Guinée : Un pays presqu’à l’arrêt après l’explosion du Dépôt principal d’hydrocarbures, les citoyens dans le qui-vive…
CONAKRY-Après l’explosion du principal dépôt pétrolier du pays, le Gouvernement a décidé d’interdire la vente du carburant dans les stations-services et la sortie des camions citernes de Conakry vers l’intérieur, jusqu’à nouvel ordre. « Il est interdit jusqu’à nouvel ordre de vendre du carburant dans les stations et aux camions citernes de quitter Conakry pour l’intérieur du pays », a annoncé dans la journée le ministre de la Sécurité, le Général Bachir Diallo.
Cette décision du Gouvernement a eu des effets immédiats dans les principales villes de la province. L’arrêt des stations-services a provoqué une explosion des prix de l’essence sur le marché noir. Des vendeurs mercantiles profitent de cette crise pour spéculer sur les prix.

Dans les villes à l’intérieur du pays, les citoyens éprouvent de sérieuses difficultés pour leur mobilité à cause de la crise liée au manque de carburant. Le litre d’essence vendu en temps normal à 12 000, se négocie entre 20 000 à 25 000 Gnf par endroits. Tour d’horizon dans certaines villes du pays.
Faranah, les prix explosent…
A Faranah, l’explosion au dépôt du carburant de Conakry a eu pour première conséquence la flambée des prix de carburant depuis le matin de ce lundi 18 décembre 2023. Dans la capitale du Sankaran, des citoyens ont été surpris par cette pénurie. Dans la commune urbaine de Faranah ce matin, trouver une goutte de carburant relevait d’un parcours de combattant malgré la floraison des stations-services au centre-ville et périphérie. Au micro de notre correspondant régional, Habib Cissé, boucher de profession fait part des difficultés qu’il a rencontrées.
Des citoyens pris de court à Faranah
« Nous les citoyens on ne comprend rien. C’est d’un seul coup que nous apprenons que le carburant a disparu de son circuit, cela nous cause beaucoup de difficultés. J’avais un programme dans un village du nom de Gnalenmoriah pour acheter des vaches que je dois abattre demain et revendre à la boucherie mais j’ai parcouru toute la ville, impossible de trouver le carburant et même si tu en trouves, tu ne peux pas acheter à cause de la cherté. J’interpelle les autorités à nous aider auprès des gérants de stations pour qu’on puisse vaquer à nos occupations », plaide ce citoyen.

Un des gérants de station-service nous a confié sous couvert d’anonymat que le carburant se trouve en abondance dans les stations mais ils ont reçu l’ordre des autorités de stopper la vente jusqu’à nouvel ordre. Malgré cette décision, certaines stations ont tout de même ouvert pour vendre du carburant. Sur place, les détenteurs d’engins font la queue chacun pour être servi en premier avant que d’autres décisions ne tombent. Pendant ce temps un conducteur de moto taxi témoigne que le prix d’essence sur le marché noir se négocie à 20.000fg le litre.
Dinguiraye, le préfet prend les devants
A Dinguiraye, le préfet de Dinguiraye Mohamed Cheick Keita a convoqué une réunion de crise pour prendre des dispositions face à la vente de carburant, des denrées de première nécessité et la gestion des transports. Les acteurs de ces secteurs, autorités communales, forces de sécurité et la direction préfectorale du commerce ont pris part à cette réunion de haut niveau. A l’issue des échanges, il a été réitéré aux participants de la décision du gouvernement de la fermeture de toutes les stations-service jusqu’à nouvel ordre.

Et, lorsque ordre sera donné pour la reprise de la vente, le nombre de litres à servir par moto et par véhicule sera déterminé. Enfin, les autorités ont fait savoir que le litre de carburant au marché noir sera toujours vendu à 13000gnf. Quant aux prix des denrées et de transport, il n’y aura pas de changement. « Toute personne qui faillira à ces mesures sera traduit devant la loi », ont prévenu les autorités devant les participants.
A Boké, tout est fermé
Dans la commune urbaine, après un service minimum de distribution du carburant tôt lundi 18 décembre 2023, la fermeture des stations-services n’a pas tardé suite à l’instruction des autorités. Les services de pompages de Boké ont suivi à la lettre cette disposition. L’effet de cette fermeture commence à se faire sentir sur le quotidien de la population de Kakandé. Des citoyens interrogés confient à notre correspondant régional que le coût du transport urbain et inter urbain connait déjà une hausse.
Rencontré devant une station de pompage, un conducteur de moto taxi explique l’augmentation du transport par le prix élevé du carburant par endroit. « Les gens nous accusent souvent mais ils ignorent que c’est n’est pas nous, nous avons acheté le carburant à 15.000 Gnf au marché noir parce que les stations sont fermées, et, nous aussi nous devons augmenter le transport pour gagner la recette du jour », se défend Kabinet Compo, conducteur de taxi moto.
Pour éviter un blocus des activités des citoyens en cette période de fin d’année, certains habitants de la ville ont invité les autorités locales de prendre des dispositions pour minimiser les effets de cette crise qui commence déjà à impacter. Nonobstant cette fermeture des stations de services, l’administration, le marché et le transport ainsi que les mines ont fonctionné au rythme habituel, rapporte notre correspondant régional, à Boké.
A Labé, le litre de carburant se négocie à 20 mille francs
Tout comme dans d’autres villes en province, l’incendie du dépôt de carburant à Kaloum impacte négativement les activités des citoyens ce lundi matin dans la commune urbaine de Labé. Dans les stations-services qui sont en train de servir, de longues files indiennes sont formées. Dans une station située quartier de Safatou, les pompistes fixent le barème à 02 Litres aux détenteurs de motos tant dis dans une autre station située à Kouroula, un monde fou faisait la queue aux environs de 8h30.
« Nous avons appris ce matin de bonheur que le dépôt de carburant de Conakry a pris feu. Je me suis dit de me rendre d’urgence à la station pour trouver du carburant mais pour le moment on n’a pas eu, c’est difficile même de voir les pompistes. Les gens sont là, nous attendons de savoir s’ils vont ouvrir les pompes et nous servir ou pas », s’impatiente Ibrahima Diallo.

