Immersion à Madina Dian « Kindia » : Les populations dans l’impasse face à la montée des eaux du barrage hydroélectrique de Souapiti
KINDIA-Riverain du barrage hydroélectrique de Souapiti, le secteur Simbon Tanènè, relevant du district de Madinadian, sous-préfecture de Bangouyah est menacé de disparition par la montée constante des eaux du barrage. L’inquiétude est grandissante chez les habitants de cette localité située à 25 km de la préfecture de Kindia.

De vastes champs notamment de riz sont engloutis par les eaux débordantes de l’ouvrage et celles de la forte pluviométrie. La population locale essentiellement agropastorale est à la merci des intempéries. Ne sachant plus à quel saint se vouer, elle lance un appel pressant au Gouvernement. (Immersion)

Plusieurs districts de la sous-préfecture de Bangouyah située à 45 km de la préfecture de Kindia sont victimes de la montée des eaux du gigantesque barrage hydroélectrique de Souapiti. Ce sont entre autres Simbon madinadian, Hafia où se trouve la mosquée, Bingal, Sintchourou, Sougueboungni, Tanèné, Garanguela.
A Madinadian situé au nord-ouest par exemple, plusieurs secteurs sont impactés ; les habitants sont traumatisés. C’est le cas de Mamadou Dian Diallo, membre d’une famille touchée par la catastrophe.
« Nous sommes engloutis par les eaux du barrage hydroélectrique de Souapiti, qui ont fini par détruire nos champs de riz, d’arachides, de fonio…Nous demandons au gouvernement de nous venir en aide. Nous qui sommes riverains, nous sommes très inquiets. Nous n’avons plus de quoi manger. Or un sac vide ne peut pas tenir débout. Nous avons des animaux domestiques qu’on a du mal à entretenir.

On nous avait promis que l’eau ne va jamais déborder les bornes préalablement placées, mais aujourd’hui c’est plus que ce qu’on peut imaginer. L’année dernière l’eau n’avait pas atteint ce niveau mais cette année elle a dépassé les bornes et a fait des dégâts dans les foyers. Nous avons d’énormes difficultés par rapport aux différents champs agricoles engloutis par les eaux. Nous demandons au président et à son gouvernement de nous venir en aide« , plaide-t-il.

Karamoko Souleymane Barry ne cache pas son indignation face à cette triste réalité qui a mis en danger sa vie et celle de ses voisins.
« Cette partie que vous voyez dans l’eau n’a pas été recensée. Et pourtant c’est un champ de riz, de fonio et d’arachides. Ce que vous voyez derrière nous, c’est du riz qui se trouve dans l’eau. Nous demandons au Gouvernement de nous venir en aide parce que même à manger nous n’en avons plus. Même pour avoir de l’eau potable il faut parcourir des kilomètres, nos latrines sont englouties par les eaux, nous redoutons les maladies hydriques. Le problème d’eau est un véritable casse-tête parce qu’on n’a pas de forages. Nous demandons au président et à son gouvernement de nous venir en aide. Nous craignons pour notre vie. Beaucoup de nos animaux domestiques sont morts. Evaluez vous-même l’ampleur des pertes que nous subissons. »

Thierno Coumba Barry et Coumba Bah ont également de la peine. « La montée des eaux nous inquiète beaucoup. Nos animaux domestiques sont sous menace de gros serpents ; nous n’avons plus de terres arables, nous avons perdu beaucoup de culture cette année parce que les champs ont été engloutis par les eaux du barrage et les fortes précipitations. Nous prions Dieu qu’il nous aide. Nous lançons un appel au gouvernement pour venir au secours parce que nous sommes très inquiets. »

« Notre champ d’arachides où nous avons mis 40 kg de semence est envahi par les eaux comme notre champ de riz. Nous ne pouvons rien sinon que de demander au président et son gouvernement de nous venir en aide voire même nous faire quitter ici parce qu’on n’a pas d’eau potable, nous n’avons plus de terres arables où prairie pour nos animaux domestiques. Chaque jour nous tuons des serpents dans nos concessions. Honnêtement nous avons peur parce que le risque que nous courons est grand « , plaide cette autre sinistrée.
Dans le champ rizicole de Mamadou Saliou Diallo, les dégâts sont énormes. Ce cultivateur décrit sa peine. « Comme vous le constatez maintenant, je n’ai rien à dire comme les images sont palpables, nous demandons au président Mamadi Doumbouya et à son gouvernement de venir au secours, nous avons perdu cette année la quasi-totalité de nos cultures. Nous sommes derrière lui parce qu’actuellement c’est lui notre président. Nos familles sont larges c’est la raison pour laquelle nous faisons de l’agriculture pour ne pas voler ou quémander ou mentir sur quelqu’un. Nous cultivons la terre pour nourrir nos familles. Quand même nous remettons notre cause à Dieu« , a-t-il plaidé.

