Installation annoncée des comités de veille dans les quartiers : La position de certains citoyens de l’Axe…

Un véhicule de la police face à des manifestants sur le tronçon Cosa-Koloma, image d'archive

CONAKRY-A Conakry, le Gouvernement envisage d’installer des comités de veille composés de jeunes dans certains quartiers situés le long de l’autoroute le prince, zone réputée être l’épicentre des contestations. Selon le ministre de l’Administration du Territoire et de la décentralisation, général Ibrahima Kalil Condé, le but de cette initiative est d’assurer la sécurité des personnes et de leurs biens. Comment cette initiative est-elle perçue par les habitants de cette zone ? Africaguinee.com a enquêté. (Illustration, un véhicule de la police face à des manifestants sur le tronçon Cosa-Koloma, en septembre 2022, image d’archive).

« En tant que citoyen de l’axe, je pense que la mise en place de ces comités de veilles serait normale et très judicieuse d’autant plus que l’une des fonctions régaliennes de l’Etat est d’assurer la sécurité des citoyens et de leurs biens. Mais si cette action promise par le ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation ne vise que l’axe Hamdallaye – Cosa – Kagbelen, ce serait purement politique. De surcroît, une stratégie pour l’Etat de faire taire l’axe face à toutes les exactions.

Pour rappel, c’était à l’issue d’une rencontre entre le premier ministre, le ministre du MATD avec certains jeunes de ladite localité, que cette sortie a eu lieu. Ces jeunes réunis autour d’un mouvement, ont promis au gouvernement que désormais la paix régnera sur l’axe. Dans les conditions normales, comme je l’ai annoncé à l’entame, c’est une obligation pour l’Etat guinéen de créer un système sécuritaire digne de nom afin de veiller à la sécurité des citoyens et de leurs biens, ce, de Kassa à Yomou. Cela est du ressort des pouvoirs publics. Mais si on ne cible que l’axe, pour moi, il y a des nuances et des idées cachées même si exactement on les élude. C’est une évidence.  Il n’y a aucun phénomène d’insécurité et ou de violence sur l’axe qui n’existe dans les autres quartiers de Conakry et de l’intérieur du pays. Il n’y a pas de jeunes désœuvrés et désorientés sur l’axe qu’il n’y a à Matam, à Matoto et dans d’autres communes. Pourquoi seulement l’axe ? À moins que cette promesse vise à dompter et à avoir une mainmise sur l’axe qui s’est toujours opposé à la mal gouvernance et qui s’est toujours senti étiqueté et lésé », a déclaré Yaya Bah, un citoyen de l’axe.

Ibrahima Sory Diallo abonde de même sens. « Si cette vision est commune et qu’elle intervienne dans les règles de l’art pour le bien de tous, cela va positivement impacter sur le terrain et ce serait un grand pas. Mais si elle est faite à dessein et à d’autres fins, le mal va empirer. Une chose que tout le monde doit éviter. L’Etat doit garantir la sécurité de ses citoyens de façon permanente et pérenne et non pas de façon circonstancielle, superficielle et sélective. Les seules façons pour l’Etat de collaborer et prétendre garantir une sécurité aux citoyens de l’axe afin d’espérer une paix escomptée c’est de communiquer avec souplesse avec les habitants, assurer la justice pour toutes ces personnes qui ont subi l’injustice, réparer tous les dégâts, construire des infrastructures éducatives, sanitaires et sportives, former et faire qualifier tous les jeunes de l’axe, favoriser l’emploi à ses habitants. Ainsi on pourrait vivre longtemps dans la paix et la quiétude « .

Mamadou Kali Diallo, activiste des droits de l’homme, désapprouve cette initiative. Il propose la planification de projets pour occuper ces jeunes.

« À mon avis, à la place de ce comité de veille, il faut aller vers des actions de sensibilisation, de formation, mais aussi et surtout vers l’instauration de politiques publiques capables de rassurer et d’instaurer un climat de confiance entre gouvernants et gouvernés. Je pense qu’il faut instaurer des libertés pour que chaque citoyen se sente libre et en sécurité. Donc, au lieu d’aller vers des comités de veille, je pense qu’il faut installer des PME, des projets générateurs de revenus qui pourraient mettre les jeunes en mouvement. Je pense que c’est la meilleure solution à la place des comités de veille sur cet axe », a-t-il dit.

Ibrahima Aminata Diallo, le président de la coalition nationale des associations pour la paix et le développement, actif sur l’axe, ne trouve pas normale cette initiative. « Je pense que l’intention du MATD de mettre en place des comités de veille sur l’axe est discutable. Je m’interroge d’abord sur la faisabilité, mais aussi sur l’intention de la mise en place de ces comités. Nous avons connu par le passé l’installation des PA, des postes avancés dans cette zone. Le problème ce que tantôt ce sont des motos qu’on distribue, tantôt ce sont des billets de banque, tantôt ce sont des groupes qu’on manipule pour parler au nom de toute cette zone. Je pense que le vrai problème est ailleurs. Il faudrait qu’il y ait un travail de fond pour que cette zone soit comme toutes les autres zones des différents quartiers de Conakry. Je veux parler des actions allant dans le sens de la construction d’infrastructures sociales de base, telles que des écoles publiques et des écoles professionnelles. Je pense que la nature peut être préservée.

Nous œuvrons pour la promotion de la non-violence. Et nous sommes en train de voir aujourd’hui que nos actions ne sont pas reconnues, même par l’État parce qu’imaginez, si on met des comités de veille, c’est par rapport à quoi ? Vont-ils obliger quelqu’un ou bien interdire à quelqu’un d’exprimer son mécontentement dans un pays qui se veut démocratique, un pays d’État de droit ? Je pense que, quand vous regardez, tout est réuni autour de cette idée, comme une façon de continuer à manipuler ou à maintenir les gens dans le silence. Nous, au niveau de la société civile, surtout que notre zone de prédilection, c’est l’axe, nous sommes en train de travailler depuis plusieurs années dans le sens de la non-violence. C’est-à-dire que notre rôle n’est pas de changer la conviction des jeunes, mais de les amener à changer leurs comportements », a-t-il expliqué.

Mamadou Yaya Bah 

Pour Africaguinee.com

Créé le 10 février 2025 10:00

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