Gel de l’aide étrangère des États-Unis : Quelles répercussions en Guinée ?
CONAKRY- Après son retour aux affaires, Donald Trump a signé un décret le jour même de son investiture le 20 janvier 2025, ordonnant un gel de l’aide étrangère des États-Unis pour 90 jours, le temps d’un réexamen complet de celle-ci. Partout dans le monde où les financements américains étaient destinés à travers l’USAID, le NDI et autres, cette annonce a provoqué une onde de choc chez les ONG (organisations non gouvernementales). C’est le cas en Guinée, où plusieurs structures associatives se disent fortement affectées par cette décision.
La nouvelle relative au gel d’aide étrangère, est tombée comme un couperet, trouvant Nadège Siakèné Doumbouya, sur un processus de supervision du projet Wakili « Femmes et Engagement », dans la région de Kankan. Il s’agit d’un projet piloté par CRS (catholic relief service), avec pour partenaire de mise en œuvre, l’OCPH Kankan, et WANEP Guinea. Les actions de ce projet sont orientées dans le domaine sanitaire et la cohésion sociale.
« C’est vraiment décevant. C’est très malheureux. Les impacts ont commencé à se faire sentir surtout du côté négatif. Parce que le projet que je pilotais dans la zone de Kouroussa, est un projet d’autonomisation des femmes et de cohésion sociale. Dans le volet autonomisation, il y a tellement d’impacts qui vont découler. Parce que ce sont les communautés que nous avons sensibilisées pour se retrouver ensemble afin de pouvoir épargner de l’argent. Nous leur avons appris aussi que, quand ils ont besoin de prêts, au lieu de se diriger vers la microfinance ou vers les banques, ils peuvent faire des prêts au sein de leur mouvement, de leur association. Mais dans ces localités, le travail est bloqué à mi-chemin. Vous pouvez imaginer la catastrophe qu’on aura. Dès que la mesure a été annoncée, il y a le partenaire technique qui a demandé d’arrêter tout. Même les publications avec le logo de l’USAID« , a expliqué Nadège Siakèné Doumbouya.
Le projet sur lequel madame Nadège travaille devait s’étendre jusqu’au de juin 2027.

« Je trouve vraiment que c’est une décision, si on peut le dire, qui va impacter beaucoup sur toutes les organisations et directement dans les communautés…« , ajoute-t-elle.
En Guinée, nous ne savons pas pour le moment le nombre exact d’organisations non gouvernementales qui sont gravement touchées par le gel des financements. Cela est dû à la réticence de nombreuses d’entre elles.
Pour le coordinateur du CoJeLPaiD (Réseau convergence des jeunes et leaders pour la paix et la démocratie), l’annonce a été un coup dur pour de nombreuses structures organisationnelles du pays.

« Nous avons reçu le 30 janvier 2025, une lettre du partenaire du côté de Washington, demandant la suspension du programme qu’on avait en cours. Ce programme devrait permettre de travailler de façon globale sur le contentieux électoral. Comment préparer les militants, mais aussi les jeunes et les femmes pour mieux s’approcher du processus électoral, du processus de retour à l’ordre constitutionnel, en termes de plaidoyer, en termes de promotion du dialogue, mais aussi en termes de mécanismes alternatifs de résolution du contentieux électoral. Vous allez comprendre que ça a été un coup dur quand même de recevoir cette lettre. C’est vrai, nous reconnaissons, nous comprenons l’engagement du président Donald Trump à donner du contenu et du sens à ces engagements pour lesquels le peuple américain est, mais la méthode a été brutale, elle a été spontanée. Donc cela n’a pas donné du temps à réfléchir à d’autres mécanismes alternatifs pour nous permettre de sortir de là. C’est vraiment une décision que nous comprenons, mais qui a été vraiment brutale, dans la mesure où nous-mêmes, nous avons du personnel avec lequel nous avons des engagements, des gens que nous avons employés, qui sont sous contrat avec nous, certains sur une période d’une année, d’autres sur une période de six mois. Et du point de vue loi aussi, vous ne pouvez pas interrompre le contrat avec vos employés de façon brutale comme ça, sans pour autant trouver quels sont les mécanismes d’accompagnement« , a exprimé Abdoul Sacko.
Le budget du projet sur lequel le CoJeLPaiD travaillait, et qu’il été obligé de suspendre, était estimé à plus de 200 000 $ américains.

« Mais je pense que le respect des relations internationales, le respect du partenariat, aurait voulu peut-être qu’au lieu d’aller subitement à une suspension brutale des projets, il devrait aller à un processus d’appréciation, un processus d’évaluation. Pourquoi pas peut-être maintenir les subventions ou les contrats qui sont déjà signés sur la base des protocoles et conventions que nous avons ensemble en partage, mais sur la base aussi de notre vision partagée d’un monde des vertus démocratiques, d’un monde des vertus humaines. Il (président Trump) aurait fallu peut-être laisser en cours ceux qui sont déjà actés, signés et peut-être dire qu’à la suite de ces conventions ou projets qui sont déjà signés, il n’aurait pas engagé d’autres subventions. Et ça, on aurait compris« , estime M. Sacko.
Bien qu’il soit impacté, le coordinateur de CoJeLPaiD pense que les peuples africains et les dirigeants du continent doivent tirer une leçon à deux dimensions : ‘’La première dimension, il ne faut pas que nous continuions à être dans des statuts de mendicité. Il va falloir aussi oublier que les défenseurs des droits humains, les défenseurs des causes humanitaires, les défenseurs des libertés et des droits soient seulement accompagnés par les contribuables d’autres pays« , a déploré Abdoul Sacko.
bataille judiciaire à Washington
Pendant ce temps, aux États-Unis, la bataille judiciaire continue autour des décrets présidentiels de Donald Trump. Selon nos informations, un juge fédéral de l’État de Washington, a bloqué la suspension de l’aide internationale décidée par l’administration Trump. Le juge Amir Ali a décidé de bloquer cette décision car estimant ne pas comprend la logique : il se demande en quoi il est nécessaire, pour procéder à des évaluations, de tout stopper net des contrats avec des entreprises et des organisations qui se retrouvent privées de financement. Il s’interroge aussi sur la légalité de la mesure et se demande de quel droit une administration bloque des financements qui ont été votés par le Congrès, lors d’une précédente législature.
Le juge Ali, nommé par Joe Biden, a d’ailleurs demandé à l’administration qu’elle montre qu’elle se soumet à sa décision d’ici à mardi.
Dossier à suivre!
Dansa Camara DC
Pour Africaguinee.com
Créé le 17 février 2025 12:33Nous vous proposons aussi
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