Kindia : insalubrité, vétusté des bâtiments, l’unique abattoir de la ville a besoin d’être sauvé

KINDIA- Construit en 1995, au temps de feu Général Lansana Conté, l’unique abattoir de la ville de Kindia est dans un état de dégradation très poussée. Les conditions d’hygiène n’y sont pas respectées. La situation est préoccupante pour les autorités.

Depuis plusieurs années, les activités se font sur des rochers (sous la pluie ou sous un soleil de plomb). Une triste réalité que déplore Dr Tidiane, responsable Santé animale, chargé de la supervision des conditions d’abattage à Kindia. 

Chaque jour les travaux démarraient ici à 5 heures, mais dans un passé relativement récent il a été décidé d’attendre qu’il fasse jour pour permettre à tout le monde d’être présent. À 80 mètres de l’abattoir se trouve un pont unique, voie d’accès au site, malheureusement, il est en passe de céder sous le poids de l’âge et de l’intensité du trafic a constaté un journaliste d’Africaguinee.com qui y a fait un tour.

Depuis trois semaines, les camions chargés du bétail en provenance des marchés hebdomadaires ne peuvent pas arriver à l’abattoir. Un calvaire que tente d’expliquer Alpha Boubacar Barry.

  » J’ai commencé à fréquenter ici en 1998. À l’époque, je venais avec mes frères qui y amenaient les bœufs chaque matin. A ce moment, chacun gardait ses animaux chez soi et venait avec le jour de l’abattage. Cela fait plus de trois ans que nous sommes en train d’alerter sur le cas de ce pont, malheureusement nous ne sommes pas écoutés par les autorités. Avant l’élection de mon père à la tête de la fédération des éleveurs, c’est son grand-frère qui gérait ici. Celui-ci avait tout fait jusqu’à sa mort mais les autorités n’ont jamais fait face à la situation de notre abattoir. Comme vous le constatez déjà, nous partons jusqu’à Madina Oula pour acheter les bœufs mais depuis trois semaines, les camions se limitent de l’autre côté de l’unique ouvrage de franchissement. Nous sommes obligés de payer des frais supplémentaires pour conduire les animaux à l’abattoir. Après l’abattage, nous sommes contraints de transporter la viande sur plus de 80 mètres pour l’embarcation« , a-t-il déploré.

 

Direction la zone d’abattage. De loin on aperçoit des maisons vétustes et des hangars inondés parce que riverain d’un marigot. De par leurs plans architecturaux, sans difficulté aucune on se rend compte que ce sont des bâtiments qui servent d’abattoir mais abandonnés depuis plusieurs années. Ils ne servent donc plus à rien. Pour éviter tout arrêt des activités entraînant une pénurie de viande à Kindia, les responsables de la coopérative des bouchers et le service de contrôle des conditions d’abattage ont trouvé un plan B qui a rendu opérationnel un nouveau site d’abattage, mais les conditions de travail sont trop risquées et sont les plus difficiles, selon Dr Tidiane.

 » Nous faisons l’abattage dans des conditions difficiles. Nous sommes obligés de le faire sur des rochers parce que les hangars sont inondés. On ne peut plus y travailler comme il le faut. Compte tenu de cette situation, nous avons choisi ces rochers et avons mis du ciment pour pouvoir y travailler en attendant l’aide du gouvernement. Nous travaillons dans des conditions assez difficiles. Nous n’avons pas de hangar pour nous abriter contre le soleil ou la pluie. Nous faisons le travail à l’air nue. Ici, il y a un manque d’hygiène, parce qu’après l’abattage, on fait le lavage à l’air libre. Pendant la nuit, des animaux peuvent passer puisque ce n’est pas clôturé. Voyez-vous le risque ? Quand le travail finit, on fait le lavage mais en saison pluvieuse, l’endroit est inondé. Mon rôle est d’inspecter la viande afin d’extirper celle de mauvaise qualité du circuit qui conduit à la consommation. Nous veillons donc à ce que ne soit livrée à la population que de la viande saine pour la consommation », a-t-il déploré. 

Ce calvaire des marchands de bétails et bouchers remonte à plusieurs années en arrière. Ils ont toujours reçu la visite des chefs qui se sont succédé à la tête du département chargé de l’élevage. Malheureusement, les promesses tenues n’ont jamais été réalisées regrette Mamadou Djouma Barry, vice-président de la coopérative des bouchers de Kindia. Pour cette raison, il demande aux autorités de la transition de faire face aux difficultés auxquelles ils sont confrontés au quotidien.

 » Comme nous sommes délogés par l’eau de la rivière, on a jugé nécessaire de venir travailler sur les rochers-là et aménager un site d’abattage afin d’avoir au moins un cadre de travail plus ou moins acceptable. On a fait des démarches auprès des autorités qu’on a reçues ici et qui ont tenu des promesses, malheureusement celles-ci n’ont pas été réalisées. Presque tous les Ministres qui se sont succédés à la tête du département de l’agriculture et de l’élevage sont venus ici et ont fait des promesses. Nous demandons une fois encore aux autorités de la transition de nous aider », plaide-t-il.

Si rien n’est fait dans l’urgence, le pont qui relie le site d’abattage à la ville de Kindia pourrait céder. L’unique abattoir serait donc isolé du reste de la ville. Si un tel scénario arrivait, il provoquerait un arrêt momentané des activités, une pénurie de viande et la hausse du prix du kilogramme de viande serait inévitable avertit le président de la coopérative des bouchers.

 

Sayon Camara

De retour de Kindia

Pour Africaguinee.com

Tel: (00224) 625 254 656

 

Créé le 10 juillet 2024 10:46

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