Guinée : Inauguration de la Maison du Fuuta, à Buruwal Tappè
MAMOU- C’est un rêve de plusieurs années qui vient de voir jour à ce lundi 8 juillet 2024. La rénovation de la Maison du Fuuta, dont les travaux ont été entamés depuis le 9 Juillet 2012, ont pris fin à Buruwal Tappè, dans la préfecture de Pita. La restauration de ce temple historique et sacré du Fuuta et son inauguration ont été initiés par les fils ressortissants de la région avec l’accord des doyens des communautés. C’est donc l’aboutissement d’un rêve de plusieurs années. Dans le passé, cet endroit a servi de lieu de prière, de bénédiction et de concertation.
Après cette inauguration, d’autres infrastructures seront réalisées. Autour de la maison, il est attribué à chaque diiwal et région naturelle un grand domaine. Ils doivent le mettre en valeur pour faire du lieu une belle cité en toile, un centre culturel et écologique, où chaque guinéen se reconnaîtra, ont fait savoir sur place, les autorités locales de Buruwal Tappè.
C’est un vaste projet d’une grande étendue qui y est envisagé. La maison est une imposante infrastructure avec une charpente à l’image de celle d’une mosquée mais sans minaret qui y est bâtie. La cérémonie inaugurale a eu lieu sous la présidence du nouveau Khalife général entouré des sages, des cadres, des membres du CNT et des fils résidents et ressortissants du Fuuta ainsi que des représentants des autres régions naturelles, en collaboration avec la coordination nationale des Fulɓe et Haali Pular de Guinée.
Autour de cette maison, des corps de métiers, un musée, un espace culturel (pour artistes, écrivains, musiciens et penseurs), les cases des trois diwés (provinces), une radio de langue nationale pour promouvoir les traditions orales sont prévus.
Le président des ressortissants de Pita est parti du rappel historique de la Case du Fuuta devenue plus tard maison pour présenter le projet à long terme. Les lieux seront érigés en musée pour maintenir les valeurs des différentes contrées. Elhadj Mamadou Diouma Bah ouvre un pan de ce grand projet :

« Il y a de l’émotion en parlant de ce lieu historique et mémorable du Fuuta en ce jour d’inauguration. Nous sommes non seulement fiers mais aussi honorés du fruit d’un rêve collectif forgé par la détermination et le dévouement des citoyens du Fuuta. C’est un édifice majestueux né de la générosité et du financement volontaire de nos concitoyens, destiné à devenir un centre de spiritualité des prières et de bénédictions pour la paix. Cette maison symbolise notre unité et notre engagement à promouvoir la culture et les valeurs qui nous sont chères. Sur ce domaine sacré, nous érigerons des édifices qui feront rayonner notre culture et notre patrimoine. Parmi les projets ambitieux prévus sur ce site se trouvent les trois cases des diwés du Fuuta, Chacune symbolisant une facette unique de notre riche histoire. Nous construirons également un musée consacré à notre héritage où les générations futures viendront s’instruire et s’inspirer des réalisations de nos ancêtres. Le palais de la culture sera un lieu de célébration et de rencontre, un espace où artistes, écrivains, musiciens et penseurs pourront se retrouver pour créer et partager. Un hangar de métier abritera les corps de métiers de la région (tisserands, artisans, potiers et autres) qui perpétueront nos savoirs ancestraux et contribueront à la vitalité d’une économie locale. Nous mettrons en place une radio des langues nationales pour promouvoir nos diversités culturelles. Une radio qui sera une plateforme de diffusion de nos traditions orales », précise Elhadj Diouma Bah.
Le facteur d’unité entre les trois diwés a été ressorti lors de la cérémonie. Cherif Abdoulrahim Haidara a été mandaté d’exprimer leur déclaration commune :

« C’est le moment et le lieu de rendre grâce à Dieu jusqu’à l’infini de nous avoir fait vivre ce jour, un jour inoubliable, un jour qui sera gravé à jamais dans l’histoire pour nos devanciers, nous-mêmes, nos fils et prochains petits-fils qui viendront après nous. Nous avons fait revivre ce que nous avons trouvé, c’est notre fondement. Qu’Allah nous unisse davantage et nous sauve avec nos familles. Œuvrons pour plus d’amour et de paix entre nous afin que nos visions s’élargissent partout, que nous soyons des personnes qui se pardonnent, qui s’aiment et qui aiment le bien pour leur prochain. Si nous nous attelons à ces tâches, il n’y a pas de raison que Dieu ne nous mette pas sur le bon chemin » prêche Cherif Abdourahim Haidara au nom des trois diwés.
Hadja Aminata Baldé, présidente des femmes Haali pular de Guinée accompagnée des femmes représentantes de la Haute-Guinée et de la Basse-Guinée insiste beaucoup sur l’éducation des enfants et la soumission des femmes à leurs époux :

