Guinée : Les personnes en situation de handicap face au poids de la discrimination… « enquête »

CONAKRY-Selon le Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les droits de l’Homme, on entend par personnes handicapées, « des personnes qui présentent des incapacités physiques, mentales, intellectuelles ou sensorielles durables dont l’interaction avec diverses barrières peut faire obstacle à leur pleine et effective participation à la société sur la base de l’égalité avec les autres ». ( Sic, Convention relative aux droits des personnes handicapées, adoptée en 2006).

En Guinée, plusieurs témoignages démontrent que les personnes qui sont dans cette situation de « handicap » font face au phénomène de discrimination voire même de rejet dans certains cas. Dans certains hôpitaux et centres de prise en charge médicale ou services administratifs…, ces personnes font face à des pesanteurs sociales. Ces actes se manifestent très souvent à travers des propos, des gestes, des railleries… les stéréotypes sont nombreux, selon des victimes que nous avons pu interroger. Si certains préfèrent se morfondre en gardant leur mal en silence, d’autres acceptent de briser le silence. C’est le cas de Ibrahima Diané, qui milite en faveur de la protection des « handicapés ». Il se souvient encore d’un acte de discrimination dont il dit avoir été victime quand il s’est rendu dans un CHU de la capitale pour un traitement d’une hernie.

« J’ai été tout le temps victime de discrimination dans les centres de soins. Un jour, je suis parti au CHU Ignace Deen pour une consultation relative à un problème de hernie. Là, on m’a demandé une somme exorbitante pour mon traitement. Un médecin qui était à côté, m’a fait signe et m’a suggéré d’aller voir la direction de l’hôpital d’alors pour qu’il m’assiste, vue mon état… Dès que je me suis présenté à la porte du directeur en question, il a pris ses distances. Il a fait des signes qui m’ont prouvé que je n’étais pas le bienvenu. Étonné de son geste, j’ai répliqué en lui disant que je suis une personne vivant avec le handicap certes, mais pas un mendiant comme il pouvait l’imaginer. Après tout, il m’a rassuré que mes examens pourraient être pris en charge gratuitement, mais pas le reste… », a relaté M. Diané.

Il signale que l’une de ses épouses, aussi handicapée, a été victime de discrimination alors qu’elle était partie pour son accouchement. D’après lui, certains dans la société les voient comme des gens qui aiment se victimiser et se procréer sans planification. Pourtant la Convention de l’ONU dont la Guinée est partie, garantit aux personnes vivant avec un handicap le respect de leur dignité intrinsèque, la non-discrimination, la participation et l’intégration pleines et effectives à la société ; le respect de la différence et l’acceptation des personnes handicapées comme faisant partie de la diversité humaine et de l’humanité ; mais aussi l’égalité des chances. On constate une nette dichotomie entre ces valeurs et la réalité.

« On nous indexe comme ceux qui aiment fréquemment provoquer des palabres, ceux qui aiment enfanter sans planification etc. Les personnes handicapées rencontrent de sérieux problèmes dans les hôpitaux. Ceci n’est plus caché. Il faut préciser cependant, que ce n’est pas seulement dans les hôpitaux. Même à notre département (ministère de la Promotion féminine, de l’enfance et des personnes vulnérables), nous subissons des coups. On est discriminés partout« , déplore-t-il.

M. Diané avec son épouse

Peu de statistiques actualisées existent sur le nombre de personnes vivant avec un handicap en Guinée. Le recensement tiré du RGPH2 avait dénombré environ 139.000 personnes présentant un handicap majeur, soit 2% de la population résidente des ménages ordinaires. En d’autres termes, 2 guinéens sur 100 souffrent d’un handicap quelconque. On compte presque autant de femmes (50,6%) que d’hommes (49,3%) au sein de cette population handicapée. Mais ces chiffres qui datent de 1996 ont certainement évolué.

Bangaly Camara travaille pour une organisation de secours aux handicapés. Il confie que dans le cadre de la mise en œuvre de certains de leurs projets, ils ont reçu assez de témoignages liés aux difficultés qu’ont les personnes vivant avec le handicap, d’accéder notamment aux services de santé sexuelle et reproductive.

« Certains préjugés qui existent dans nos communautés font croire par exemple que, si un médecin s’occupe d’une personne atteinte d’albinisme, son espérance de vie diminue. Ce qui fait que, quand les personnes atteintes d’albinisme arrivent souvent dans les services de santé pour recevoir les soins liés à la santé sexuelle et reproductive, il y a une certaine réticence des prestataires de santé. Nous avons par exemple reçu certains témoignages à Conakry, où une femme qui a subi une césarienne, puis, est revenue trois jours après à l’hôpital pour recevoir des soins. On a refusé de lui donner un fauteuil roulant pour quitter l’hôpital et aller au niveau de la plaque, ils l’ont refusé. La dame a dû ramper pour au moins 500 mètres afin d’emprunter une voiture« , a révélé cet activiste.

