Francis Kova Zoumanigui : “La CRIEF est notre bien commun…elle doit demeurer plus grande que nos personnes”
CONAKRY- Nommé à l’Inspection générale des services judiciaires et pénitentiaires, le magistrat Francis Kova Zoumanigui a passé le témoin, ce mercredi 28 octobre 2026, à Mamadou Saliou Diakité, son successeur à la tête de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF).
À cette occasion, il a dressé le bilan de son passage à la tête de l’institution et identifié quatre chantiers prioritaires à poursuivre : la sécurisation des locaux, la digitalisation, l’organisation des audiences foraines et l’aménagement d’un espace destiné aux avocats.
Le président sortant de la CRIEF a exprimé sa reconnaissance envers les personnes qui ont contribué aux avancées enregistrées, tout en insistant sur les projets qui restent à concrétiser.
« Je ne prétends pas avoir tout réalisé. Des attentes demeurent et certains projets n’ont pas encore atteint le stade de leur concrétisation. Mais je quitte cette responsabilité avec la conviction d’avoir travaillé avec détermination et constance au renforcement des capacités institutionnelles, matérielles et professionnelles de notre précieuse Cour », a-t-il déclaré.
Une feuille de route pour renforcer les capacités de la CRIEF
Revenant sur sa prise de fonction, le 17 janvier 2024, Francis Kova Zoumanigui a rappelé la particularité de la juridiction qu’il a dirigée pendant près de trois ans.
« J’étais pleinement conscient de la portée de cette responsabilité. La CRIEF n’est pas une juridiction ordinaire. Par la nature des affaires qui lui sont soumises, elle contribue à la protection des ressources publiques, à la lutte contre la corruption et les infractions économiques et financières, ainsi qu’au renforcement de la confiance des citoyens dans l’administration de la justice », a-t-il souligné.
Selon lui, l’accomplissement de cette mission exige des magistrats compétents, des personnels bien formés, des infrastructures adaptées, des outils de travail performants et une coopération institutionnelle efficace. Il a également insisté sur la nécessité de garantir une justice indépendante, impartiale, rigoureuse et respectueuse des droits de toutes les parties.
Des décisions judiciaires et des confiscations de biens
Au-delà des réformes et des démarches de modernisation, Francis Kova Zoumanigui a mis en avant les résultats de certaines décisions rendues par la CRIEF dans le cadre de la lutte contre les infractions économiques et financières.
Il a notamment cité une affaire jugée en mai 2025, qui a abouti à une peine de cinq ans d’emprisonnement, à une amende de cinq milliards de francs guinéens, à la restitution de 10,5 millions de dollars américains et à la confiscation de biens immobiliers situés à Conakry et à l’intérieur du pays. Selon lui, les condamnations et les confiscations ont été confirmées en appel.
Pour le magistrat, ces décisions illustrent la portée de l’action judiciaire lorsque les responsabilités sont établies et que les conséquences patrimoniales prévues par la loi sont appliquées.

Les audiences foraines, un chantier non réalisé
Parmi les dossiers qu’il laisse à son successeur figure l’organisation des audiences foraines, une priorité qui n’a pas pu être concrétisée durant son mandat.
Francis Kova Zoumanigui a rappelé avoir plaidé, lors de la conférence budgétaire de 2025, pour l’inscription de crédits destinés à l’organisation de ces audiences au titre de l’exercice 2026. Cette démarche visait à permettre à la CRIEF d’adapter ses modalités de fonctionnement aux nécessités judiciaires lorsque les circonstances le justifient.
Bien que cette orientation ait été intégrée à la feuille de route institutionnelle, aucune audience foraine n’a finalement été organisée au cours de la période considérée. « Et c’est un regret », a-t-il reconnu.
Au moment de transmettre ses responsabilités à Mamadou Saliou Diakité, Francis Kova Zoumanigui a insisté sur la nécessité de préserver les acquis et de poursuivre les initiatives utiles, tout en corrigeant les insuffisances constatées.
Le magistrat a identifié quatre priorités majeures
La première concerne la sécurisation des locaux et des données du parquet. Il a recommandé de poursuivre les mesures visant à protéger les installations, les équipements et les informations sensibles. Il a notamment cité la fermeture effective de la partie de la clôture endommagée du côté de la brigade, par laquelle des individus avaient pu accéder aux installations et dérober des ordinateurs du parquet.
La réhabilitation du petit bâtiment affecté à la brigade figure également parmi les actions à poursuivre. Pour le président sortant, la sécurité des locaux judiciaires est essentielle à la protection des dossiers, des scellés, des éléments de preuve et à la continuité du service public de la justice.
La deuxième priorité porte sur la modernisation et la digitalisation de la CRIEF. À ce sujet, Francis Kova Zoumanigui a révélé avoir adressé récemment au président de la République, sous le couvert du garde des Sceaux, une demande d’appui financier exceptionnel destinée au renforcement des capacités institutionnelles et à la modernisation de la Cour.
Cette demande est accompagnée d’un tableau prévisionnel couvrant cinq axes prioritaires. Il a recommandé à son successeur d’en poursuivre le suivi dans le respect des procédures budgétaires et financières applicables.
La digitalisation, a-t-il expliqué, doit contribuer à améliorer la gestion des dossiers, à sécuriser les données, à assurer la traçabilité des actes et à garantir la conservation des archives judiciaires.
La troisième priorité est la programmation effective des audiences foraines. Outre les démarches urgentes à mener au titre de l’exercice 2026, il a invité la nouvelle direction à inscrire cette activité dans une programmation annuelle réaliste, assortie d’un calendrier, de moyens identifiés et d’un suivi régulier. L’objectif est d’éviter que les crédits obtenus au bénéfice de la justice restent sans traduction concrète sur le terrain.
La quatrième priorité concerne l’aménagement d’un espace destiné aux avocats. Présentant ce dossier comme son dernier combat à la tête de la Cour, Francis Kova Zoumanigui a recommandé de poursuivre les démarches engagées avant son affectation afin d’aménager une salle contiguë à l’espace de restauration pour accueillir les avocats dans des conditions appropriées.
Selon lui, ce projet répond à un souci de commodité, de considération envers les auxiliaires de justice et d’amélioration de leurs conditions de travail.
« Ces chantiers ne doivent pas être considérés comme les projets d’un responsable sortant. Pas du tout ! Ils appartiennent à l’institution et doivent être évalués, poursuivis et réorientés selon leur utilité et les moyens disponibles », a-t-il souligné.
Nous y reviendrons !
Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 28 octobre 2026 13:44Nous vous proposons aussi
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