Kamsar : plongée au cœur de l’Hôpital ANAIM, entre modernisation du plateau technique et ambition de reconquête
KAMSAR- Créé en 1973, l’Hôpital ANAIM de Kamsar est dans la dynamique de reconquérir son statut de structure sanitaire de référence en Guinée. Lors d’une immersion en son sein, responsables, médecins et partenaires ont détaillé les transformations engagées, les nouveaux services ouverts, les équipements acquis et les grands projets en cours.
De la rénovation des bâtiments à l’amélioration du plateau technique, en passant par la formation et le recrutement de spécialistes, l’Hôpital ANAIM de Kamsar est en mutation. L’objectif est d’améliorer la qualité des soins et réduire les évacuations sanitaires vers Conakry et ou à l’étranger.

D’une capacité d’accueil de 176 lits, l’établissement reçoit désormais des patients venant de plusieurs localités de la région de Boké, mais également des travailleurs de nombreuses sociétés minières implantées dans la zone, explique son administrateur.
Une ambition : redonner à Kamsar son statut d’hôpital de référence
Pour M. Bachir Diallo, Directeur général adjoint de l’Agence nationale d’aménagement des infrastructures minières (ANAIM) et président du comité de gestion de l’Hôpital ANAIM de Kamsar, la santé constitue une composante importante de la responsabilité sociétale de l’agence. « Au-delà de la gestion des infrastructures minières, l’ANAIM reste une entreprise responsable », rappelle-t-il.

L’établissement a ainsi une double vocation : répondre aux besoins sanitaires des travailleurs de l’ANAIM et contribuer à l’amélioration de l’accès aux soins pour les populations de Kamsar et de la région de Boké. Au-delà de cette mission, la direction affiche une ambition beaucoup plus large : permettre à l’Hôpital ANAIM de retrouver le prestige qu’il avait connu dans les décennies précédentes.
« L’Hôpital ANAIM de Kamsar, comme vous le savez, cela a toujours été un hôpital de référence en Guinée. Avec le temps, il a un peu perdu cette notoriété, malheureusement. Néanmoins, la Direction est en train de travailler pour reconquérir cette place au sein de la pyramide sanitaire de la Guinée », affirme M. Bachir Diallo.

Dans les années 1980, l’Hôpital de Kamsar était même connu au-delà des frontières guinéennes.
« L’Hôpital de Kamsar” était une référence en Guinée et même dans la sous-région », se souvient le Directeur général adjoint de l’ANAIM.
176 lits pour une population en pleine croissance
L’évolution démographique de Kamsar constitue un enjeu majeur. L’établissement, initialement construit pour répondre aux besoins d’une population beaucoup plus réduite, doit désormais faire face à une demande croissante. Selon Bachir Diallo, Kamsar compte aujourd’hui près de 100 000 habitants.
« À la base, l’hôpital c’était pour une population de moins de 20 000 habitants, mais aujourd’hui Kamsar est une ville qui a à peu près 100 000 habitants », souligne-t-il.

L’Hôpital ANAIM est ainsi passé progressivement de 63 lits à 150 lits, avant d’atteindre aujourd’hui une capacité annoncée de 176 lits. Cette croissance s’explique également par l’arrivée de nouvelles entreprises et l’augmentation de la population active dans le secteur minier.
Un plateau technique progressivement modernisé
La modernisation de l’Hôpital ANAIM passe également par l’acquisition d’équipements médicaux de nouvelle génération. Respirateurs de réanimation, respirateurs d’anesthésie, moniteurs de surveillance, autoclave de grande capacité, automates de laboratoire et équipements d’endoscopie figurent parmi les acquisitions réalisées ces dernières années.
« Nous investissons, nous avons beaucoup investi au niveau du plateau technique avec l’acquisition de matériel de pointe pour rehausser le niveau de l’hôpital », souligne Bachir Diallo.
Au service de réanimation, un respirateur Dräger Savina 300 a notamment été acquis. Quant au bloc opératoire, il dispose d’un respirateur d’anesthésie Dräger Atlan A350.L’hôpital a également reçu un autoclave Getinge S-60 d’une capacité de 500 litres, destiné à renforcer la stérilisation des instruments médicaux.
Préserver les acquis, un défi pour tous
Si les investissements engagés sont importants, leur pérennisation dépendra aussi de l’utilisation et de l’entretien des infrastructures. Bachir Diallo appelle les travailleurs à s’approprier les nouveaux équipements et les nouvelles infrastructures.

