Gouvernance, panier de la ménagère, Simandou…cas des EPA : Les grandes annonces du Premier ministre Bah Oury « entretien »

CONAKRY-Quelles sont les mesures « concrètes » envisagées par le Gouvernement pour soulager les populations prises en tenailles par la cherté de la vie ? Que compte faire le Gouvernement pour améliorer les capacités d’absorption des flux financiers attendus en Guinée dans le cadre du projet Simandou ? Qu’en est-il du processus de rationalisation des EPA (établissement publics administratifs ?Le Premier Ministre Amadou Oury Bah a répondu aux questions d’Africaguinee.com. Dans cette troisième partie de l’interview qu’il nous a accordée, le chef du Gouvernement fait des annonces.

AFRICAGUINEE.COM : Environ cinq mois après votre nomination, de nombreux guinéens continuent de vivre des difficultés. Que fait le Gouvernement pour soulager les populations guinéennes ?

AMADOU OURY BAH : C’est un long débat. Vous savez dans quelle situation le pays était au lendemain de l’explosion du dépôt de carburant, je n’ai pas l’intention de revenir là-dessus. Mais sur des pans entiers de notre secteur économique, la situation était sinistre aussi bien au niveau du secteur de l’électricité qu’au niveau des finances publiques et de la gouvernance en général. Il y avait de sérieux problèmes. Ce qui a amené la dissolution du gouvernement précédent. En fait, il y avait un amas de problèmes extrêmement pénibles.

De ce point de vue, je salue et remercie la résilience de la population guinéenne qui, pendant tout le mois de Ramadan, a été stoïque pour vivre dans un environnement où la desserte en électricité était pratiquement nulle. C’est un effort collectif que nous avons fait endurer à la population. Les conséquences de tout cela ont amené des difficultés sur le plan du panier de la ménagère et sur l’économie de manière générale.

Progressivement, le pays est en train de se relever de cette épreuve pénible et douloureuse. Dans les prochaines semaines, nous apporterons une réponse concrète à ce que vous avez indiqué concernant les difficultés que la population est en train de vivre. Pour le moment, gardons un peu de patience. Dans quelques jours, des décisions interviendront pour que de manière effective, nous puissions apporter au niveau de la population des éléments leur permettant de souffler. Je ne dis pas qu’on réglera tous les problèmes, mais on prendra des mesures d’atténuation des difficultés de la population, notamment en ce qui concerne le pouvoir d’achat effectif.

Qu’en est-il du plan que vous avez demandé aux ministres ?

C’est dans la même logique. Avant de prendre des décisions, il faut identifier le problème, rechercher des pistes de solutions et des mesures, y réfléchir, proposer, voir la faisabilité. La décision politique intervient en dernier ressort. Nous sommes sur ce chemin.

Très concrètement qu’est-ce qui sera fait ?

Ce pays a des ressorts qui sont méconnus ou qui ont été occultés. C’est cela qu’il faut mettre en avant. Nous avons une forte capacité à changer la donne. Et pour mettre cela dans une dynamique réellement concrète et opérationnelle, il faut améliorer fortement la gouvernance, il faut se poser les bonnes questions et être déterminé à aller jusqu’au bout dans la prise des décisions essentielles pour permettre à la Guinée de rompre une longue chaine de difficultés. Cela est en train d’être fait.

Mais voyons aussi ce qui est en train d’émerger de l’autre côté. Le projet Simandou est quelque chose de fabuleux pour la Guinée. C’est une transformation extraordinaire en perspective de l’économie nationale et même de la vie sociale, culturelle de ce pays sur des pans entiers.

La construction du port de Moribayah, les voies ferrées sur 670 km, les mines…c’est l’investissement le plus important au monde à l’heure actuelle. Il est en train d’être mis en œuvre. Les projets concernant Altéo, la raffinerie de l’alumine du côté de Kamsar c’est une réalité en perspective. Donc, l’espoir est permis et dans le contexte actuel nous devons préparer l’entrée de la Guinée dans un monde nouveau en renforçant nos capacités de gouvernance et en essayant d’éliminer tous les dynamiques de coulage que l’économie a connue jusqu’à présent. Un petit effort nous permettra de répondre en partie à l’attente de la population.

Tout ça paraît beau à entendre, mais qu’en est-il de la capacité de notre pays à absorber tout ce flux d’investissement qui est annoncé ?

Il y a beaucoup de choses qui sont en train d’être faites pour renforcer les capacités de l’ensemble des leviers de l’administration à répondre à la nécessité absolue d’accroitre nos capacités d’absorption au sein de l’économie. Il y a des reformes qui sont en train d’être engagées. Au niveau de la Primature, il existe des personnes dédiées pour suivre l’évolution des projets sur financement extérieur pour détecter tout retard ou des défaillances pour que nous puissions être alertés le plus rapidement possible pour apporter des solutions idoines.

Au niveau de la Présidence, il y a le Bureau de suivi des priorités présidentielles qui est aussi dans la même logique. L’ensemble des instruments, aussi bien à la présidence qu’à la primature que nous sommes en train de mettre, doivent converger pour une meilleure capacité de suivi de tous les projets concernant la République de Guinée, aussi bien les projets sur financement extérieur que des projets sur financement du budget national de développement.

Donc, les instruments de la gouvernance sont en train d’être progressivement mis en place. Bien entendu ce n’est pas en claquant les doigts que tout va changer, mais c’est une construction soutenue qui nous permettra d’ici peu de temps avec l’évolution technologique que le pays est en train de connaitre, être en capacité de fournir au niveau de tous les leviers de la gouvernance, des instruments de suivi de l’évolution de nos différents projets.

De l’autre côté, vous avez vu qu’en ce qui concerne les Etablissements publics administratifs (EPA), le bouclage de ce dossier est pratiquement dans sa dernière ligne droite et le plus rapidement possible, les décisions interviendront et seront publiées pour une rationalisation de l’administration publique. Nous sommes en train d’engager à partir de la loi des finances de 2025 des budgets programmes avec le CDMT de manière à ce que nous évitions des improvisations au gré des personnes qui seront à la tête de certains ministères.

L’instauration des budgets programmes permettra un meilleur suivi du processus de la naissance d’un projet et de sa mise en œuvre. Tout cela permettra un changement au sein des administrations pour qu’elles soient en conformité avec cette nouvelle directive. Des structures qui existaient auparavant qui avec le temps ont perdu l’orientation de leur mission antérieure seront restructurées pour aller dans une direction beaucoup plus opérationnelle pour permettre à l’Etat d’être plus efficace.

A cet effet, je dois dire que dans les ministères même il y avait des services ou des directions qui sont essentiels. Par exemple les bureaux de stratégie et de développement (BSD) dans certains ministères ont été complétement mis de côté. Or, nous avons besoin que dans chaque ministère qu’ils reprennent leurs prérogatives antérieures pour ne pas être gérés au gré d’humeur ou d’aléas selon les personnes qui sont à la tête du ministère.

C’est un changement en filigrane en profondeur que nous sommes en train d’instiller au sein de nos administrations. Cela prendra du temps, mais les grandes orientations sont déjà affichées, et le reste en termes d’organisations, les ministres se chargeront de mettre en phase la musique et les artistes.

Entretien réalisé par Boubacar 1 DIALLO

Pour Africaguinee.com

Créé le 19 août 2024 12:56

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