« Je vais saluer tout le Fuuta à cet instant, je vais m’adresser à ses femmes en commençant par marquer notre joie d’être là ce jour. Je vais prier toutes les femmes de ne pas négliger l’éducation des enfants. Si une femme est honorée et respectée, ce sont ses enfants qui sont bénis, qui sont devenus quelques choses. Nos enfants ne seront pas bénis sans notre soumission à nos chers époux. Je vous prie de marcher sur les traces de nos chères mères qui ont œuvré pour la bonne éducation et ont accepté la résignation à l’endroit de leurs maris qui sont nos pères. On dit souvent que la vie de couple n’est pas aisée, mais je dis non, il n’y a pas une vie aussi merveilleuse que celle du lien de mariage. Soyons justes et honnêtes envers nos maris afin que nos enfants soient écoutés demain », conseille la mère de famille.
Des cadres et ressortissants de la région, des personnalités politiques ont aussi marqué leur présence à cette inauguration.
Le président du parti UGN (Union pour la Guinée nouvelle) y était également. Il tire un angle sur l’évènement :
« En tant que fils ressortissants de la région ; l’inauguration de cette maison de la culture et de l’histoire du Fuuta représente pour moi un événement important. Si nous savons l’origine de cette maison, on sera en mesure de réunir toute l’histoire autour de nous. C’était un devoir pour moi d’être là aux côtés des sages et de toute la communauté. Hier nous étions également à l’intronisation du Khalife. Les fils de la région doivent s’en féliciter, s’unir et s’engager véritablement pour le développement économique, social, politique et religieux de notre région. Nous avons des valeurs historiques, touristiques et religieuses importantes que nous pouvons valoriser et partager davantage » se félicite Diao Baldé, président de l’UGN.

Le grand-imam de Labé, Elhadj Thierno Badrou Bah prenant la parole au nom du Khalife général, également présent à la cérémonie montre toute l’importance et la portée de la maison du Fuuta à Brouwal-Tappe :
« Que Dieu ait pitié de nous encore. Nous sommes très marqués aujourd’hui. Les propos que je tiens ici c’est au nom du khalife général du Fuuta, Elhadj Alpha Abdoul Dionfo Diallo qui indique que c’est sur les meilleures traces et actes du Fuuta que cette maison est bâtie. C’est une tradition de faire un retour vers les lieux de prédilection laissés par nos parents. Il faut remercier les jeunes de la région qui ont eu l’initiative de faire construire cette maison avec l’accord des sages. Hier dimanche il a été intronisé khalife général du Fuuta, aujourd’hui on lui présente la maison du Fuuta, de la Guinée et pour tous les besoins. Nous sommes heureux de constater que la majorité de l’assistance ici, ce sont des jeunes dont la présence rassure les sages de la bonne voie et que tout ce qui est fait ici c’est pour eux. Si une maison est construite pour la survie de notre culture, on comprend directement qu’il s’agit de notre identité à nous. Pour ceux qui ont de la notoriété à travers le monde, ils s’appuient sur leur culture. La culture du Fuuta est également la culture de toute la Guinée. Si nous avons partagé ces instants avec la Basse-Guinée, la Haute-Guinée et la Forêt cela prouve que c’est toute la Guinée qui se partage ces lieux ici », déclare Elhadj Badrou Bah, l’inspecteur régional des affaires religieuses de Labé.

Dans une brève intervention, El Hadj Alsény Barry, le président de la coordination nationale des Fulɓe et Haali pular de Guinée a confié, lors de la coupure du cordon inaugural que la case du Fuuta c’est aussi un lieu où les régions naturelles du pays peuvent se retrouver là pour discuter de certaines situations de la Guinée. C’est une maison de réconciliation en quelque sorte selon ses propres mots.

Alpha Ousmane Bah
De retour de Buruwal Tappè
Pour africaguinee.com
Tel. (+224) 664 93 4545
Créé le 9 juillet 2024 15:10









