Fracture au NFD : Le parti fondé par Mouctar Diallo au bord de l’implosion

CONAKRY – À moins de deux mois de l’élection présidentielle du 28 décembre 2025, les Nouvelles Forces Démocratiques (NFD), parti fondé par Dr Mouctar Diallo (démissionnaire de la politique), sont plongées dans une crise interne majeure. Deux factions rivales s’affrontent pour le contrôle de la formation politique, transformant la question de la succession et de la désignation du candidat en une véritable guerre de leadership.

Le premier camp, se réclamant de la légalité, est dirigé par Mamadou Saliou Diallo, responsable chargé des affaires électorales au Bureau exécutif national (BEN). Selon lui, la crise a débuté le 7 août 2025, au moment du départ de Dr Mouctar Diallo.

Initialement, le BEN avait désigné Mme Fofana Souadou Diallo comme présidente par intérim pour gérer la transition. Cependant, une relecture des textes a révélé une erreur juridique. Mamadou Saliou Diallo explique que les statuts du NFD exigent que, en cas de vacance du poste de Président, ce soit le Conseil national qui élise un Président intérimaire parmi les quatre vice-présidents (Article 27 du règlement intérieur et Article 35 des statuts).

« L’article 35 des statuts et l’article 27 du règlement intérieur précisent clairement qu’en cas de vacance du pouvoir, c’est le Conseil national qui élit un président intérimaire parmi les quatre vice-présidents. Nous avons donc décidé de corriger cette erreur et de reporter le congrès à plus tard », précise Mamadou Saliou Diallo.

Malgré ces contestations, ce camp maintient sa feuille de route : l’organisation d’un Conseil national en février 2026 et l’investiture du Dr Ben Youssouf Keïta comme candidat officiel du parti à la présidentielle.

« Après de larges consultations, le Bureau exécutif et nos fédérations ont décidé d’investir Dr Ben Youssouf Keïta. Le NFD ira aux élections avec lui comme candidat officiel. Toute autre information contraire relève de la manipulation », affirme Mamadou Saliou Diallo.

Les « Frondeurs » installent leur propre Direction

Le camp adverse, mené par Soalaye Kourouma, Secrétaire national adjoint aux affaires électorales, conteste la légitimité de l’intérim de Mme Fofana.

Soalaye Kourouma affirme avoir été désigné président par intérim à la suite d’un vote interne. Il reproche à Mme Fofana son incapacité à fixer la date du congrès et son départ abrupt d’une réunion.

« Lors de la réunion du 19 octobre, elle a quitté la séance en pleine discussion. Le Bureau exécutif, à l’unanimité des membres présents, a alors décidé de la destituer et de me confier l’intérim », a expliqué Soalaye Kourouma.

Le procès-verbal de cette réunion (19 octobre 2025) révèle cependant que seulement 18 membres du BEN étaient présents, tandis que 27 autres membres, du camp de Mme Fofana, étaient absents et leur absence non justifiée.

Les frondeurs dénoncent également la signature d’un protocole d’accord par Mme Fofana avec Dr Ben Youssouf Keïta « sans l’avis du bureau ni des fédérations ». Ils y voient une violation des statuts. Le camp de Soalaye Kourouma affirme avoir notifié ce « changement de direction » au ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD).

Suspensions et plaintes judiciaires

Face à cette nouvelle « direction », le camp de Mme Fofana Souadou Diallo est passé à la vitesse supérieure. Trois membres du BEN ont été suspendus, dont Soalaye Kourouma lui-même, Daouda Diallo (secrétaire administratif) et Amadou Lamarana Mamoudou Diallo (secrétaire national adjoint à l’information).

Le camp de l’intérimaire annonce également le dépôt d’une plainte devant la Direction Centrale de Police Judiciaire (DCPJ) contre Soalaye Kourouma et plusieurs autres « frondeurs » pour des faits présumés de « menace de mort, usurpation d’identité et usage de faux. »

Un bicéphalisme qui menace l’avenir du NFD

Entre les deux camps, la fracture est désormais totale. D’un côté, ceux qui se réclament « légalistes », de l’autre, les « frondeurs » qui s’appuient sur un vote interne pour désigner Soalaye Kourouma et exigent un congrès rapide.

Ce bicéphalisme plonge le NFD dans une crise profonde. Le ministère de l’Administration du Territoire (MATD) sera probablement appelé à trancher ce conflit statutaire.

Dossier à suivre !

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 27 octobre 2025 19:36

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