Kankan : Sur les traces de l’école de Dabadou, une mémoire oubliée de la Guinée
Fleuron de l’éducation et de l’administration publique à l’époque coloniale et sous la Première République, l’école de Dabadou, située dans le quartier éponyme à Kankan, n’est plus que l’ombre d’elle-même.
Cet ancien temple du savoir, qui a vu défiler plusieurs générations de l’intelligentsia guinéenne, est aujourd’hui en ruines, victime d’un abandon progressif.

Dès le premier regard, le spectacle est accablant : toits éventrés, murs lézardés par le temps, salles de classe englouties par une végétation envahissante. Jadis vibrant du savoir et des ambitions de la jeune Guinée indépendante, ce lieu est devenu un vestige oublié. Pourtant, entre ces murs, furent formés de nombreux hauts fonctionnaires, enseignants et journalistes, dont plusieurs figures emblématiques de la RTG, sous le régime du feu Ahmed Sékou Touré.
« Les Dabadins », ces cadres qui ont façonné la Guinée !
Billy Nankouma Sidibé, témoin de cette époque révolue, se souvient avec nostalgie :
« Après le départ des colons, Dabadou a été choisi par le premier régime d’Ahmed Sékou Touré pour former rapidement des cadres guinéens. Macenta faisait partie des sites sélectionnés, mais n’a pas connu le même essor. Les diplômés de Dabadou, surnommés ‘les Dabadins’, occupaient des postes clés dans l’administration publique. Il était difficile de trouver un ministère où l’on ne comptait pas un ancien de cette école. Feu El Hadj Boubacar Biro Diallo, ancien président de l’Assemblée nationale, en fut le premier directeur. Après lui, plusieurs autres responsables ont marqué l’histoire de l’établissement », explique-t-il.
Entre mutations et déclin : le témoignage des anciens
Mory Sangaré, ancien élève de l’institution, retrace avec amertume son évolution :
« Cette école s’appelait d’abord l’École normale élémentaire, avant de devenir l’École supérieure de Dabadou, puis l’ENI. Chaque changement de nom reflétait une transformation de son rôle dans le système éducatif guinéen. Cet établissement a formé des cadres de premier plan, des collaborateurs de la présidence, des enseignants, des journalistes… À l’époque, les meilleurs élèves y étaient admis, et Sékou Touré avait mis en place un régime d’internat avec des outils pédagogiques fournis gratuitement. Mais aujourd’hui, voir ce lieu à l’abandon est un véritable crève-cœur », regrette-t-il.

Un patrimoine historique en péril !
Les derniers vestiges encore debout rappellent que Dabadou fut un foyer d’excellence et le premier vivier d’enseignants guinéens après l’indépendance. Mais l’état de dégradation avancée menace d’effacer à jamais cette mémoire collective.
Aujourd’hui, l’École de Dabadou est sous la gestion de l’Église catholique de Kankan. Un destin ironique pour un lieu qui incarnait jadis l’ambition éducative d’une nation. Tandis que les témoignages des anciens résonnent comme un appel à préserver ce pan de l’histoire guinéenne, l’urgence est là : faut-il laisser ce patrimoine disparaître dans l’oubli ou agir pour sa réhabilitation ? Une interrogation que devraient répondre les autorités, notamment le ministère de l’enseignement pré-universitaire et de l’alphabétisation.

Facely Sanoh
Correspondant régional
D’Africaguinee.com
A Kankan
Créé le 3 avril 2025 13:48Nous vous proposons aussi
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