Kaloum : A cause de son nom Niabaly, elle se voit refuser une carte d’identité…(témoignage)

CONAKRY- Venue se faire établir une carte nationale d’identité biométrique au commissariat central de Kaloum, la jeune Aicha Sannou Niabaly, de la minorité « badiaranké » dit y avoir vécu la « pire humiliation » de sa vie, à cause de son nom de famille, jugé non guinéen. Selon la victime que nous avons interrogée, les faits se sont déroulés ce mercredi 5 février 2025, à Kaloum, au cœur de la capitale guinéenne. (Image d’illustration).

Au bout du fil d’Africaguinee.com, la jeune dame explique avoir failli « péter les plombs » sur place à cause de cette histoire qu’elle n’arrive pas à comprendre ni à digérer. Témoignages :

« Après avoir fait mon extrait de naissance biométrique, je suis passée ce jour au commissariat central de Kaloum pour me faire établir une carte  d’identité nationale biométrique. La personne qui me sert de guide est une cousine à ma maman. C’est ainsi qu’elle m’a dirigée chez certains de ses collègues. Ceux-ci lui ont demandé si elle m’a envoyé chez leur cheffe hiérarchique, une femme qui porte le nom (Eva), sur la chemise de son uniforme. Ils ont demandé de passer par elle parce que le nom Niabaly, apparemment ne leur semble pas guinéen. Ma maman leur a dit que je suis une fille de sa cousine et que nous sommes de Koundara. Un autre a rétorqué en insistant d’aller voir dame Eva parce qu’elle serait dure de caractère. Ils ont exigé qu’on aille l’informer avant d’introduire mes coordonnées dans le système. C’est ainsi que nous sommes allées trouver la dame dehors. La cousine à ma maman m’a présenté à la dame comme étant sa fille qui s’appelle Sannou Niabaly qui veut se faire établir une carte nationale d’identité biométrique. Elle ne nous a même pas regardées.

Quelques minutes après, la dame a fait semblant d’ignorer même notre présence. Il a fallu qu’une autre dame assise à côté l’interpelle afin qu’elle nous réponde. C’est à ce moment qu’elle a dit non, ce n’est pas à elle que nous nous sommes adressées. Elle a ensuite reproché à celle qui m’accompagne de n’avoir pas respecté la procédure. Puis, elle a continué à nous ignorer. Nous avons finalement décidé de retourner au bureau pour voir ses collègues qui nous avaient demandé d’aller vers elle.

Ceux-ci nous ont dit que pour confirmer que je suis bien guinéenne, je dois appeler ma maman pour que celle-ci envoie son extrait de naissance ou sa carte d’électeur sans quoi, si on introduit ces données avec ce nom (Niabaly), la procédure sera bloquée. Finalement elle a appelé ma maman qui se trouve jusqu’à Kindia, pour lui demander d’envoyer les photos de sa carte d’électeur ou sa pièce d’identité pour qu’on puisse repartir ce jeudi pour finaliser le processus d’enrôlement pour l’obtention de ma pièce d’identité », témoigne la jeune.

Mais cette situation intrigue Aicha Sanoun Niabaly qui dit avoir son passeport guinéen. Elle se demande alors « pourquoi » on la traite ainsi au Commissariat.

« Il y a un monsieur qui m’a répondu en disant qu’actuellement c’est comme ça que ça se passe. Selon lui, puisque j’ai une maman qui a un nom (jugé) guinéen, de l’appeler pour me faire ma carte d’identité. C’est la première fois que je subis une telle situation. Sinon j’ai un passeport guinéen. Là-bas, quand on m’a demandé mon nom, j’ai dit que je suis Niabaly. L’agent m’a aussitôt dit oui, tu es de Koundara ? j’ai répondu par l’affirmative. Après, elle m’a posé quelques questions dans les différentes langues nationales. Elle a parlé pulaar, je lui ai répondu. J’ai eu mon passeport sans aucun problème. Et là, on ne m’a même pas soumise à cet exercice. J’ai voulu faire un scandale au commissariat de police. A cause de cette humiliation que j’ai subie, ce manque de considération, j’ai failli péter les plombs. Seulement à cause du respect que j’ai pour la cousine de ma maman, c’est pour toutes ces raisons que je me suis retenue », ajoute notre interlocutrice visiblement très affectée.

Sanoun Niabaly est une jeune dame qui travaille d’ailleurs en tant que responsable communication d’une marque de téléphone mobile. Face à ce qu’elle vient de subir, elle décide de lancer un appel à l’endroit des autorités guinéennes :

« Le message que j’ai à adresser aux autorités, d’abord, dès l’école primaire, il y a les cours d’histoire et de géographie qui sont dispensés aux élèves. Nous savons tous que les badiaranké existent en Guinée et précisément dans la préfecture de Koundara. Quand on parle de leur patronyme, il y a les noms Niabaly, Nioké, Sandé et autres qu’ils portent. Que le gouvernement essaie de vulgariser ses noms au niveau des administrateurs civils et de la sécurité. Cela pourrait éviter aux gens de se faire ridiculiser dans les services publics. Comment est-ce que quelqu’un comme moi, qui suis née ici, grandi, étudié jusqu’à avoir mon diplôme, je viens on me dit que je ne suis pas guinéenne. On te rejette sans même prendre connaissance de mes dossiers à cause du nom. Même si je n’étais pas guinéenne, je vis dans ce pays depuis 30 ans. Je suis censée avoir un document guinéen. A plus forte raison que Niabaly est un nom guinéen. Je suis née ici et devenue majeure ici. J’interpelle les autorités au plus haut niveau pour qu’elles essaient de prendre une décision définitive par rapport à cette situation », lance Mlle Niabaly.

Interrogé sur cet incident, un officier de la police de la section judiciaire du commissariat central de Kaloum a fait savoir que généralement, au sein de leur service, la démarche exigée est stricte.

Je ne suis pas au courant de cet incident. Mais ce que je peux vous dire, la consigne qu’on lui a demandé de tenir, qu’elle essaie d’appliquer cela. Parce que là, il y a des noms on demande souvent l’extrait de naissance de la maman ou sa carte d’électeur. Si la personne amène ces documents et qu’on vérifie, c’est facile de l’enrôler.  C’est l’autorité administrative qui l’exige”, selon notre interlocuteur.

Il faut noter qu’en République de Guinée, on retrouve les badiarankés dans certaines grandes agglomérations du pays notamment dans la capitale Conakry et certaines régions administratives. C’est une minorité ethnique, originaire de la préfecture de Koundara, dans la région administrative de Boké. Ils ont les patronymes suivants : SANDÉ, NIABALY, BANDIA, NIOKÉ, BOUMBALY, SANÉ, MANÉ, SAMBY, BANARO, DAMBANOU et CAMARA…

Nous y reviendrons !

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 6 février 2025 16:30

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