« C’est le rôle des employés, de la direction et des journalistes de pouvoir véhiculer ce message de prise en charge et de soin apporté aux équipements », estime-t-il.
Le responsable de l’ANAIM se dit confiant. « Je n’ai aucun doute que les populations de Kamsar sauront préserver ces acquis », assure-t-il.
Des infrastructures rénovées après plusieurs décennies
Pour atteindre cet objectif, la direction a engagé des investissements dans presque tous les compartiments de l’établissement. L’administrateur Kaba Mandiaye évoque notamment la rénovation des toitures, des murs, des salles d’accueil et des espaces reliant les différents pavillons. Après sa construction, l’hôpital ANAIM de Kamsar avait conservé certaines infrastructures pendant plusieurs décennies sans rénovation majeure.

« De 1973 aux deux dernières années, les toitures n’avaient pas été remplacées », explique-t-il. Une vaste campagne de rénovation a donc été engagée afin d’améliorer à la fois l’environnement de travail pour le personnel et les conditions d’accueil des patients. Les allées reliant les différents bâtiments ont également été carrelées. Une opération qui, selon l’administrateur, répond à un impératif sanitaire plutôt qu’à une simple esthétique.
« Cela n’a rien à voir avec l’esthétique. Le besoin réel, c’était d’améliorer les conditions d’hygiène, de faire en sorte que nos opérations de nettoyage et de décontamination soient plus efficaces », précise Kaba Mandaye.
Dans un établissement de santé, où le risque d’infection demeure une préoccupation permanente, ces aménagements doivent contribuer à réduire les risques de propagation des infections nosocomiales.

« Sans eau, on ne peut pas parler d’hygiène »
Autre chantier important : l’amélioration de la desserte et du stockage de l’eau. L’hôpital dépendait auparavant fortement du système de distribution de la cité de Kamsar, avec une disponibilité jugée insuffisante.
« Dans un hôpital, on ne peut pas parler d’hygiène sans eau », insiste Kaba Mandaye.

Des investissements ont donc été consentis pour améliorer la disponibilité de cette ressource essentielle au fonctionnement de la structure. Les salles de soins et d’accueil ont également été rénovées et équipées. L’administration hospitalière affirme vouloir adapter progressivement les investissements aux besoins réels du terrain.
Pour le médecin-chef, Dr Traoré Amadou, ces équipements changent concrètement les conditions de prise en charge.
« Aujourd’hui, ces respirateurs sont de génération très récente. Ils permettent donc de prendre en charge les malades dans des conditions conformes aux pratiques médicales actuelles », explique-t-il.

La cœliochirurgie relancée
Parmi les avancées médicales citées figure la relance de la cœliochirurgie, une technique mini-invasive qui avait été interrompue pendant plusieurs années. Selon Dr Traoré Amadou, cette activité a pu reprendre grâce notamment au recrutement d’un chirurgien expatrié.
« Il y a deux ans, grâce au recrutement d’un médecin chirurgien français, nous avons pu relancer cette technique qui, aujourd’hui, fait la fierté de l’hôpital », affirme le médecin-chef.

La colonne d’endoscopie acquise par l’établissement permet aujourd’hui de réaliser plusieurs interventions selon cette approche mini-invasive. Cette évolution concerne notamment certaines appendicectomies et d’autres actes chirurgicaux auparavant réalisés à ciel ouvert.
Néonatologie : une prise en charge renforcée
La pédiatrie a elle aussi connu des évolutions importantes. L’hôpital dispose désormais d’un service de néonatologie et d’urgences pédiatriques. Pour Dr Traoré Amadou, cette organisation a permis d’améliorer considérablement la prise en charge des enfants.
« Auparavant, les urgences adultes et pédiatriques étaient regroupées, ce qui entraînait de grandes difficultés dans la prise en charge des enfants », explique-t-il.

Le personnel a également bénéficié de formations en réanimation néonatale grâce à une coopération avec une ONG suisse.
« Nous avons pu former près de 50 agents dans la région de Boké », précise le médecin-chef. La prise en charge de la jaunisse du nouveau-né a également été renforcée grâce à la photothérapie et à l’amélioration des capacités de diagnostic.
Selon les responsables, ces efforts ont contribué à réduire sensiblement la mortalité infantile au niveau de la pédiatrie.
Urologie, endocrinologie et kinésithérapie : de nouvelles spécialités
L’offre de soins de l’établissement s’est également élargie avec l’ouverture de nouvelles spécialités. Le service d’urologie permet désormais de prendre en charge des patients qui étaient auparavant évacués vers Conakry ou à l’étranger. La kinésithérapie fait également partie des services nouvellement développés. Récemment, l’Hôpital ANAIM a ouvert un service d’endocrinologie, de diabétologie et de nutrition.
Pour Dr Traoré Amadou, cette évolution est directement liée à la politique de formation mise en œuvre par l’ANAIM. « Dans le cadre de la planification de la formation, l’ANAIM a envoyé un médecin pour se former. Son retour nous a permis d’ouvrir ce service », explique-t-il.

