Grogne des commerçants à N’Zérékoré: « C’est une manipulation », réagit la Mairie
NZERÉKORE- Au lendemain de la vive protestation des commerçants du grand marché de Nzérékoré, contre la hausse des taxes, le président de la délégation spéciale, Niankoye Georges Oscar Lamah, est sorti de son silence. Lors d’un entretien ce mercredi 29 octobre 2025, il a dénoncé une « manipulation » orchestrée par des « mains noires » et a rappelé la nécessité pour les citoyens de s’acquitter de leurs obligations fiscales pour le développement de la commune.
Selon lui, la grogne trouve son origine dans la décision de la mairie d’appliquer de nouveaux tarifs de location des boutiques et magasins du grand marché, une mesure, soutient-il, convenue « en commun accord avec la Chambre préfectorale de commerce ».
Le président de la délégation spéciale explique que, conformément au code des collectivités, la gestion du marché revient à la commune. « Depuis longtemps, les commerçants ne payaient presque rien. La mairie ne gagnait presque rien. Donc, on a dit : les boutiques qui font face à la route paient 150 000 GNF, celles de l’intérieur 100 000 GNF, et les conteneurs 25 000 GNF. C’est une entente que nous avons eue avec la Chambre de commerce. Certains se croient au-dessus de la loi. Quand nos agents ont mis des cadenas sur quelques boutiques, ils sont sortis pour manifester », a-t-il dénoncé.

“Des intérêts personnels cachés derrière le mouvement”
Pour M. Lamah, cette colère n’est pas spontanée. Il accuse des individus de s’enrichir illégalement sur le dos de l’État : « Il y a des gens qui se disent propriétaires des boutiques que l’État a construites. Ils les louent à 800 000 ou 1 000 000 GNF par mois, mais refusent de reverser ne serait-ce que 150 000 à la mairie. C’est inacceptable », a-t-il martelé.
Il rappelle également que, selon les textes, les baux conclus pour des boutiques construites par des particuliers sont limités à dix ans, après quoi les infrastructures doivent revenir à la commune. « Mais ici, chacun fait comme il veut. C’est une mauvaise habitude à laquelle il faut mettre fin », a-t-il martelé, tout en invitant les commerçants à la retenue et au dialogue : « Les portes de la mairie sont ouvertes. Quiconque veut comprendre les choses peut venir échanger. Le développement ne se fera pas dans le désordre, mais dans la discipline et la participation citoyenne. »
Karifa Traoré, receveur de la Commune urbaine de Nzérékoré, a dénoncé la « mauvaise foi » de certains acteurs du commerce local. « Ce problème remonte à longtemps. Il y a des individus qui se sont approprié les infrastructures du marché pour leur profit personnel. Ce sont eux qui perçoivent les loyers exorbitants et refusent de verser le minimum à la commune », a-t-il révélé.

Le receveur explique que la commune avait initialement proposé des montants à 300 000 GNF par mois pour les boutiques situées au bord du goudron mais que, pour apaiser la tension, elle a revu les prix à la baisse.
« Nous avons accepté, sous la médiation du préfet, de descendre à 150 000 GNF pour les boutiques donnant sur la route, 100 000 GNF pour celles de l’intérieur et 25 000 GNF pour les conteneurs. Tout a été consigné dans un protocole d’accord signé avec la Chambre de commerce », a-t-il précisé. Pour M. Traoré, les véritables instigateurs du mouvement sont ceux qui veulent conserver le contrôle du recouvrement :
« Alors, tout ce qu’ils veulent, qu’on dise que la Chambre fait le recouvrement. Parce que je suis venu trouver ça. On a essayé. A la première année, on n’a pas pu faire un recouvrement de 80 millions, dans tous les marchés.
Alors que si vous prenez 800 boutiques, rien que le grand marché, 800 boutiques, multipliez ça par même 10 000 francs. Ça vaut faire combien ? Parce que quand on leur dit de faire le recouvrement, quand ils recouvrent, là où le montant doit être destiné, ça ne vient pas là-bas. Toute la guerre, c’est ça. Ils veulent que le recouvrement soit à leur niveau, parce que le protocole qu’ils ont signé, c’était sous pression. Parce que le préfet a vu la réalité. C’est pourquoi ils ont dit, il faut faire encore un autre mouvement, pour dire aux gens de ne pas payer ».
La Chambre de commerce parle d’une “augmentation brutale”

De son côté, Bérété Issiaka, trésorier de la Chambre préfectorale de commerce, reconnaît la légitimité de la mairie dans la gestion du marché, mais déplore la manière dont la réforme a été conduite : « L’augmentation a dépassé la borne. Les gens qui payaient annuellement 300 000, tu lui dis de payer 1 200 000. Mettez-vous à la place de ces mêmes commerçants. Ceux qui payaient 505 000, la commune les dit de de payer 2 400 000 francs par an c’est ce qui a fait des bruits. Et on a duré dans ça. On a fait de longues négociations par rapport à ça. On peut augmenter de manière raisonnable, mais à un seul coup 200% d’augmentation, c’est trop ».
Selon lui, la Chambre avait proposé une augmentation progressive, mais cette suggestion n’a pas été retenue. « La commune a lancé la procédure de fermeture des boutiques sans nous informer. Quand ils ont commencé à fermer des boutiques, la tension a éclaté. Si nous avions été associés à cette opération, la situation aurait pu être évitée », a-t-il ajouté.
Après les tensions de mardi, la mairie prévoit de convoquer une réunion élargie regroupant la Chambre de commerce, les commerçants et les détenteurs des magasins afin de clarifier les incompréhensions et trouver une issue pacifique.
En attendant, le président de la délégation spéciale de Nzérékoré insiste : « Que ce soit moi ou un autre, celui qui dirigera la commune demandera le paiement des loyers. C’est une obligation citoyenne. Nzérékoré doit changer. »
A suivre !
SAKOUVOGUI Paul Foromo
Correspondant Régional d’Africaguinee.com
En Guinée Forestière.
Tél : (00224) 628 80 17 43
Créé le 30 octobre 2025 13:46Nous vous proposons aussi
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