Venue à la quête du carburant pour sa moto dans l’une des stations-services de Doghnora, cette jeune dame se trouve dans la longue file d’attente sur la piste. Elle livre son amertume.
« C’est un calvaire au carrefour Bilaly ici, je suis en rang ici depuis longtemps, nous ne voyons pas le vendeur, vraiment ce n’est pas possible. Toute la journée d’hier j’hésitais à venir carburer ma moto, je me suis dit comme c’est lundi, c’est mon jour de repos, je vais l’envoyer au lavage, après je carbure. On ne peut pas prévoir les choses. Au marché noir le prix se négocie entre 15 mille a 25 mille franc guinéens, les gens ne sont pas gentils, ils sont en train de tirer profit sur leur prochain », déplore Mariama Kesso Ly.
En revanche, les vendeurs de carburant au marché noir sont visibles dans les différentes stations-services. Si par endroit des pompistes sont en train de les servir, Mamadou Saliou Diallo est toujours à l’attente.
« J’ai l’habitude d’acheter ici le carburant pour revendre, mais je n’achète qu’un seul bidon de 20 litres, mais aujourd’hui, j’ai trouvé des gens ici, ils avaient des dizaines de bidons et veulent être servis par les pompistes. Je ne savais même pas que le dépôt de carburant de Conakry avait pris feu. C’est à mon arrivée ici que je l’ai su. Ils m’ont fait savoir qu’il y a une pénurie en cours. J’ai donc décidé d’augmenter la quantité que j’ai l’habitude d’acheter, malheureusement jusqu’à présent je n’ai rien obtenu. Comme vous le constatez, il y a beaucoup de monde ici », confie Mamadou Saliou Diallo.
De notre constat, plusieurs stations de la ville de Labé ont décidé tout simplement de ne pas ouvrir les portes, alors que tous les citoyens cherchent à se ravitailler pour éviter toute mauvaise surprise.
Kankan, le prix du litre d’essence grimpe…
Dans le Nabaya, les prix du carburant sur le marché noir atteignent 20 000 GNF. Sur la nationale Kankan-Kissidougou, nous rencontrons Lounceny Keita poussant sa moto. L’exaspération est palpable. « Je n’arrive pas à trouver d’essence, c’est par relation qu’on en obtient. Ce n’est pas normal, les gérants affirment qu’il y a du carburant, mais nous, sans relations, devons laisser nos engins. C’est injuste. »

Laye Kourouma, a pu acheter un litre d’essence à 20 000 GNF, malgré lui. « Je suis déçu de certains Guinéens, vendre à ce prix en période de crise, c’est injuste. Les autorités militaires devraient agir contre ces pratiques malsaines« , martèle ce citoyen très en colère.
Originaire de Conakry, Maxime Kaliva Guilavogui a réagi rapidement à l’appel de sa mère, achetant une importante quantité de carburant. Il témoigne : « Cette crise n’est pas bonne pour nous, les taxis maîtres. Nous sommes diplômés, sans travail, c’est dans le taxi que nous subvenons à nos besoins. Les autorités doivent résoudre cela rapidement. »

Bakary Diané, conducteur de taxi-moto, abonde dans le même sens. « Il y a du carburant, mais les gens refusent de vendre. Les autorités doivent agir, obliger la vente pour éviter des difficultés à venir. »
Il en appelle aux autorités locales : « Il y a du carburant dans toutes les stations, mais on crée délibérément une crise. Les autorités doivent intervenir, sinon accompagner les enfants à l’école deviendra difficile, et les prix des denrées alimentaires risquent d’augmenter« , avertit M. Diané.
Appel à la sérénité
Au nom de la Fédération patronale des pétroliers de Guinée, Elhadj Nana Télico, demande à la population d’observer le calme et d’avoir la sérénité. Il annonce que les acteurs pétroliers sont en train de se pencher sur la gestion de l’après crise.
« Nous sommes en train de réunir tous les acteurs du secteur pétrolier, pour gérer l’après crise, parce que c’est ce qu’il faut gérer maintenant là. Depuis le dépôt qui est là, c’est le seul point de ravitaillement de notre pays, donc, quand ça s’arrête, il faut que le guinéen soit courageux, que nous soyons courageux, et de supporter cette petite difficulté« , a lancé l’opérateur économique.
La rédaction avec la coordination des correspondants d’Africaguinee.com
Créé le 18 décembre 2023 17:50Nous vous proposons aussi
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