Guinée : sept partis politiques contestent les résultats provisoires du double scrutin du 31 mai
CONAKRY – Sept partis politiques guinéens ont rejeté ce vendredi les résultats provisoires du double scrutin législatif et communal du 31 mai 2026 publiés par la Direction générale des élections (DGE).
Réunis à la Maison des Journalistes de la Minière, le RPR, le NFD, le MND, l’UNG, l’UDIR, le NIC et l’UPR dénoncent, dans une déclaration conjointe, de présumés « dysfonctionnements majeurs », des « altérations de résultats » et une « confiscation de la volonté populaire ».
« Tout en réaffirmant notre attachement indéfectible aux principes démocratiques, à la paix sociale et à la stabilité de notre pays, nous tenons à exprimer collectivement nos plus profondes préoccupations face à ce qui s’apparente à une véritable confiscation de la volonté populaire », a déclaré M. Diabaty Doré devant la presse.
Des chiffres jugés incohérents

Les responsables politiques affirment disposer de procès-verbaux officiels qui, selon eux, contredisent les chiffres publiés par la DGE.Évoquant le cas de l’UDIR, les signataires indiquent que le parti aurait obtenu officiellement 1 001 voix au niveau national, alors qu’un procès-verbal de centralisation de Tintioulen, dans la préfecture de Kankan, lui attribuerait à lui seul 2 366 voix.« Comment un score enregistré dans une seule localité peut-il être supérieur au total national annoncé par la DGE ? », s’est interrogé le porte-parole de la coalition.
Les contestataires citent également le cas du RPR. Selon eux, le parti est crédité de 1 002 voix sur l’ensemble du territoire alors que la seule commune urbaine de N’Zérékoré lui attribuerait 1 711 voix. Ils affirment par ailleurs que plusieurs localités, notamment Koumandou, Friguiagbé, Foumbadou, Gbessia et Kouankan, totaliseraient à elles seules près de 6 971 voix en faveur de cette formation.
Des anomalies statistiques et des violations du code électoral dénoncées
Les partis signataires disent avoir relevé ce qu’ils considèrent comme des anomalies statistiques inhabituelles.« Dans plusieurs circonscriptions, des listes concurrentes se voient attribuer exactement le même nombre de voix au chiffre près. Une telle symétrie est mathématiquement impossible dans un vote libre », soutiennent-ils.Ils accusent également l’administration électorale de ne pas avoir respecté certaines dispositions du Code électoral, notamment celles relatives à l’affichage des résultats dans les bureaux de vote et à la participation des délégués des partis lors des opérations de centralisation.Selon eux, des irrégularités auraient été observées dans plusieurs localités, notamment à Kénendé, Dubréka, Korbonya et Fatako.
« Les résultats étaient annoncés alors que le dépouillement continuait »

L’un des points les plus marquants de la déclaration concerne les circonstances de la proclamation des résultats provisoires.Présent à la conférence, le président de la NIC, M. Ibrahima Kaba, affirme que dans certaines circonscriptions, notamment à Labé et Guéckédou, les travaux de centralisation des votes étaient toujours en cours lorsque la Directrice générale des élections annonçait déjà des résultats à la télévision nationale.« Nos représentants étaient encore engagés dans les travaux de compilation au sein des commissions administratives de centralisation des votes. Pourtant, les résultats étaient déjà proclamés sur les antennes nationales », a-t-il déclaré.Pour les partis contestataires, cette situation soulève des interrogations sur la traçabilité et la fiabilité des résultats publiés.
Un recours devant la Cour suprême
Les formations politiques rappellent qu’elles avaient déjà saisi la Cour suprême lors du processus de validation des candidatures, après avoir été, selon elles, initialement écartées par la DGE. Aujourd’hui, elles annoncent avoir déposé de nouveaux recours devant la haute juridiction afin de contester les résultats provisoires.« Nous fondons notre espoir sur la rigueur, l’indépendance et la dignité de la Cour suprême. Nous attendons d’elle qu’elle examine les pièces irréfutables que nous lui avons soumises et qu’elle dise le droit », a déclaré M. Diabaty Doré.Les signataires demandent soit un recomptage des voix à partir des procès-verbaux authentifiés, soit, à défaut, l’annulation du scrutin et l’organisation de nouvelles élections.
Appel au calme
Malgré leurs critiques, les partis politiques ont appelé leurs militants et sympathisants à préserver le calme et à privilégier les voies légales.« Ne cédons à aucune provocation. Restons mobilisés avec dignité et fermeté dans l’attente du verdict juridictionnel pour la défense exclusive de la démocratie », ont-ils lancé.
La Cour suprême est désormais attendue sur ce dossier qui pourrait avoir des conséquences importantes sur la composition de la future Assemblée nationale et sur l’avenir du processus de sortie de transition en Guinée.
Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 12 juin 2026 14:38Nous vous proposons aussi
TAGS
étiquettes: DGE, Elections, Elections législatives, Guinée









