Kamano, toutes les ethnies du monde. En tant que Guinéen encore, il fallait que j’y aille. Et je savais qu’une seule chose était claire dans ma tête : « à la vie, à la mort ». Soit je vais, je reviens, soit je vais et j’y reste. Bon, voilà. Je parle trop, mais je crois que vous savez lire entre les lignes. Boom !
Après avoir chanté pour le président de la transition, quelle récompense avez-vous eue ?
Comme je le disais autrefois, j’ai d’abord la Guinée en cœur. Je ne l’ai pas fait pour recevoir de grosses cylindrées. Ma récompense, c’est déjà la Guinée, les Guinéens. Quant au matériel, ne soyons pas lâches. Tout le monde sait ce que King Salaman a reçu. La vérité, je la mets en avant : je ne l’ai pas fait pour quelque chose. Je l’ai fait parce que je suis un patriote. Je n’ai pas reçu une grosse cylindrée non plus. Wa salam. Et je remercie Dieu, le président Mamadi Doumbouya et toute son équipe.
Que répondez-vous à vos détracteurs qui vous traitaient de lâche et qui vous ont insulté pour avoir chanté pour le président de la transition ?

Je dis « alhamdoulillah, mashallah ». Ce que nous voyons aujourd’hui, certains le verront demain, après-demain, ou dans deux ou trois mois. Je ne vais pas tourner autour du pot. Vous parlez de certains de mes compatriotes. Je crois qu’aujourd’hui, les points ont été mis sur les « i ». Tout le monde, même le Foutah Djallon est avec le président Mamadi Doumbouya. Donc, du coup, pour moi, ce n’était pas des injures que j’ai reçues jadis, c’était des bénédictions.
C’est une prophétie. Aujourd’hui, il n’y a pas d’ethnies qui tiennent en Guinée. Il n’y a pas de limites, il n’y a pas de bornes. Nous sommes tous un et indivisibles. Tous les quatre coins du pays sont unanimes et tout le monde va dans la même direction, avec le même vent. Nous, en tant que prophètes, mashallah, nous transmettons les messages. Et nous savons très bien que nous serons lapidés, insultés, chassés, rejetés, dévalorisés. Quand le citoyen lambda s’en rendra compte, il trouvera que la prophétie est déjà passée.
Comment pourrais-je prendre ces pierres pour de la méchanceté ? Toutes ces injures, toutes ces méchancetés ne sont pour moi que des bénédictions. Ça n’a pas commencé avec moi. C’est de la musique. C’est sincère, ce que je fais, ce que nous faisons, avec mon meilleur Konko Malela. Mon nom est indivisible.

Nous avons vu, quelle que soit la religion de chacun de nous, que les prophètes sont venus, sans biens, sans matériel. Ils ont reçu toutes les injustices et les injures du monde, mais leur parole divine est restée indivisible jusqu’à nos jours. Ce n’est pas pour nous jeter des fleurs ou essayer de nous mettre, nous les artistes, sur un piédestal. Mais je crois que nous avons la prophétie. Donc, nous insulter, nous cracher dessus et nous chasser, tout cela est clair. Cela veut tout simplement dire que j’ai pris ça pour des bénédictions.
Voilà pourquoi je n’ai pas daigné répondre à quiconque. C’est une prophétie. Je savais que propager la mission divine ne serait pas sans embûches. Voilà, je n’ai reçu que des fleurs à la place des pierres et des bisous à la place des injures. Dieu merci, la Guinée a enfin l’amabilité, la capacité, l’effort et surtout la volonté de s’écouter et de voir la vérité en face.
Parlez-nous de votre réconciliation avec Marcus Garvez ?
Oh non, ce n’est pas une réconciliation, c’est une mise en scène, ils se sont amusés. Ces deux-là, ils sont amoureux, King Salaman et Marcus Garvez…
Si on comprend bien, il n’y a pas eu de réconciliation, alors ?
Je veux dire par là qu’il n’y a jamais eu de séparation, ni de rupture. Il y a eu des malentendus. Le diable se trouve dans les détails. Il n’y a que Mohamed qui est parfait. En tout cas, quelle que soit la raison de chacun de nous deux, ça n’arrange personne et ça n’arrange même pas le pays que nous soyons dos à dos au lieu d’être face à face. C’est prouvé. Toi, tu as des preuves, moi, j’ai la certitude. Et voilà ce qui fait de lui et moi des ouvriers éternels pour cette nation. Ça n’arrange même pas le pays. Il n’y a pas que lui et sa famille, ou moi et la mienne. Nos égos sont minimes, nos égos n’existent pas dans ce débat.
Et quelles sont vos relations en ce moment ?
C’est simple. Nous reprenons le trône qui était vacant, tout simplement. Lorsque Dieu a fait ce qu’il avait à faire, que Satan a œuvré, et que les Guinéens ont œuvré, chacun de nous a œuvré. Il paraissait que Banlieu Z’art était mort, que ça n’existait plus, que c’était tombé. Chacun peut trouver son mot, mon ami, chacun son professeur de français. Le trône que Banlieu Z’art a laissé était vacant, c’est-à-dire que le trône était en vacances. Depuis tout ce temps, ça tournait autour. Le roi est revenu. Les rois sont juste revenus prendre le trône.
C’est quoi ce trône ?

