Syndicat: Aboubacar Soumah accusé de « trahison » par les contractuels non retenus

CONAKRY – Le protocole d’accord signé mardi 2 décembre entre le gouvernement et le SLECG (Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée) n’a pas calmé les tensions dans le secteur éducatif. Après le rejet unanime du texte par l’intersyndicale SNE-FSPE, les enseignants contractuels communaux non retenus et ceux de la zone spéciale de Conakry s’y opposent à leur tour. Leur porte-parole, Mamadou Diaka Sow, parle d’une “trahison”. (Interview).

AFRICAGUINEE.COM : Quelle est la position des enseignants contractuels communautaires et ceux de la zone spéciale de Conakry par rapport à ce protocole d’accord signé entre le gouvernement et le SLECG, hier mardi ?

MAMADOU DIAKA SOW : Le protocole, nous le rejetons. Nous estimons que c’est une autre trahison à l’endroit des enseignants fonctionnaires et des contractuels de l’éducation. Nous pensons que le SLECG devait plutôt organiser une concertation, faire appel aux enseignants concernés avant de proposer une quelconque solution au gouvernement, au nom des enseignants, sans leur avis ni leur accord.

Donc, c’est une autre trahison qui a été commise à l’encontre des enseignants contractuels. D’autant plus que nous, contractuels non retenus, avons franchi toutes les étapes : nous avons même nos RIB bancaires auprès de la Fonction publique, et les copies d’évaluation se trouvent dans les DPE (Directions préfectorales de l’Éducation). Donc, ce n’est pas une question de concours. Nous avons renoncé à deux ans d’engagement pour cela.

Au-delà de cela aussi, il y a le fait que nous n’avons pas du tout peur du concours. Mais nous savons qu’en Guinée, lorsqu’on parle de concours, il y a souvent des mesures de substitution, des missions… C’est pourquoi nous rejetons en bloc ce protocole vide de sens, contraire au respect de l’éthique et des lois, et qui va même à l’encontre des intérêts des enseignants.

Vous êtes donc derrière le camp du Bloc SNE et FSPE qui a déclenché une grève générale ?

Nous ne sommes pas d’accord avec ce protocole, et nous nous alignons derrière la FSPE du camarade Algassimou Bah et le SNE dirigé par Michel Pépé Balamou. L’avis de grève a été déposé et c’est cette grève-là qui continue. Il y a déjà eu des perturbations la dernière fois du côté de Sonfonia, de l’école de Kipé, et même à l’intérieur du pays, notamment à Labé, N’Zérékoré, Kankan… Partout, la grève a été suivie. Donc, nous continuons le mot d’ordre de grève, et seuls ces deux responsables de l’intersyndicale sont habilités à lever la grève.

C’est pour cette raison que nous les suivons, afin de défendre les intérêts et les valeurs des travailleurs guinéens. Une seule personne ne peut pas décider comme ça, pour des intérêts cachés, loin de tous les enseignants. En syndicalisme, c’est la base qui est souveraine, et les secrétaires généraux exécutent la décision de la base. Ce que le SLECG a fait, à travers son président Aboubacar Soumah et sa secrétaire générale Kadiatou Bah, est une décision unilatérale et contraire aux décisions globales.

Donc, nous ne sommes pas d’avis, et nous nous apprêtons à organiser une sortie très musclée dans les jours à venir devant le ministère du Travail et de la Fonction publique. Les représentants des 33 préfectures se sont concertés, et nous attendons juste aujourd’hui la concertation avec l’intersyndicale à la Bourse du travail. Nous avons même un programme là-bas aujourd’hui à partir de 13 h – 14 h, comme ça.
Moi-même, je m’apprête à m’y rendre, et une fois sur place, nous allons les exposer. D’ailleurs, ils nous soutiennent à 100 %. Nous estimons que nous serons victorieux dans cette affaire.

L’État a fait ce qui l’arrange, mais il n’a pas résolu le problème. Il n’a fait que le déplacer temporairement. Et les autres ont profité de la situation. Donc, il n’y a aucun acquis dans ce protocole-là. Aucun acquis.

Parce que vous savez, Aboubacar Soumah lui-même défendait les 8 millions en 2018. Aujourd’hui, avec ce protocole, l’État lui a proposé 4 millions. Il a refusé, et il a tout perdu. C’est avec l’arrivée de l’ancien ministre Guillaume Hawing qu’il a recommencé certaines démarches et s’en est approprié. C’est pour cette raison qu’il n’y a pas eu de grève.
Et ces derniers temps, il est parti signer ce protocole : l’avancée qui s’y trouve concerne juste la prime de craie, qui passe de 100 000 à 500 000, et la prime de documentation. Le tout cumulé fait 750 000 GNF, ce qui est minime.

Alors que les enseignants s’attendaient à des millions. Tout cela a été fait pour bloquer et saboter la grève, et ils ont renvoyé la suite des négociations en février 2026. Vous imaginez ce que cela signifie ?

C’est une manière de laisser les enseignants dans la précarité, alors que le moment est très propice pour qu’ils obtiennent gain de cause. Le président dit vouloir soutenir les enseignants ; c’est maintenant qu’il peut poser des actes concrets allant dans le sens de l’amélioration des conditions de vie des enseignants guinéens.
Et si le mouvement faiblit, je pense qu’on ne pourra plus tenir le gouvernement responsable de certains objectifs non atteints.

Donc, tant que vos revendications ne sont pas satisfaites, il n’est pas question pour vous de lever le mot d’ordre avec l’intersyndicale ?

Il n’est pas question, pour l’instant, de lever le mot d’ordre de grève. Nous resterons en grève jusqu’à ce que nos revendications soient vraiment prises en compte. Au niveau des revendications, il faut comprendre que parmi les points retenus comme prioritaires, trois étaient essentiels :

  • le statut particulier de l’éducation,
  • le déblocage des salaires des fonctionnaires bloqués de 2023 à nos jours,
  • et l’engagement à la Fonction publique des anciens contractuels sans condition et sans délai.

Parmi ces trois points, le déblocage a déjà démarré et ils ont même demandé de la documentation. Mais les deux points saillants restent le statut particulier et l’engagement des contractuels.

Eux estiment que le fait de dire qu’il faut préparer les enseignants pour un cadre de concours à venir, sans préciser la date ni les modalités, constitue déjà un acquis. Alors que pour nous, il n’en est pas question : nous avons déjà fait un concours, et il n’est pas question d’en refaire un autre. Nous soutenons tout le monde et nous sommes derrière l’intersyndicale de l’éducation (SNE et FSPE).

La seule chose que je veux ajouter, c’est lancer un appel au président de la République pour qu’il fasse face à la situation des enseignants. Il doit comprendre que les enseignants sont très frustrés. À lui de lever cette frustration-là, sinon cela ne sera pas bon pour les jours et les semaines à venir.

Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 3 décembre 2025 12:47

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