Premières pluies et insalubrité : Zoom sur la plage de Takonko, envahie par des ordures…
CONAKRY-Avec l’arrivée des premières pluies, la plage de Takonko, située dans la commune de Ratoma, voit sa fréquentation entravée par une accumulation accrue de déchets. Bien que des efforts de nettoyage soient déployés, les défis sont énormes. Les eaux de ruissellement, charriant ordures ménagères et plastiques de tout genre, complique la tâche aux gestionnaires de la plage. Reportage.
La plage Takonko ressemble à un rivage fantôme. Autrefois prisée, cette plage voit son taux de fréquentation drastiquement chuter. Elle ne refoule plus de monde comme par le passé. De nos jours, ce lieu récréatif est envahi par des ordures drainées par les eaux de ruissellement.

« En ce début de la saison des pluies, nous sommes envahis par les ordures. Cela nous oblige à travailler au-delà de la normale afin de réserver un espace propre et sain au public. Nous subissons beaucoup de pressions des ordures produites ailleurs et non par nous-mêmes. Ces déchets viennent essentiellement des quartiers, à travers les caniveaux. C’est une réelle problématique qui nous a toujours assaillis. Certes nous en produisons mais la quantité est infime. Nous pouvons facilement gérer nos ordures à travers des poubelles suffisamment installées partout sur la plage.
Nous espérons que la sensibilisation et le travail acharné des PME de collecte d’ordures vont aider à trouver une solution à la problématique d’insalubrité. De notre côté, nous n’avons besoin que d’un soutien logistique parce que l’insalubrité nous cause des ennuis », souligne Camara Mohamed Lamine, gestionnaire de la plage Takonko.

Des inconditionnels de la plage expriment déjà leurs inquiétudes face à la dégradation de l’environnement. « J’ai remarqué un peu de changement dernièrement. Des ordures ont beaucoup envahi la plage, mais je pense que la plus grande quantité vient des ménages. C’est très regrettable de voir des femmes munies de sacs pleins d’ordures, jeter ça dans les caniveaux. Ensuite, avec les eaux de ruissellement, la destination finale, c’est la plage. Je pense que les ménages doivent être dissuadés de jeter les ordures dans les caniveaux. Ils doivent plutôt s’abonner aux PME chargées de la collecte et la gestion des ordures.
Concernant la fréquentation, le fait de voir toutes ces ordures sur les côtes a vraiment réduit mes visites à la plage. Parfois, je me dis qu’il vaut mieux aller ailleurs. Mais après tout, on a grandi ici, alors on fait avec… Sinon, c’est très regrettable de venir dans une plage sale », regrette Fofana Abdoulaye Habib.

Interrogé, le directeur communal de l’environnement de Ratoma dresse un constat amer sur la gestion des plages en cette saison des pluies.
« Les plages sont gérées par des personnes qui ont des contrats avec la commune pour trois ans, renouvelables. Mais je sais qu’en cette saison des pluies, les plages sont très sales, et les causes sont diverses. La première cause, c’est que les caniveaux dans les quartiers sont utilisés, quand il pleut, pour y déverser les ordures. Ces caniveaux sont reliés à la mer, et comme les plages sont en bordure de mer, elles finissent par les envahir.
De nombreux plages étaient pleines d’ordures, on a aidé les gérants à les nettoyer, mais ce n’est pas facile. Parfois, la commune envoie des camions pour ramasser les ordures, mais vraiment, ce n’est pas évident. Et les tenanciers des plages n’ont pas beaucoup de moyens pour faire le nettoyage.
Il faut aussi savoir que dans les plages, les gens ne sont pas sensibilisés : ils jettent les sachets d’eau partout, n’importe comment, ce qui fait que les plages restent sales en permanence », explique M. Camara Aboubacar.

Ce responsable communal admet qu’il n’y a pas un planning bien élaboré au niveau communal pour le nettoyage des plages. Pour inverser la tendance, il insiste sur la sensibilisation des citoyens.
« Il faut que les citoyens soient sensibilisés pour qu’ils prennent conscience qu’en jetant les déchets dans les caniveaux, ils créent des dégâts ailleurs. Il faut aussi encourager l’abonnement aux PME », encourage le Directeur communal de l’environnement de la Commune de Ratoma.
Chargé de la salubrité et services hygiène au sein de la commune de Ratoma, M. Soumah Ibrahima apporte un éclairage technique sur les causes de l’insalubrité sur les plages.
« Nous avons mené des études avec le chef du service hygiène de l’environnement, celui de l’assainissement, avec le service de l’habitat et celui de l’hôtellerie et du tourisme. Le problème de salubrité dans les plages se regroupe autour de plusieurs paramètres. D’une part, cela peut être causé par les dépôts sauvages, ou d’autre part, ça peut être causé par le rejet de la plage. C’est-à-dire que c’est la plage elle-même qui rejette les ordures de la mer vers les côtes.
Dans la politique que nous avons mise en place ici, c’était non seulement d’inviter les occupants des plages à s’impliquer, mais aussi de trouver un point de regroupement de ces ordures afin que la direction de l’assainissement vienne chaque fois les nettoyer.
Mais actuellement, nous avons responsabilisé ceux qui occupent les plages, parce que la commune ne peut pas prendre en charge 100 %. Les plages sont occupés par des citoyens qui mènent des activités purement commerciales. Mais pour éviter toute insalubrité dans les plages, il faut, pendant cette saison des pluies, que les citoyens s’abonnent aux PME. »

Face à une situation insalubre qui s’aggrave, l’assainissement des plages ne peut reposer uniquement sur les autorités. Il faut une véritable prise de conscience citoyenne, un engagement collectif et un appui renforcé aux structures locales de gestion des déchets pour relever le défi de la salubrité.
Haoussa Bah (stagiaire)
Pour Africaguinee.com
Créé le 13 mai 2025 12:58Nous vous proposons aussi
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