Frontalière Guinée-Libéria: Ce qu’on sait des « frictions » signalées autour du Makona
GUECKEDOU- Une opération d’extraction de sable dans le fleuve Makona, à la frontière naturelle entre la Guinée et le Libéria, a engendré des tensions dans la zone de Kiéssènèye. Cette localité est située à la frontière entre la préfecture de Gueckédou et la localité libérienne de Foya. Alors que la situation a suscité de vives préoccupations dans cette région frontalière habituellement marquée par des échanges communautaires étroits, les autorités des deux pays ont engagé des discussions afin d’éviter toute escalade. Comment en est-on arrivé là ? Explications.
Selon des sources locales, les premiers signes de crispation remontent à la fin du mois de février 2026, lorsqu’une société travaillant dans la région de Foya, au Libéria, a entamé l’extraction de sable dans le fleuve Makona. Cette matière devait servir à la construction de routes dans cette zone frontalière.
Toutefois, l’opération a rapidement suscité l’intervention des forces de défense et de sécurité guinéennes, qui ont procédé à la saisie de la machine utilisée pour l’extraction. Les autorités locales guinéennes affirment n’avoir pas été officiellement (ou préalablement) informées de cette activité, ce qui a alimenté les incompréhensions entre les deux parties.
Acteur clé dans les discussions préliminaires, le président préfectoral de Bèmakissi, Gabriel Kambadouno, explique que l’affaire a été évoquée pour la première fois lors d’une rencontre informelle avec le ministre libérien des Affaires intérieures.
« Lors de la visite du ministre libérien des Affaires intérieures pour des salutations d’usage à Kagama, en Sierra Léone, où j’étais aussi, le ministre a attiré mon attention en me disant qu’il voulait échanger avec le préfet de Gueckédou sur un fait qui concerne l’extraction du sable », a-t-il expliqué.

À son retour en Guinée, M. Kambadouno affirme avoir informé le préfet de Gueckédou, qui a ensuite instruit qu’une mission locale se rende à la rencontre de la partie libérienne pour comprendre la situation. D’après lui, les autorités libériennes ont fait savoir que l’extraction de sable était liée à un projet de construction de routes dans la région de Foya.

« Ils nous ont expliqué que la société en charge des travaux avait déjà commencé à extraire le sable à l’aide d’une machine. Le ministre nous a aussi dit avoir été surpris d’apprendre que des militaires guinéens avaient saisi cette machine et l’avaient transportée en Guinée », a-t-il relaté.
Une autorisation administrative contestée
Selon les explications fournies lors des discussions, précise notre source, la société disposait d’une autorisation d’extraction datant de 2025, délivrée par l’ancien préfet de Gueckédou pour une durée d’un mois. Mais ce document étant expiré, les autorités locales guinéennes ont estimé qu’une nouvelle autorisation devait être sollicitée avant toute reprise des activités.
« Nous leur avons dit que s’il s’agissait du développement de Foya, cela ne posait aucun problème. Nous allons plaider auprès de nos autorités pour qu’une nouvelle autorisation soit délivrée », a indiqué Gabriel Kambadouno, rappelant les liens historiques entre les communautés des deux pays.
Dans cet esprit d’apaisement, une réunion s’est tenue le 5 mars 2026 à Gueckédou entre les représentants des deux parties, avec la participation d’un secrétaire général désigné par le préfet. Selon nos informations, les participants se sont entendus sur la nécessité de soumettre la question aux autorités compétentes afin d’obtenir un nouveau cadre légal pour l’extraction du sable.
Le déplacement du drapeau libérien ravive la tension
Alors que les discussions semblaient s’orienter vers une solution consensuelle, un nouvel incident est venu compliquer la situation. Selon des responsables locaux, les forces de défense et de sécurité guinéennes ont signalé le 6 mars un déplacement du drapeau libérien dans la zone frontalière.
« Nous avons été alertés que le drapeau libérien, qui se trouvait auparavant à environ 800 mètres, a été déplacé et se retrouve désormais à un mètre du fleuve », a affirmé Gabriel Kambadouno.
Ce changement de positionnement a suscité des inquiétudes, certains y voyant une tentative de redéfinition de la ligne frontalière.
Les gouvernements entrent en scène
Face à la sensibilité de la situation, les autorités centrales des deux pays ont rapidement pris le dossier en main. Le dimanche 8 mars 2026, le ministre guinéen de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, le général Ibrahima Kalil Condé, s’est rendu à Gueckédou à la tête d’une importante délégation gouvernementale, nous apprend-on.

Il y a reçu une mission officielle libérienne conduite par le ministre des Affaires intérieures, dans le but d’examiner les circonstances de l’incident et de préserver les relations fraternelles entre les deux États.
Une frontière sensible mais des peuples liés
La zone de Gueckédou–Foya constitue depuis longtemps un espace d’échanges économiques et sociaux intenses entre les populations guinéennes et libériennes. Malgré les tensions occasionnelles, les leaders communautaires insistent sur la nécessité de privilégier le dialogue.
« Ces deux peuples sont des frères et sœurs », rappelle Gabriel Kambadouno, soulignant l’importance de solutions concertées pour éviter que des incompréhensions administratives ne dégénèrent en conflit frontalier.
Nous avons tenté de joindre le ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, Ibrahima Kalil Condé pour en savoir davantage. En vain ! Toutefois, une autre source qui a souhaité garder l’anonymat a confirmé qu’il a été dépêché pour « régler le problème ».
La Direction de l’Information et des Relations extérieures de l’armée (DIRP) que nous avons également contactée n’a pas souhaité réagir sur le sujet pour le moment.
Nous y reviendrons !
Paul Foromo SAKOUVOGUI
Correspondant Régional d’Africaguinee.com
En Guinée Forestière
Tél : (00224) 628 80 17 43
Créé le 10 mars 2026 15:27Nous vous proposons aussi
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