La formation du personnel au cœur de la stratégie
La modernisation de l’établissement ne repose pas uniquement sur les équipements. La direction mise également sur le renforcement des compétences. Des médecins et des infirmiers ont été envoyés en formation au Sénégal et en Côte d’Ivoire.
« Nous avons reçu cinq cadres revenus de formation : deux médecins et trois infirmiers. Actuellement, nous avons trois médecins en formation, deux au Sénégal et un en Côte d’Ivoire », indique Dr Traoré Amadou.
Certains professionnels sont notamment en formation dans des domaines tels que la médecine d’urgence, l’orthopédie et la parodontologie. L’objectif affiché est de disposer progressivement de compétences nécessaires pour assurer une prise en charge de plus en plus spécialisée.
L’ambition ne s’arrête toutefois pas à la dialyse. L’Hôpital ANAIM souhaite également se doter d’un service d’IRM et d’un centre de cathétérisme cardiaque. Deux équipements considérés comme essentiels pour améliorer la prise en charge des pathologies cardiovasculaires et neurologiques.

« Ces deux domaines représentent aujourd’hui une part importante des évacuations vers Conakry et vers l’extérieur du pays », explique Dr Traoré Amadou.
La CBG : un partenaire historique
La Compagnie des Bauxites de Guinée demeure le principal client de l’Hôpital ANAIM. Dr Kébé M’Famara, chef du service Santé d’Entreprise à la CBG, insiste sur l’importance stratégique de l’établissement dans le dispositif de prise en charge des travailleurs et de leurs familles.
« La place qu’occupe l’hôpital ANAIM de Kamsar dans le dispositif de prise en charge sanitaire des employés et familles de CBG est une place importante et primordiale », affirme-t-il.
La proximité géographique avec les sites de production permet notamment de réduire le temps nécessaire aux évacuations et de limiter les coûts.

« Avoir depuis 1973 l’hôpital ANAIM près de nous à Kamsar, ce n’est qu’un soulagement pour l’ensemble des employés, mais surtout pour le management de la CBG », ajoute-t-il.
Santé et productivité : un lien direct
Pour le responsable de la santé d’entreprise à la CBG, la qualité de la prise en charge sanitaire influence directement le moral et la productivité des travailleurs. Lorsqu’un employé est préoccupé par la maladie d’un membre de sa famille, explique-t-il, sa capacité de concentration au travail peut être affectée.
« Quand le moral de l’employé est bon, il pourra mieux se concentrer au travail. Et plus l’employé est concentré au travail, cela augmente sa productivité », soutient Dr Kébé M’Famara.
La prise en charge médicale constitue donc, selon lui, un élément important de la politique de bien-être des travailleurs.
Réduire les évacuations vers Conakry et l’étranger
L’un des objectifs majeurs des investissements est de réduire progressivement le nombre d’évacuations sanitaires. L’Hôpital ANAIM dispose aujourd’hui de plusieurs équipements permettant de réaliser localement des examens qui nécessitaient auparavant un transfert vers Conakry. C’est notamment le cas de la mammographie, de l’échodoppler et de certains examens de laboratoire.
Le GeneXpert permet également de réaliser sur place des examens qui nécessitaient auparavant une évacuation. Pour la CBG, cette dynamique doit continuer.

« Nous avons des projets. Actuellement, nous faisons beaucoup d’évacuations tant à Conakry que hors la Guinée. Alors dans nos visions, c’est essayer de développer des plateaux techniques sur place, avoir des compétences en ressources humaines sur place », explique Dr Kébé M’Famara.
Pour lui, le développement du cathétérisme cardiaque revêt une importance particulière en raison de l’urgence de certaines pathologies.
« Quand quelqu’un fait un infarctus du myocarde, le temps de réaction c’est 10 minutes pratiquement », rappelle-t-il. D’où la nécessité, selon lui, de rapprocher les capacités diagnostiques et thérapeutiques des populations.
Un partenariat ANAIM-CBG appelé à évoluer
Après plus d’un demi-siècle de collaboration, la CBG et l’ANAIM souhaitent poursuivre leur partenariat dans le domaine sanitaire. Dr Kébé M’Famara estime que cette longue expérience doit permettre de préparer une nouvelle étape. « Nous devons d’abord capitaliser cela et nous prolonger dans la vision d’amélioration », dit-il.

Selon lui, les deux structures doivent continuer à anticiper les besoins futurs en matière de compétences et d’équipements. « Ce qui était possible il y a 10 ans, actuellement il y a beaucoup de choses qui ont changé. Mais dans 5 ans, dans 10 ans, il y a des choses encore qui doivent changer », rappelle-t-il. L’objectif est donc de développer progressivement à Kamsar des capacités permettant de prendre en charge davantage de pathologies complexes.
Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 28 septembre 2026 07:25