Mamadou Baïlo Diallo, un des responsables de la localité renchérit. Selon lui, plusieurs cas de maladies rares sont constatés ces derniers mois. Certains ont leur pied enflé à cause de l’humidité: « Tout ce que vous voyez regorge des cultures que nous avons semé jusqu’à la limite des bornes mais l’eau a débordé et englouti toutes les cultures. Pourtant, avant la construction de ce barrage, ils nous avaient dit que l’eau ne devrait pas déborder pour arriver jusqu’ici, mais les fortes pluies qui se sont abattues sur le pays cette année ont démenti leur prévision. Là où nous sommes, nous sommes très inquiets pour le reste de nos cultures et nos latrines sont englouties par les eaux. Ma crainte, c’est surtout les maladies qui nous guettent. Plusieurs personnes ont été victimes de maladies, les pieds enflés, tous les jours les gens sont malades…nous demandons au gouvernement de nous venir en aide sinon nous sommes très inquiets. »

De là, nous nous rendons à Simbon Tanènè. Thierno Mamadou Yero Barry, un des sages de la localité a partagé les difficultés auxquelles sont confrontées les populations. Il lance un cri de cœur à l’actuel régime.
« Nous avons assez de difficultés ici chez nous à Simbon. Nous n’avons pas de pirogue pour arriver chez nos voisins. Partout où nous voulons aller, il nous faut emprunter la pirogue. Pour partir à També Khouré, Woliah,Warakhalan, Simbaraya, nous empruntons la pirogue car notre localité n’en a pas. A travers vous les journalistes, nous demandons l’aide du président sinon nous sommes exposés à d’énormes risques liés aux eaux. Que Dieu le protège dans son fauteuil parce qu’il aide tout le monde, nous l’encourageons à tourner son regard vers chez nous. Notre population est estimée à plus de 300 habitants. »

Sur les 22 districts qui composent Bangouyah, 14 sont impactés par des eaux du barrage hydroélectrique de Souapiti, soit plus de 1000 personnes impactées cette année, a-t-on appris. Selon Mamadou Kindia Camara, président de la Délégation spéciale de la sous-préfecture de Bangouyah, les foyers qui ont été touchés sont recensés.

« Cette année il y a eu débordement des eaux de Souapiti. Mais tout d’abord, je remercie sincèrement les autorités qui ont fait des efforts pour venir constater les dégâts. Vraiment ce sont des choses palpables, concrètes. Cette année, on nous a dit de recenser les personnes impactées, comme ce n’est pas fini, cela concerne plus de 1000 et quelques personnes impactées. Donc cela est fait. L’année dernière les eaux ne sont pas montées jusque-là. Les populations de Bangouyah n’ont pas où cultiver cette année, elles n’ont pas où mettre leurs animaux. Comme l’année dernière l’eau n’est pas montée les gens se sont permis de cultiver sur les emprises.
Donc cette année ça a trompé tous les cultivateurs de Bangouyah, sur les 22 districts qui composent Bangouyah, 14 districts sont impactés. Après le recensement, on a trouvé 1000 et quelques personnes qui sont impactées. Vu cette ampleur, nous avons informé les autorités qui aussi n’ont pas retardé de venir constater les faits. Elles promettent de venir au secours des populations impactées. Et là, nous sommes en train de sensibiliser la population victime qui, chaque jour, est derrière moi pour voir la suite de notre requête« , réagit-il.

Les habitants des villages de Khatia, Téné Yattaya, Baren Khoria, Kinfaya, Lambalé, Songoronya, Warakhalan et autres sont impactés par la montée des eaux du barrage hydroélectrique de Souapiti. Le déplacement des personnes et de leurs biens est un casse-tête chinois.

De retour de Bangouyah, Chérif Keita
Pour Africaguinee.com
Créé le 30 octobre 2024 11:28Nous vous proposons aussi
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