Il transforme le verre brisé en pavés et dallettes: A la découverte de Boussouriou Diallo, un entrepreneur atypique
CONAKRY- Revenu de Suisse avec l’image d’un environnement immaculé, Mamadou Boussiriou Diallo a été frappé par l’insalubrité de Conakry. Pour changer la donne, cet entrepreneur a fondé Ourky Plus S.A.R.L à Sonfonia, une unité de transformation qui convertit le plastique en granulés et le verre en matériaux de construction. Une initiative d’économie circulaire saluée par les experts scientifiques, mais qui peine à passer à l’échelle industrielle faute d’équipements adéquats.

Une idée née d’un choc visuel
Ancien résident en Suisse, pays reconnu pour la propreté de son environnement, Mamadou Boussiriou Diallo explique avoir été marqué par l’état des lieux à son retour en Guinée.
« J’ai vécu dans un pays propre… Quand je suis arrivé en Guinée, j’ai trouvé que Conakry était trop sale. J’ai commencé par concevoir des bacs à ordures que nous avons installés dans des zones de transit. Je me suis rendu compte que tous ces déchets finissaient à la décharge faute d’acteurs pour la valorisation. Alors je me suis lancé pour montrer l’exemple », raconte M. Diallo.

Aujourd’hui, sa société assure la pré-collecte, la collecte, le transfert et la transformation de plusieurs types de déchets, notamment les plastiques souples, les plastiques durs et le verre. Mais les ambitions de Mamadou Boussiriou Diallo sont freinées par le manque d’équipements et de moyens.
Sur son site, l’entrepreneur admet faire face à un obstacle majeur : l’insuffisance de matériels industriels pour traiter efficacement de grandes quantités de plastique récupérées.

« Si on reçoit beaucoup de plastiques, la plus grande partie n’est pas utilisable. Ce qu’on ne peut pas traiter finit malheureusement à la décharge. Nous n’avons pas encore toutes les machines nécessaires pour valoriser le plastique sur place », explique-t-il. Ainsi, une grande partie est broyée, nettoyée, puis revendue à d’autres unités mieux équipées. Cette PME ne réalise pour le moment qu’une semi-transformation, faute d’investissement suffisant.
La valorisation du verre, une innovation écologique
Outre le plastique, l’entreprise s’est lancée dans le recyclage du verre, un matériel extrêmement lent à se décomposer.
« Nous broyons le verre pour obtenir du sable que nous utilisons dans la fabrication de dallettes et de pavés », précise-t-il. Une initiative qui attire déjà de nombreux clients séduits par ces produits écologiques et durables.

Le regard des experts
Pour Michael Dieng, enseignant-chercheur à l’Institut de Recherche en Environnement de Guinée, les actions d’Ourky Plus S.A.R.L sont d’une importance majeure.

Sur le plastique
« Le plastique peut mettre jusqu’à 500 ans pour se décomposer. Le récupérer, le recycler et le réutiliser permet non seulement de créer de nouveaux produits durables, mais aussi de réduire la pollution, de créer de l’emploi et de freiner l’extraction des ressources naturelles », analyse le scientifique. Selon lui, les initiatives de recyclage contribuent directement à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et à l’adaptation au changement climatique.

Sur le verre
Michael Dieng souligne également l’impact écologique et économique du recyclage du verre : « Cette pratique relève de l’économie circulaire. Elle réduit l’exploitation du sable, un facteur majeur de l’érosion côtière. En transformant le verre en pavés, l’entreprise participe à la préservation de l’environnement tout en créant une chaîne de valeur génératrice d’emplois », explique aussi ce scientifique.

L’expert rappelle que le verre peut mettre des milliers d’années à se décomposer. Le récupérer et le transformer constitue donc un geste environnemental d’une portée considérable.
Une entreprise qui crée de l’emploi et montre la voie
Ourky Plus S.A.R.L emploie actuellement entre 15 et 20 personnes. Elle alimente par ailleurs d’autres usines en matières premières semi-recyclées, contribuant ainsi à dynamiser l’économie verte en Guinée. Pour les spécialistes, l’entreprise de Mamadou Boussouriou Diallo illustre parfaitement le potentiel de recyclage dans un pays où la gestion des déchets reste un défi majeur.

Dans un contexte où Conakry fait face à une pollution croissante, l’initiative de M. Diallo apparaît comme une bouffée d’oxygène. Malgré des moyens limités, l’entreprise pose les bases d’une véritable économie circulaire en Guinée et montre que les déchets peuvent devenir une ressource précieuse. Un engagement qui mérite d’être soutenu pour amplifier son impact sur l’environnement et sur l’emploi.

Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 20 novembre 2025 13:00Nous vous proposons aussi
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étiquettes: Climat, Environnement, Pollution









