Bah Oury, Grand Officier de l’Ordre National du Mérite: Quand la reconnaissance d’État épouse le parcours (opinion)

Il y a des distinctions qui ne sont que protocoles. Et il y en a d’autres qui racontent une histoire. Celle que le président de la République, Mamadi Doumbouya, a écrite le 28 mars 2026 en élevant le Premier ministre Amadou Oury Bah à la dignité de Grand Officier de l’Ordre National du Mérite appartient résolument à la seconde catégorie. Car pour comprendre la portée de ce geste, il faut remonter le fil d’un destin qui se confond, depuis plus de quarante ans, avec celui de la Guinée elle-même. 

La signification d’une élévation

Le décret présidentiel du 28 mars 2026 a élevé trois hauts responsables à la dignité de Grand Officier de l’Ordre National du Mérite, en reconnaissance de leur engagement et de leurs efforts constants en faveur du processus de développement du pays, amorcé depuis le 5 septembre 2021. Parmi eux, le Premier Ministre Amadou Bah Oury occupe une place particulière.

Dans la hiérarchie des ordres honorifiques, le rang de Grand Officier ne s’obtient pas à la seule faveur de la conjoncture. Il sanctionne une trajectoire, une constance, une loyauté à l’égard d’une cause qui dépasse les intérêts immédiats et personnels. C’est une reconnaissance d’État adressée à un homme qui, avant d’être au sommet de l’exécutif, a longtemps été dans l’opposition, parfois au péril de sa liberté. La symbolique n’est pas mince : c’est la République qui, par la voix de son président, dit à cet homme — vous avez servi votre peuple, et nous le reconnaissons.

Un parcours bâti dans l’adversité

Pour saisir la profondeur de cette reconnaissance, il faut revenir aux fondements. Né à Pita, au cœur du Fouta-Djalon, Bah Oury a fait ses études au Sénégal, se distinguant par ses brillants résultats scolaires ; bachelier série mathématiques mention très bien, premier de la République du Sénégal, avant d’obtenir une bourse d’excellence pour la France, où il a enseigné les mathématiques supérieures plusieurs années.

Ce socle intellectuel d’exception nourrit dès son retour en Guinée un engagement civique sans compromis. En 1986, il rentre en Guinée et participe au lancement des premiers mouvements politiques et à la création de l’Organisation guinéenne de défense des droits humains et du citoyen (OGDH). Il s’oppose au régime du Général Lansana Conté au début des années 90 et mène la lutte pour l’instauration d’une démocratie multipartite, aux côtés d’autres leaders. À deux reprises, il est interpellé par les services de sécurité, puis libéré sous la pression populaire.

Son parcours est celui d’un homme qui ne choisit jamais la facilité. Il subit l’exil en France après avoir été accuse et condamne à tort dans les évènements du 18 Juillet 2011 à Conakry. Gracié en décembre 2015, il rentre au pays, fort d’une trajectoire marquée par une fidélité constante à ses convictions démocratiques. Ce n’est pas l’histoire d’un technocrate propulsé par les circonstances. C’est l’histoire d’un démocrate éprouvé par elles.  

Deux ans à la Primature : une équation difficile, des résultats tangibles

Nommé dans un contexte économique tendu par l’explosion du principal dépôt de carburant de Conakry, Bah Oury et son gouvernement sont parvenus à rétablir l’équilibre et à avancer sur la trajectoire de développement tracée par le Chef de l’État.

Sur le plan institutionnel, le bilan est historique. Le référendum constitutionnel du 21 septembre 2025, suivi de l’élection présidentielle du 28 décembre 2025, a permis le retour à un ordre institutionnel régulier, légitime et souverain, dans un cadre pacifique, reconnu par les missions d’observation régionales et internationales. Cette évolution s’est également traduite par une normalisation progressive de la position internationale de la Guinée. La Francophonie, puis la CEDEAO ont progressivement levé leurs mesures restrictives ; signal fort d’une crédibilité retrouvée.