C’est le rouge, jaune, vert. Jamais un groupe n’a fait une rupture ici qui a failli déchirer le tissu social. Je ne m’en vante pas, loin de moi cette idée, humble que nous sommes. Il n’y a qu’à voir ou à écouter les gens. Je te l’avais dit, le diable se trouve dans les détails… Moi, en tout cas, d’après ce que j’ai compris dans ma vie, je n’ai aucun intérêt à gâter ce groupe-là. Ce groupe ne m’appartient pas, c’est un patrimoine national.
Du coup, je sais que mon ami Marcus Garvez aussi est dans le même esprit. Nous ne sommes donc que des ouvriers. C’est une machine qui ne doit pas s’arrêter et chacun a son poste. Quand Dieu a partagé tout ceci, voilà un bureau ou une entreprise. C’est le petit coin du pays où Abdoul-Aziz et Souleymane ont été fédérés pour se battre. Nous allons sortir des albums solo et, au mois de décembre, le groupe Banlieue Z’art va sortir un nouvel album de retour sur la scène.
On vous a vu aussi à Mamou lors d’une manifestation de soutien au président Doumbouya. Lorsque vous étiez sur le podium, on vous a demandé de céder le micro. Apparemment, vous avez refusé. Dites-nous, qu’est-ce qui s’est réellement passé ?
“Je ne débarque pas comme ça dans un événement et je prends le micro après tant d’années d’expérience. De plus, c’était un événement d’État, pas un concert. C’était un événement présidentiel. Cela fait des années que nous avons même arrêté de venir attendre dans les coulisses. Pour l’événement de Mamou, on nous a dit que c’était à 9 heures et qu’il fallait que j’annonce Banlieuz’art pour que je puisse partir. J’ai donc été annoncé.
Mais vous savez, j’appartiens à un groupe, même si ma plume m’appartient, ma carrière ne m’appartient pas. J’ai attendu plus de longues heures avant qu’on ne me dise : « King Salaman, habille-toi et on y va ». Quand je suis arrivé, ils m’ont annoncé sur scène alors que le général Amara devait faire son discours. Moi, j’étais là pour amuser et égayer le public et le général Amara pour tenir un discours. Ce n’était pas la même chose. On aurait dû attendre la fin du discours du général Amara pour dire : « King Salaman monte sur scène ».

Je ne suis pas monté pour arracher le micro à quelqu’un, on m’a annoncé, je suis monté et j’ai commencé à jouer. C’est à ce moment-là qu’on a coupé ma musique pour dire que le général Amara devait faire son discours.
Ce n’était un boycott de ma part. Ça ne passe pas avec moi. Je me prends pour qui pour dire que le général ne passe pas avant moi ? Je ne vais pas me mettre en duel avec le général Amara, que Dieu m’en garde ! On me coupe le micro en plein exercice de mes fonctions. Ils ont toujours essayé de me mettre du côté du feu… mais le « Koun faya koun » (expression coranique qui décrit la création divine, où Dieu, par sa volonté, crée toute chose instantanément) m’a montré que c’est de ce feu que jaillira mon eau potable et fraîche.
J’ai dit OK, je laisse le général tenir son discours et, dès qu’il a fini, on me dit que je ne joue plus. Ils ont continué avec la liste en appelant l’artiste suivant. Voilà l’histoire. Mais demandez aux gens de Mamou, dès qu’ils m’ont provoqué, ils se sont croisés avec des abeilles. Tout le monde sait que je sais jouer, tu m’as provoqué et te voilà en confrontation avec les abeilles.
Interview réalisée par Yayè Aicha Barry et
Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 17 août 2025 16:39Nous vous proposons aussi
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