Bangaly Camara

Ces cas de discrimination ont provoqué une baisse drastique de fréquentation des personnes vivant avec le handicap dans plusieurs hôpitaux du pays, d’après M. Camara. Cette situation s’explique par plusieurs raisons. Il y a non seulement de la pauvreté, parce que ces personnes n’ont pas le plus souvent les moyens nécessaires d’accéder aux services de santé, notamment ceux liés à la santé sexuelle et reproductive, mais il y a aussi les stéréotypes qui existent sur les femmes vivant avec le handicap, particulièrement.

« Beaucoup de femmes nous ont confié que, quand elles sont enceintes, le fait pour un prestataire de santé de dire seulement « ah, toi aussi, vivant avec le handicap, tu tombes enceinte ? ». C’est discriminant, et cela limite la fréquentation de ces personnes-là aux services de santé sexuelle et reproductive« , poursuit M. Camara. D’après lui, ce fléau a pris de l’ampleur en 2022 dans le pays.

Femmes vivant avec le handicap, doublement victimes…

« Les femmes handicapées subissent une double discrimination : la discrimination liée au genre, le fait qu’elles soient femmes, et la discrimination liée à leur handicap physique ou atteinte d’albinisme« , martèle Bangaly Camara.

L’espoir perdu avec le département de tutelle…

Comme M. Diané d’autres personnes vivant avec le handicap qui ont préféré garder l’anonymat, ont aussi témoigné avoir été « abandonnés » par leur département de tutelle qu’est le ministère de la Promotion féminine, de l’enfance et des personnes vulnérables.

« On nous encourage à présenter des projets pour être accompagnés financièrement. Mais rien ne progresse en réalité quand il s’agit de nous. Nous faisons souvent face aux faux espoirs, aucun accompagnement, des fausses promesses foisonnent. On nous utilise dans notre département. Ils organisent des formations pour obtenir de l’argent des institutions internationales. Dès que leurs affaires marchent, ils nous lâchent. Nous ne bénéficions rien après. Je n’ai plus d’espoir avec eux« , regrette Ibrahima Diané.

A l’hôpital Ignace DEEN, nous n’avons pas eu de répondants véritablement dans ce CHU. Au contraire, à Donka, nous avons bien été reçus dans la cellule de communication. Toutefois, nos requêtes par rapport à cette problématique sont restées sans suite. Au ministère de la Promotion féminine, de l’enfance et des personnes vulnérables, les accusations portées contre le département ont été rejetées en bloc.

Victimisation

« Les personnes vivant avec le handicap sont souvent en posture de victimisation. Nous, notre rôle au ministère, c’est de les aider. Le ministère se bat à travers un accompagnement psycho-social également, pour les intégrer davantage, de les encourager à s’intégrer. C’est un combat de tous les jours que le ministère et ses partenaires mènent auprès des autres entités sociales. Nous ne pouvons pas effectivement dire qu’il n’y a pas des cas isolés. Au-delà même des personnes en situation de handicap, les gens ne vivant pas dans cette situation sont souvent victimes de quelques manquements professionnels des médecins (…)« , a répondu le responsable communication et relations publiques au ministère de la Promotion féminine, de l’enfance et des personnes vulnérables.

Amadou Gack

Il affirme que le ministère dispose d’une direction en charge des personnes vivant avec le handicap. Selon Amadou Gack, face d’éventuels cas, le département saisit son homologue de la Santé et de l’hygiène publique, avec lequel il travaille régulièrement. Interpelé sur le manque de financement des projets présentés par les personnes vivant avec le Handicap, il déclare que la plupart des projets présentés par les personnes vivant avec le handicap, sont fiancés à travers le fonds d’investissement public, donc, leur mise en œuvre est suivie de près.

Ce que prévoient des lois guinéennes

En Guinée, il existe une loi portant protection et promotion des personnes handicapées qui consacre ce droit à la santé pour les personnes handicapées de façon générale, y compris tout ce qui est lié à la santé sexuelle et reproductive. Mais il se trouve que cette loi aussi n’est pas assez vulgarisée.

« Beaucoup de personnes handicapées ignorent même l’existence de cette loi. Ceci est une avancée. Du fait qu’il y a un cadre juridique qui encadre la protection et l’accès au droit pour personne handicapées.  Il existe la loi L10 : Santé de la reproduction de 2000. Mais après une analyse, on a trouvé que c’était plus au moins caduque que ça ne prenait pas suffisamment en compte les questions liées aux handicaps. Quand-même, nous sommes dans des perspectives de susciter en fait, la réforme de cette loi pour inclure tout ce qui est question de handicap dedans. Les partenaires techniques et financiers aussi font des efforts dans ce sens-là, mais ces efforts qui sont très limités par rapport à la demande sur le terrain. Même nous, nos efforts ne parviennent pas à couvrir les demandes sur le terrain, parce que la majorité des actions qui sont menées en faveur des personnes handicapées en Guinée, se limite au niveau de Conakry. Pourtant, Conakry n’a que 14,02% des personnes handicapées« , explique Bangaly Camara.

A suivre !

Enquête réalisée par Dansa Camara DC

Pour Africaguinee.com

Créé le 22 juillet 2024 13:55

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