Sur le plan économique, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les recettes publiques ont plus que doublé entre 2020 et 2025, passant de 18 859 à 45 000 milliards de francs guinéens. La digitalisation des finances publiques et les réformes administratives ont permis d’économiser plus de 246 milliards GNF, tout en renforçant la transparence budgétaire. Le rebasage du PIB a révélé une économie plus robuste, avec une richesse nationale réévaluée à plus de 36 milliards de dollars.

Sur le plan macroéconomique, la Guinée a enregistré une croissance portée à 7,2 % en 2025, au-dessus des prévisions initiales, et une inflation ramenée autour de 3 % après avoir frôlé les deux chiffres. Près de 50 % du budget national 2025 a été financé par des ressources propres ; une première dans l’histoire récente du pays. Cette performance économique exceptionnelle a permis à la guinée d’obtenir en Septembre 2025 sa première notation souveraine (B+) avec perspective stable de l’agence Standard & Poor’s (S&P). Cette notion inaugurale marque un tournant financier pour le pays, confirmée par une perspective positive (B+ /Positive) par la même agence en Mars 2026.

Ces résultats ne sauraient occulter les défis persistants que Bah Oury lui-même a courageusement reconnu avec lucidité, affirmant que l’effort de transformation ne peut s’arrêter aux indicateurs macro et doit rejoindre les réalités du quotidien des Guinéens.

Une collaboration au long cours, une vision partagée

La reconduction d’Amadou Oury Bah à la Primature s’inscrit dans une logique assumée de continuité politique. Homme politique d’expérience, il dispose d’une connaissance approfondie de la vie publique nationale, adossée à un réseau solide tant sur le plan national qu’international. Sous le leadership du Président Mamadi Doumbouya, il a joué un rôle déterminant dans la refondation de l’État.

Cette reconduction, puis l’élévation dans l’ordre du Mérite, dessinent ensemble la géographie d’une relation de confiance construite dans l’épreuve. Le Président Mamadi Doumbouya ne distingue pas un exécutant : il reconnaît un partenaire dans le projet de refondation nationale.

Le programme « Simandou 2040 » constitue désormais le cœur de cette ambition commune, avec l’objectif d’une croissance moyenne de 10,3 % par an et un PIB projeté à 152 milliards de dollars d’ici 2040, soutenu par 122 mégaprojets et 39 réformes structurantes représentant 330 milliards de dollars sur 15 ans.

Vers l’avenir : stabiliser, redresser, consolider

Dans sa déclaration de politique générale du 25 mars 2026, Amadou Oury Bah a insisté sur la nécessité de passer « de la mémoire de l’action à l’organisation de l’avenir », rappelant que le véritable moteur du développement reste le capital humain. Cette formule, plus qu’un slogan, résume la philosophie d’un homme dont l’itinéraire personnel a toujours placé la formation, la connaissance et l’engagement civique au cœur de son action.

La distinction du 28 mars est donc bien plus qu’une médaille. Elle est le signe que la Guinée est capable de reconnaître ceux qui lui ont consacré leur vie ; y compris quand ce service a exigé l’exil, la prison ou la marginalisation politique. Elle est aussi l’invitation à poursuivre, dans le cadre de la cinquième République naissante, une collaboration dont les premiers fruits sont visibles, et dont les ambitions restent immenses.

La vraie reconnaissance d’un homme d’État ne s’exprime pas dans les fastes d’une cérémonie. Elle s’exprime dans la confiance renouvelée que lui accorde son peuple, et dans la promesse tenue de lui rendre une nation plus juste, plus forte et plus souveraine. C’est à cet aune que l’histoire jugera le tandem Doumbouya-Bah Oury — et les premières pages, malgré leurs imperfections, sont plus que prometteuses.

Mamoudou Condé 

Consultant en RP & Communication

 

Créé le 1 avril 2026 13:00

Nous vous proposons aussi

TAGS

étiquettes: , ,